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« Tout le monde le fait » : la scène indépendante égyptienne renaît d’entre les morts

La nouvelle génération est déterminée à rivaliser avec les services de streaming et l’insécurité financière pour se tailler des bulles de créativité
Une scène de la pièce Ana Mish Mas’ool (« Je ne suis pas responsable ») du metteur en scène égyptien Mohamed Gabr (Mohamed Gabr)
Une scène de la pièce Ana Mish Mas’ool (« Je ne suis pas responsable ») du metteur en scène égyptien Mohamed Gabr (Mohamed Gabr)
Par
LE CAIRE, Égypte

Avant même le grand succès populaire des comédies d’Adel Imam et Samir Ghanem dans les années 1970, le théâtre égyptien reposait sur une riche tradition. Depuis le tout début du XXe siècle, les rues du centre du Caire sont bordées de théâtres, même si ces derniers ont un peu perdu de leur gloire d’antan. 

Les précurseurs Naguib El-Rihani et Youssef Wahbi ont dirigé les premières troupes ayant rencontré un succès commercial au XXe siècle.

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Au fil du temps, leurs expériences comiques et dramatiques ont cédé la place à des chefs-d’œuvre littéraires, comme ceux de Tawfik al-Hakim et Yusuf Idris, entre autres, à leur tour remplacés par des classiques télévisés tels que El Eyal Kebret (Les enfants ont grandi), Madraset El Moshaghibeen (L’école des inadaptés) et El Motazawegoon (Les couples mariés).

Pendant des décennies, ces œuvres ont été régulièrement diffusées sur les chaînes de télévision arabes grand public, devenant des incontournables culturels du premier jour de l’Aïd, un rituel sur lequel a misé Netflix en publiant une collection à temps pour l’Aïd al-Fitr l’année dernière.

Aujourd’hui, de nombreux facteurs pourraient faire disparaître le théâtre égyptien. Dans un monde de plus en plus dominé par les services de streaming, un nombre croissant de metteurs en scène, d’acteurs et de techniciens se tournent vers Netflix et le service de streaming arabe, Shahid, pour les opportunités de carrière qu’ils offrent.

En outre, la scène culturelle physique est encore sous le choc des fermetures dues à la pandémie de COVID-19. Mais avant même la pandémie, les théâtres emblématiques avaient fermé et avaient été convertis en cinémas ou laissés à l’abandon pour de multiples raisons, notamment une baisse d’intérêt du public, un financement insuffisant pour les maintenir tous opérationnels et des mesures préventives contre les incendies requises après un incident tragique au théâtre de Beni Suef en 2005.

Le théâtre national lui-même a été fermé pendant six ans après un incendie en 2008, ne rouvrant qu’en 2014.

Des pompiers combattent un incendie à l’intérieur du théâtre national du Caire, le 27 septembre 2008 (Reuters/Asmaa Waguih)
Des pompiers combattent un incendie à l’intérieur du théâtre national du Caire, le 27 septembre 2008 (Reuters/Asmaa Waguih)

Tous les théâtres encore ouverts, hormis une poignée, sont la propriété du gouvernement, et il est difficile de trouver des opportunités – subventions de production et récompenses par exemple – pour les artistes indépendants en dehors de l’establishment.

Pourtant, les jeunes acteurs, metteurs en scène et dramaturges égyptiens continuent de se tailler des enclaves de créativité dans les mêmes rues – sinon toujours les mêmes théâtres – où les pionniers du genre ont salué le public pour la première fois il y a plus d’un siècle. 

Une troupe dans chaque salle 

Mohamed Metwally est un metteur en scène de théâtre et acteur de 31 ans, qui travaille le jour comme deuxième assistant opérateur sur les plateaux de cinéma et de télévision. Chaque fois qu’il y a un trou dans les heures de tournage, on peut le trouver en train de préparer, de répéter et de mettre en scène des pièces en arabe classique avec sa troupe indépendante, All In, à l’instar de leur adaptation en 2018 du drame absurde du dramaturge égyptien Salah Rateb, Al Samt (Le Silence). 

Quand je le rencontre, il répète son quatrième spectacle, dans l’un des nombreux studios du centre-ville du Caire qui louent des espaces de répétition à l’heure. Dans un bâtiment délabré mais imposant du milieu du siècle, nous parlons dans un couloir étroit, attendant que la salle de Metwally se libère.

« La scène indépendante foisonne de monde. Entrez dans n’importe quelle salle de répétition, et il y a une troupe ; j’ai du mal à réserver un créneau »

- Mohamed Metwally, metteur en scène de théâtre et acteur

Notre conversation est ponctuée par les bruits constants des répétitions des salles environnantes : un cri par-ci, un bruit sourd par-là ; un monologue projeté s’insinue dans notre conversation, et un cri transperce mon enregistrement.

« La scène indépendante foisonne de monde », me confie Metwally. « Entrez dans n’importe quelle salle de répétition, et il y a une troupe ; j’ai du mal à réserver un créneau. Personnellement, je connais au moins une cinquantaine de metteurs en scène, disposant d’une troupe chacun. C’est à la fois une faiblesse et une force – n’importe qui peut le faire, et tout le monde le fait. »

La plupart de ces troupes opèrent dans un système parallèle à la scène « officielle » qui fonctionne sous les auspices du ministère de la Culture, lequel possède tous les grands théâtres d’Égypte. Les vingt-deux scènes publiques, dont dix-sept au Caire, ne sont pas ouvertes à tous : les metteurs en scène doivent être membres du Syndicat des acteurs pour y faire jouer leurs pièces, et seule une fraction de leur distribution peut ne pas être syndiquée.

Le processus d’entrée dans le syndicat lui-même est souvent long et ardu pour les artistes indépendants, ce qui a créé ce que certains vétérans du secteur qualifient de clique fermée de créateurs de théâtre.

En conséquence, de nombreux metteurs en scène indépendants affluent plutôt vers les théâtres privés, qui offrent des possibilités d’expérimentation loin de la bureaucratie des scènes publiques. Le problème, cependant, c’est qu’il ne reste qu’une poignée de théâtres privés. 

« Tout se résume à l’argent », explique le Dina Amin, professeure agrégée de théâtre à l’Université américaine du Caire (AUC) et directrice du programme de théâtre de l’université. « Pour acheter une salle, puis la louer à des artistes individuels, il faut un capital colossal. C’est formidable que quelques-uns de ces centres existent parce qu’ils absorbent beaucoup de jeunes artistes. »

Le théâtre Alhosabir à Ezbekiyya, qui accueillait la propre troupe de comédiens de Samir Ghanem, Tholathy Adwa' El Masrah, dans les années 1960, est le plus ancien théâtre privé encore destiné à la scène indépendante.

Le théâtre Falaki de l’AUC, El Nahda du Centre culturel jésuite et la El Sawy Culture Wheel sont tous disponibles à la location, à des prix variables. Le Théâtre Rawabet, que de nombreux jeunes créatifs chérissaient après la révolution de 2011 parce qu’il offrait un espace puissant de réflexion collective, a récemment rouvert ses portes sous le nom de Rawabet Arts Space. (Il avait fermé en 2019 lorsque l’équipe n’avait pas pu renouveler son bail, après une bataille difficile qui a sauvé la galerie qui en était propriétaire.)   

L’accessibilité relative de ces scènes permet aux troupes de venir expérimenter. Mais puisque les metteurs en scène financent souvent les productions de leurs propres poches, la plupart des affiches restent moins d’une semaine. 

« Le plus gros problème sur la scène théâtrale est le financement parce que nous n’avons pas de producteurs de théâtre », explique Dina Amin. « Si vous regardez le cinéma, il y a des producteurs connus, dont certains vont prendre des risques avec les jeunes artistes. Mais pas dans le théâtre. Le seul grand producteur de théâtre est l’État, et les artistes qui n’y ont pas accès doivent collecter des fonds auprès d’autres sources. Beaucoup d’entre eux occuperont d’autres emplois pour financer leurs intérêts, ils feront preuve de créativité, ils se tailleront un chemin vers le sommet. »

Une scène théâtrale dynamique

Le metteur en scène Hassan El-Geretly, aujourd’hui âgé de 70 ans, est un excellent exemple de la résilience des artistes de théâtre. En 1987, il fonde El Warsha, la plus ancienne troupe de théâtre indépendante d’Égypte. Parmi ses acteurs figurent de célèbres noms égyptiens comme Abla Kamel et Sayed Ragab. Cette année, alors qu’El Warsha fête ses 34 ans, la troupe a failli disparaître en raison de difficultés financières.

Malgré tout, et même si la chance a semblé se liguer contre eux à chaque tournant, les jeunes créateurs de théâtre ont rapidement démontré qu’ils n’étaient pas des outsiders

Dans ses premières années, elle a joué le travail de dramaturges mondiaux comme Peter Handke et Franca Rame, adaptant même La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka pour le Festival international de théâtre contemporain et expérimental du Caire en 1989, tout en mettant en scène des classiques du patrimoine folklorique égyptien. La troupe survit maintenant grâce à son partenariat avec des groupes de la société civile, offrant des services aux organisations, des ateliers dans différents genres artistiques et une formation à la facilitation.

« Nous avons un problème chronique en Égypte : les institutions culturelles formelles ignorent complètement la scène indépendante, même si nous avons prouvé notre valeur à maintes reprises », déclarait Hassan El-Geretly à Bab Masr dans une interview vidéo plus tôt cette année, soulignant les nombreuses occasions où El Warsha avait été invitée à représenter l’Égypte à l’international. « Mais ici, impossible d’être autonome. Vous devez être lié à la scène commerciale ou au gouvernement ; l’indépendance est encore un concept difficile à accepter pour nous. »

Malgré tout, et même si la chance a semblé se liguer contre eux à chaque tournant, les jeunes créateurs de théâtre ont rapidement démontré qu’ils n’étaient pas des outsiders. Le metteur en scène Mohamed Gabr, qui présente des spectacles depuis deux décennies dans des universités, des centres de jeunesse et des théâtres privés, pense que la scène théâtrale n’a jamais été aussi dynamique.

« Quand j’ai commencé au début des années 2000, le théâtre du secteur privé était à la fin de son apogée », raconte-t-il. « Il avait atteint son apogée dans les années 1990, lorsque le centre-ville du Caire et la rue Emad El-Din regorgeaient de théâtres. Et puis le théâtre indépendant s’est effondré, petit à petit jusqu’à ce qu’il s’arrête vers 2010. Les seules personnes qui se présentaient aux pièces étaient celles qui étaient déjà dans le domaine. »

La production de Cima Awanta à l’Université américaine du Caire en 2017 (avec l’aimable autorisation de l’Université américaine du Caire)
La production de Cima Awanta à l’Université américaine du Caire en 2017 (avec l’aimable autorisation de l’Université américaine du Caire)

Selon la professeure Dina Amin, ce qui s’est passé dans les années 2000 était la conséquence d’un mouvement de théâtre libre qui avait commencé dans les années 1990, sous la direction de la regrettée écrivaine et « activiste du théâtre » Nehad Selaiha, la « marraine du théâtre indépendant ». Au milieu des années 2000, le soutien institutionnel à la scène indépendante avait diminué, réduisant considérablement le champ jusqu’à la révolution de 2011.

« Avec la scène sur la place, il y a eu un moment d’appropriation de l’espace public, la liberté de jouer n’importe quoi, dans n’importe quel genre », se souvient Amin. « Il y a eu ce moment d’espoir qui a suivi, que le théâtre égyptien revenait entre les mains de jeunes créateurs de théâtre. Et puis ça s’est effondré, et les choses sont revenues à ce qu’elles étaient. »

Résurrection après la révolution 

Laila Hosny, qui joue dans le one-woman show actuel de Mohamed Metwally, affirme que l’intérêt populaire pour le théâtre s’est considérablement accru au cours des dernières années. Elle attribue cette renaissance à une pièce, mise en scène par Mohamed Gabr, qui fait partie du moment porteur d’espoirs dont la professeure Amin se souvient.

1980 Wenta Tale’, mise en scène par Gabr, a été jouée au Théâtre Alhosabir de manière saisonnière de 2012 à 2019. Une grande partie de ceux qui sont impliqués dans la scène indépendante aujourd’hui, explique Laila Hosny, disent n’être entrés dans le monde du théâtre qu’après avoir regardé 1980, dont une performance télévisée est disponible en entier sur YouTube. 

Présentée pour la première fois en janvier 2012, cette pièce avait un sujet simple et parfaitement adapté à la ferveur post-révolutionnaire : la vie et le sort des jeunes. Dans une séquence de sketches de « dramédies », la pièce abordait la vie des milléniaux égyptiens, à travers l’ambition, le désespoir, les attentes parentales, une révolution mort-née, de jeunes couples qui économisaient rapidement de l’argent pour se marier et des sorties entre mecs rendus confus par le haschisch.

Même avec une dose généreuse de mélodrame et de monologues moralisateurs, 1980 est un produit de son temps, fort, avec une quantité surprenante de satire politique pointue compte tenu de l’atmosphère de censure de l’époque.

Une fois que la nouvelle du spectacle s’est répandue, les foules ont commencé à affluer. C’est devenu un phénomène culturel, avec cinq à huit spectacles par semaine entre Le Caire, Alexandrie et Port-Saïd. Chaque spectacle rassemblait 650-700 participants et, régulièrement, des représentations avaient lieu en salle en configuration debout uniquement. Au moment où la troupe a remballé pour de bon son décor en 2019, l’audience totale avoisinait le million, selon les estimations de Gabr.

Une affiche de la pièce égyptienne 1980 Wenta Tale’, qui a attiré environ 1 million de spectateurs au cours de ses sept années de représentation (conception : Amr Waheed et Hossam Hassan)
Une affiche de la pièce égyptienne 1980 Wenta Tale’, qui a attiré environ 1 million de spectateurs au cours de ses sept années de représentation (conception : Amr Waheed et Hossam Hassan)

Au cours de ses sept années à l’affiche, la pièce a été constamment mise à jour. Les séquences ont été éditées et les blagues politiques ont changé lorsque le régime a changé en 2013. Selon Gabr, c’est ce mélange de jeunesse, de comédie, de drame et de nouveauté qui a attiré le public. « C’était réel, c’était jeune, c’était drôle mais humain, et il s’agissait de notre génération », commente-t-il.

« C’est en partie la raison pour laquelle le public a abandonné le théâtre pendant si longtemps : la plupart des pièces sont trop cérébrales pour le grand public ou ne sont que de la comédie pure. Ces deux genres ciblent de petites sections opposées de la population. Mais il y a un public énorme au milieu qui est à la fois cultivé et veut se divertir lors d’une soirée. » 

Ne pas finir dans le rouge dans un marché « brisé »

Selon Gabr et Hosny, le succès de 1980 Wenta Tale’ a montré aux jeunes interprètes que le théâtre indépendant était un débouché viable, les encourageant à constituer des troupes, à louer de petits théâtres et à mettre en scène des productions vives mais minimalistes.

Au cours de la dernière décennie, deux autres joueurs ont également rejoint le domaine du théâtre privé, à des niveaux beaucoup plus élevés en matière de budget et de célébrité. Les productions de la société privée Cairo Show, comprenant des comédiens prestigieux tels Yehia El-Fakharany, Mohamed Henedi et Ahmed Ezz, font souvent leurs débuts ou quelques représentations en Arabie saoudite, en plus de leurs représentations au théâtre The Marquee du Nouveau Caire. 

Yehia El Fakharani dans une production du Roi Lear au théâtre The Marquee (Cairo Show)
Yehia El Fakharani dans une production du Roi Lear au théâtre The Marquee (Cairo Show)

Plus polarisante : la série d’anthologie de théâtre comique Teatro Masr de l’acteur Ashraf Abdel-Baky, dont cinq saisons ont été diffusées sur les chaînes saoudiennes MBC et sont maintenant disponibles sur Shahid. 

Bien que le prix du premier soit prohibitif pour la plupart des spectateurs et que le second ne soit absolument pas drôle, les deux jouent sans doute un rôle important, favorisant les compétences théâtrales des jeunes acteurs et contribuant à une culture de visionnage du théâtre. 

« Le théâtre égyptien semble constamment essayer de reproduire ce que nous avions dans les années 1960, 1970 et 1980, lorsque nous avions ces comédies incroyables et bien écrites, avec de très bons acteurs »

- Moustafa Khalil, metteur en scène et dramaturge égyptien

« Nous avons besoin de tous », estime Dina Amin. « Vous pouvez dire ce que vous voulez sur le fait que quelque chose pourrait ne pas répondre aux besoins des connaisseurs, mais en fin de compte, tout contribue à la résurrection du théâtre. »

« Nous avons besoin du Broadway pour ceux qui peuvent se le payer, nous avons besoin du off-off-Broadway pour l’indépendant et l’expérimental, nous avons besoin de tout cela parce que le marché est vide. »

Le metteur en scène et dramaturge Moustafa Khalil, qui dirige la Kenoma Theatre Company au Caire, déplore quant à lui la situation actuelle. « Je pense que le marché du théâtre est brisé », dit-il.

« Le théâtre égyptien semble constamment essayer de reproduire ce que nous avions dans les années 1960, 1970 et 1980, lorsque nous avions ces comédies incroyables et bien écrites, avec de très bons acteurs. Nous avions cette expression comique que nous essayons de recréer maintenant, mais elle est dépassée. » 

Kenoma est surtout connue pour avoir produit de petites adaptations en anglais et en arabe de pièces du canon théâtral mondial, notamment Samuel Beckett et Harold Pinter. Avec des distributions principalement composées de diplômés du programme de théâtre de l’AUC, Moustafa Khalil est fier de monter des spectacles théoriquement solides. Mais il est bien conscient des problèmes matériels qui se posent avec l’indépendance. 

Sur les huit pièces qu’il a mises en scène, avant et après la fondation de Kenoma, la seule fois où les ventes de billets ont généré suffisamment de recettes pour payer les acteurs ou lui-même était sa production de 2016 de En attendant Godot de Samuel Beckett au théâtre Falaki, qui mettait en scène des acteurs professionnels.

Une scène de l’adaptation par Moustafa Khalil d’En attendant Godot de Samuel Beckett, jouée au théâtre Falaki (Kenoma Theatre Company)
Une scène de l’adaptation par Moustafa Khalil d’En attendant Godot de Samuel Beckett, jouée au théâtre Falaki (Kenoma Theatre Company)

Pour toutes les autres pièces, Khalil et le cofondateur de Kenoma, Abdelrahman Safwat – comme presque tout le monde sur la scène –, financent les productions avec leurs emplois à temps plein. Le meilleur scénario, après avoir pris en compte le loyer, les taxes, les frais de censure et la construction du décor, est d’atteindre le seuil de rentabilité.

Leur dernière production, Al Makhzan (L’Entrepôt), était une adaptation arabe du film Reservoir Dogs de Quentin Tarantino (1992), au Rawabet Art Space récemment rouvert au centre-ville. Même avec une subvention qui couvrait la moitié de leur budget de production, Khalil considère comme un succès le fait de n’avoir perdu que quelques milliers de livres égyptiennes.

« Combien vous pouvez gagner dépend du marketing que vous pouvez réaliser », explique Mohamed Metwally. « En tant que metteur en scène, en tant qu’acteurs, si vous avez un public qui viendra vous voir à chaque fois, cela facilite la vente de billets. Mais c’est pourquoi je préfère personnellement les festivals, ça m’évite d’être vendeur plus que metteur en scène. »

Au bord du précipice d’une renaissance

Selon Dina Amin, sa génération a grandement bénéficié du soutien du gouvernement au théâtre expérimental dans les années 1990. Lorsqu’elle a été nommée directrice générale du Festival international de théâtre contemporain et expérimental du Caire lors de sa reprise en 2016, elle avait l’intention de le faire perdurer. Sans budget pour les ateliers, elle a invité des amis du monde entier à donner de petits ateliers gratuitement. 

« Nous avons rencontré ces milliers de jeunes qui mouraient d’envie, non seulement de monter sur scène, mais aussi d’apprendre de nouvelles approches, si seulement nous leur ouvrions les portes »

- Dina Amin, professeure agrégée de théâtre à l’Université américaine du Caire

« Le jour où j’ai ouvert les inscriptions pour le tout premier tour, j’ai reçu 1 500 demandes pour chaque atelier », se souvient-elle.

« Soudain, nous avons rencontré ces milliers de jeunes qui mouraient d’envie, non seulement de monter sur scène, mais aussi d’apprendre de nouvelles approches, si seulement nous leur ouvrions les portes. »

« Il n’y a pas beaucoup d’endroits pour pratiquer votre métier d’acteur de théâtre », explique Ali El-Shourbagy, comédien et acteur de 24 ans.

« Soit vous ne gagnez toujours pas d’argent, soit vous dépensez le vôtre pour être dans un atelier et rester au top. Il y a la motivation, et il y a les gens qui veulent le faire, mais ce sera toujours une question d’argent. »

Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’opportunités, ou qu’il n’y a pas de portes qui mènent au succès. Soutenu par le ministère de la Culture, par exemple, l’Artistic Creativity Centre gère l’Actor’s Studio, un atelier annuel de théâtre dirigé par le célèbre réalisateur égyptien Khaled Galal. 

Sur une période d’audition de six mois, Galal choisit une centaine de participants parmi les milliers de postulants. Ils sont ensuite généralement filtrés tout au long du programme pour arriver à 50-70 en production finale. Beaucoup des acteurs les plus appréciés ayant émergé sur la scène du divertissement au cours de la dernière décennie, y compris Mohamed Farrag, Mohamed Mamdouh et Bayoumi Fouad, sont diplômés de ce studio. 

« Il devrait y avoir un centre de créativité comme celui de Khaled Galal dans chaque gouvernorat d’Égypte », estime Dina Amin. « Un programme parrainé par l’État qui forme des artistes après une formation rigoureuse : pouvez-vous imaginer la qualité des artistes que nous aurions si nous avions davantage de ces centres ? Personne ne permet à ces jeunes artistes d’éclore, c’est pourquoi il y a ce vide. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.