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Les tomates séchées donnent un nouveau souffle aux agriculteurs égyptiens

La demande croissante de tomates séchées offre aux producteurs égyptiens une solution peu coûteuse pour des stocks qui échappent ainsi au gaspillage
Les tomates sont exposées au soleil jusqu’à deux semaines pour être suffisamment séchées (Amr Emam/MEE)
Les tomates sont exposées au soleil jusqu’à deux semaines pour être suffisamment séchées (Amr Emam/MEE)
Par
LOUXOR, Égypte

L’industrie égyptienne de la tomate présente de nombreux risques pour les agriculteurs : ils sont nombreux à être grandement préoccupés par la partie de leur récolte qui risque d’être jetée. Mais certains producteurs de tomates comme Ahmed Thabet ont trouvé une solution pour compenser les pertes passées et faire en sorte, à l’avenir, de les limiter.

Au moment de la récolte, Ahmed Thabet transporte les tomates qu’il a cultivées dans sa ferme de la ville historique de Louxor vers un champ voisin, où elles peuvent sécher au soleil.

Les tomates y reposent pendant une semaine ou deux avant d’être suffisamment sèches pour être emballées et exportées vers les marchés étrangers, où la demande pour le produit séché est de plus en plus importante, selon les responsables égyptiens.

« Sécher les récoltes et les vendre pour l’exportation est une activité très lucrative pour les agriculteurs », indique Ahmed Thabet à Middle East Eye. « Je n’ai pas à me soucier de vendre mes produits sur le marché local. »

Selon l’ONU, environ 50 % de la production égyptienne de tomates est jetée chaque année (AFP)
Selon l’ONU, environ 50 % de la production égyptienne de tomates est jetée chaque année (AFP)

L’Égypte est l’un des principaux producteurs de tomates au monde : elle se classe au cinquième rang mondial, mais le pays exporte moins d’1 % de sa production chaque année. 

Même la majorité de ce qui reste en Égypte n’arrive pas jusqu’à l’assiette : environ 50 % de la production est jetée chaque année, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Selon les agriculteurs, l’ampleur du gaspillage est le résultat d’une planification agricole trop ambitieuse combinée à un manque d’infrastructures pour traiter la production.

« Les planificateurs agricoles cherchent depuis longtemps à étendre les espaces consacrés à la culture de légumes », explique à MEE Sayed Khalifa, directeur de l’Union des agriculteurs, le syndicat indépendant des agriculteurs du pays. « Cela entraîne une augmentation de la production globale, y compris de tomates. » 

Vendre à un prix inférieur à celui du marché

En temps normal, les tomates qui ne sont pas vendues pour la consommation sont utilisées pour constituer des produits dérivés, comme de la purée de tomates, qui peuvent ensuite être transformés en d’autres produits alimentaires. Mais les agriculteurs égyptiens manquent d’infrastructures pour assurer cela à l’échelle nécessaire pour éviter un gaspillage de masse.

Entre 3 et 4 % de la production nationale de tomates est transformée de cette manière. Selon Sayed Khalifa, le secteur « a grandement besoin de se développer » pour tirer le maximum de valeur de la production.

Le manque d’alternatives à la vente de fruits prétraités et la pression que les agriculteurs subissent pour vendre avant que le produit ne pourrisse font que ces derniers sont souvent obligés de vendre à un prix inférieur à celui du marché.

Connue pour ses antiquités et ses nombreux et vastes temples, Louxor est en train de devenir la plaque tournante égyptienne des tomates séchées

Cependant, tous les produits dérivés de la tomate ne nécessitent pas d’investissements importants en équipement et en formation, comme le démontrent des agriculteurs comme Ahmed Thabet, en produisant des tomates séchées.

Cette méthode permet aux agriculteurs de respirer, car elle leur permet de ne plus devoir s’inquiéter du mauvais état des tomates si elles ne sont pas vendues immédiatement, mais aussi parce que le produit final est lui-même plus lucratif pour les agriculteurs. 

Un kilo de tomates séchées se vend autour de 2,20 dollars (1,66 euro), alors que le prix du marché pour les tomates fraîches s’élève à 0,30 dollar (0,25 euro) le kilo – et cela ne comprend pas les coûts liés au gaspillage.

Connue pour ses antiquités et ses nombreux et vastes temples, Louxor est en train de devenir la plaque tournante égyptienne des tomates séchées. Située à environ 650 km du Caire, la ville génère un tiers de la production égyptienne de tomates, qui s’élève à huit millions de tonnes.

Mahmud Abdel Radi, un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture chargé de superviser les projets de séchage de tomates à Louxor, les décrit comme « un trésor » pour les agriculteurs et les autres habitants de la ville. 

« Ils ouvrent de vastes perspectives pour les agriculteurs et les habitants », affirme Mahmud Abdel Radi à MEE.

Projet pilote

Ahmed Thabet s’est intéressé au séchage de tomates après avoir pris connaissance d’un projet pilote de production de tomates séchées initié par le ministère de l’Agriculture à Louxor.

Depuis, il a arrêté de vendre ses tomates sur le marché local pour affecter toute la production de son exploitation de deux hectares au séchage. Il faut 10 kilos de tomates pour obtenir un kilo de tomates séchées. « Cela m’évite de me soucier de trouver des clients pour mes tomates », reconnaît Ahmed Thabet. 

Les acheteurs passent leurs commandes avant même que les fruits soient mûrs et les tarifs sont suffisamment compétitifs pour que les agriculteurs puissent couvrir leurs frais de main-d’œuvre et autres dépenses de production. Les revenus peuvent être quatre fois supérieurs à ce qu’un agriculteur peut gagner en produisant uniquement des tomates fraîches.

Il faut 10 kg de tomates pour produire un kilogramme de tomates séchées (Amr Emam/MEE)
Il faut 10 kilos de tomates pour produire un kilo de tomates séchées (Amr Emam/MEE)

C’est la raison pour laquelle de nombreux autres agriculteurs à Louxor rejoignent Ahmed Thabet sur le marché des tomates séchées.

Des séchoirs à tomates s’étendant aux quatre coins de la ville historique, en particulier dans ses parties sud et ouest. Les visiteurs remarqueront que des milliers de mètres carrés de terres agricoles sont couverts de tomates, coupées en deux afin de mieux absorber les rayons du soleil.

« Le séchage de tomates est devenu une activité à la mode à Louxor », affirme à MEE Nubi Abul Louz, responsable de l’Association des agriculteurs de Louxor.  « Près de 70 % des agriculteurs de la ville sont aujourd’hui dans le commerce de tomates séchées. » 

Cette tendance n’a pas échappé à des entreprises étrangères désireuses d’exploiter le potentiel de l’industrie égyptienne des tomates séchées. Louxor accueille déjà des entreprises allemandes et italiennes qui cherchent à produire et à exporter.

La généralisation de cette tendance est illustrée par la position de deuxième producteur mondial de tomates séchées désormais occupée par l’Égypte, derrière l’Italie seulement.

Des vies transformées

Si la pandémie de coronavirus a paralysé de nombreux secteurs dans le monde entier, l’industrie agricole égyptienne est l’un des rares à en avoir bénéficié.

La perturbation des chaînes d’approvisionnement internationales a donné aux exportateurs égyptiens une occasion de pénétrer certains marchés pour la première fois.

« Les exportations agricoles ont aidé l’économie à se maintenir à flot pendant l’épidémie de coronavirus, alors que toutes les autres sources de revenus ont été coupées », indique Gamal Seyam, professeur d’économie agricole à l’université du Caire.  

Les producteurs de tomates de Louxor et ceux qui sont désormais employés par le secteur florissant des tomates séchées espèrent que la demande continuera de croître même lorsque les choses reviendront à la normale.

L’industrie des tomates séchées a créé des emplois pour les habitants de Louxor, en particulier pour les femmes (Amr Emam/MEE)
L’industrie des tomates séchées a créé des emplois pour les habitants de Louxor, en particulier pour les femmes (Amr Emam/MEE)

Le secteur crée des opportunités d’emploi pour des centaines d’habitants de Louxor, en particulier pour les femmes, affirme Ali Hozayen, responsable du Bureau des projets de développement global du ministère de l’Agriculture. 

Le bureau d’Ali Hozayen forme des femmes au processus de séchage des tomates. En plus d’avoir fourni du matériel aux agriculteurs, notamment des séchoirs, le bureau leur donne des conseils sur les meilleures pratiques à adopter et contribue à mettre en relation les producteurs locaux avec les importateurs d’autres pays.

« Ces efforts engendrent des revenus pour tous les habitants de Louxor, pas seulement les agriculteurs », affirme Ali Hozayen à MEE

Pour Ahmed Thabet et ses collègues, l’impact a été considérable. « Nous espérons que la demande de tomates séchées continuera de croître dans les autres pays », confie-t-il à MEE. « Cette demande change la vie de beaucoup de gens ici. » 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.