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EN IMAGES : Une promenade à Palmyre comme si vous y étiez

Pour sensibiliser le public aux menaces qui pèsent sur les plus beaux sites culturels et archéologiques en zones de conflits, le Grand Palais à Paris accueille jusqu’au 9 janvier une exposition bouleversante entre histoire et actualité
Palmyre. Vue aérienne Temple de Bêl. Image 3D ©Iconem, DGAM

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Imaginez l’impensable : une promenade dans la ville antique de Palmyre, en Syrie, grâce à une projection d’images du site à 360 degrés possible avec les nouvelles techniques de prises de vue par des drones et de reconstitution numérique.

Le Grand Palais, avec le musée du Louvre à Paris et en collaboration avec Iconem, (une start-up française spécialisée dans la prise de vue aérienne et la modélisation en 3) accueille jusqu’au 9 janvier une exposition consacrée aux « sites éternels » en danger : Bâmiyân (cette ville d’Afghanistan devenue tristement célèbre depuis que les talibans ont détruit ses bouddhas en mars 2001), Khorsabad et le Krak des chevaliers en Irak, Palmyre et la Mosquée des Omeyyades en Syrie.

Aujourd’hui inaccessibles car en zone de guerre, ces sites archéologiques ou culturels sont expliqués au visiteur qui peut se faire une idée de la valeur des lieux et dans certains cas, de l’ampleur des dégâts. Car aux images filmées sont intégrées de façon dynamique des documents d’archives, des dessins, des gravures ou des photographies anciennes donnant la mesure de l’évolution des différents sites à travers le temps.

L’exposition comprend deux sections. Dans la première son projetés quatre films sur quatre sites archéologiques majeurs dans un vaste panorama à 360 degrés. Chaque film apporte un éclairage particulier : le pillage des antiquités et le trafic illicite pour Khorsabad, la reconstruction et ses enjeux pour Palmyre, la (re)découverte archéologique pour la Mosquée des Omeyyades, enfin la conservation et la valorisation des ruines pour le Krak des chevaliers.

Dans la seconde section, le laboratoire des images, au croisement d’un cabinet de curiosités et d’une salle de musée, rassemble différents supports et techniques qui, depuis plusieurs siècles ont permis aux scientifiques, et aux artistes, d’étudier et de restituer auprès de leurs collègues et du grand public leurs connaissances et impressions des sites fouillés : sur des consoles périphériques et aux murs sont présentés plans, moulages, maquettes, toiles, ouvrages brochés, relevés, photos, autochromes… jusqu’aux techniques les plus récentes avec les campagnes d’observation par drones et l’utilisation de la réalité virtuelle.

Mosquée des Omeyyades. Mosaïques. Image 3D ©Iconem, DGAM

La Grande Mosquée omeyyade, également appelée Grande Mosquée de Damas, est l'une des plus grandes du monde et l'un des plus anciens sites de prière continue depuis l'apparition de l'islam. Édifiée entre 705 et 715, elle avait pour fonction d’accueillir les croyants pour la prière du vendredi, mais également de témoigner de la puissance de la dynastie omeyyade.

Voyageurs et historiens médiévaux restaient abasourdis par la richesse de son décor, très certainement réalisé par des artisans byzantins.

Lors de la restauration de la mosquée au début du XXe siècle, des parties importantes de ce décor de mosaïque, jusqu’alors caché sous un épais enduit, fut redécouvert. Malgré les incendies qui l’ont ravagée – celui de 1893 fut terrible – la Grande Mosquée de Damas est assez proche de son état originel.

Lion couché rugissant. Vers 700 av. J.-C. Khorsabad. Trouvé fixé au dallage d’une façade du palais. Bronze. Paris, musée du Louvre ©Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Les frères Chuzeville

Cette sculpture de lion en bronze qui comprend un anneau fixé sur son dos était sans doute fixée au sol à côté d’une porte du palais de Khorsabad, au nord de l’Irak. Cette ville, fondée par Sargon II – on l’appelait la ville de Dûr-Sharrukin, la « forteresse de Sargon ») 721 – 705 avant J.-C.), était, avec Nimrud et Ninive, l’une des capitales de l’empire néo-assyrien qui réussit à dominer la plus grande partie du Proche-Orient dans la première moitié du Ier millénaire avant notre ère.

Actuellement, des pilleurs construisent des tunnels pour récupérer des reliefs et alimenter ainsi le marché des antiquités, détruisant par là-même toute possibilité de restituer l’histoire du palais.

Krak des chevaliers. Intérieur chapelle. Image 3D ©Iconem, DGAM

Le « Krak » ou forteresse des chevaliers, le « plus beau des châteaux du monde » pour Lawrence d’Arabie, est sans doute l’exemple le plus significatif de l’architecture militaire au Proche-Orient pour la période des Croisades. La forteresse aujourd’hui visible fut construite par les Chevaliers hospitaliers qui l’occupèrent entre 1142 et 1271. Elle témoigne ainsi de cette présence franque durant les États latins d’Orient. Les Mamelouks, dynastie arabe qui mit fin définitivement à cette présence latine, réinvestit ensuite le château pour le transformer légèrement en château de résidence, avec un hammam et un aqueduc.

Entre 2012 et 2014, le château a été le terrain d’affrontements et a subi plusieurs bombardements.

Relief funéraire de Taimé et de sa femme Hadira. 1ere moitié IIIe siècle après J.-C. Palmyre (ancienne Tadmore), Syrie. Calcaire. Paris, musée du Louvre ©Rmn – Grand Palais (Musée du Louvre)/Franck Rau

Le temple du dieu Bêl, d’origine babylonienne, est un monument majeur de Palmyre. L’oasis de Tadmor, en latin Palmyre – l’oasis des palmiers – abrite les ruines monumentales d'une grande ville qui fut l'un des plus importants foyers culturels du monde antique, selon l’Unesco.

C’est par l’intermédiaire de Palmyre que l’Empire romain s’approvisionnait en marchandises exotiques : les perles du Golfe, l’encens et l’indigo du Yémen, les épices d’Inde et les soieries de Chine.

Assiégé par le groupe État islamique (EI) en 2015 qui détruit plusieurs de ses monuments emblématiques, le temple de Bêl, le temple de Baalshamin, l’arc de triomphe et les tours funéraires, le site est de nouveau accessible depuis mars 2016.