Aller au contenu principal

La bataille pour Mossoul, point de convergence des troupes militaires

L’opération visant à reprendre Mossoul, bastion de l’État islamique, reste une mission lointaine et difficile malgré les promesses répétées de reconquête de la ville faites par l’Irak
Un soldat des Unités de mobilisation populaire se tient devant un symbole barré de l’État islamique (AFP)

BAGDAD – Entre les mains du groupe État islamique depuis presque deux ans, elle sert de capitale du groupe en Irak et de base d’opérations pour plusieurs de ses frappes contre le territoire contrôlé par le gouvernement.

Pendant plusieurs mois après la chute de Mossoul en 2014, le gouvernement à Bagdad a martelé qu’il se préparait à reprendre la deuxième ville du pays, mais les annonces sont venues et les délais ont expiré sans qu’aucune opération ne se produise.

Aujourd’hui, alors que des figures politiques américaines et irakiennes ont mis en garde quant au fait que le barrage voisin de Mossoul est proche d’une défaillance catastrophique qui pourrait tuer un million d’Irakiens, et que les forces de sécurité luttent pour contenir des attentats-suicides de plus en plus dévastateurs dans le sud du pays, la dernière estimation fixe une poussée décisive sur la capitale de la province de Ninive au mois de mai.

Le moteur a calé pour des raisons à la fois politiques et logistiques : la bataille sera longue et difficile, et personne ne s’attend à pouvoir imiter l’État islamique en entrant tout simplement dans la ville à pied. L’armée irakienne affaiblie dispose de ressources limitées, tandis que la participation des milices chiites, sans doute la force la plus puissante actuellement en Irak, rencontre la résistance de figures politiques dans cette province majoritairement sunnite.

Au moins, les préparatifs sont visiblement en cours. Plusieurs milliers de soldats irakiens se sont déplacés vers Ninive depuis la mi-février et davantage devraient suivre. Certains sont déjà arrivés au camp de Makhmour, à 50 km au sud-est de Mossoul, qui est devenu le quartier général du commandement des opérations militaires de Ninive.

Des conseillers militaires américains ont également été envoyés pour former plusieurs milliers de volontaires de la région alentour prêts à combattre l’État islamique.

Les forces de sécurité irakiennes ont lancé mardi dernier une offensive visant à chasser les militants de l’État islamique du désert d’al-Jazira, dans l’ouest de la province de Salah ad-Din, et coupé des voies d’approvisionnement de l’État islamique entre Anbar et Mossoul, ont indiqué des officiers militaires, marquant la première étape de la création d’une dynamique en vue de libérer la ville.

Un État affaibli

De nombreux analystes militaires et responsables interrogés par MEE ont reconnu que la bataille pour Mossoul serait « complexe » et « difficile » : la prise de la ville ne se produira qu’après que l’État islamique aura été rayé des villes et des villages voisins.

« Ces zones doivent en premier lieu être libérées avant tout mouvement pour libérer Mossoul », a indiqué à MEE Rashad Ghalali, commandant des forces kurdes irakiennes stationnées à Makhmour.

« Une bataille pour reprendre les villages du sud-est de Mossoul sera lancée immédiatement après l’arrivée du reste des troupes militaires. Les autres zones à l’extérieur de Mossoul doivent également être libérées. »

« Le processus d’accumulation des forces militaires nécessite plus de temps », a commenté Emad Allow, analyste militaire indépendant. « Trois brigades de combat envoyées par Bagdad ne sont pas encore totalement arrivées. Attendre jusque mai donnerait aux troupes irakiennes et américaines suffisamment de temps pour effectuer tous les préparatifs nécessaires. »

Pour compliquer cette situation, une recrudescence des attaques de type guérilla menées par l’État islamique a été observée à Bagdad et dans d’autres villes situées derrière les lignes de front. Dimanche, plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans un attentat au camion piégé perpétré par l’État islamique à Hilla, au sud de la capitale, soit l’attentat de ce type le plus grave de l’année. Celui-ci fait suite à l’attentat-suicide perpétré la semaine dernière dans un marché de Sadr City, à Bagdad, qui a tué 70 personnes.

Patrick Martin, analyste à l’Institute For the Study of War de Washington, a indiqué à l’agence de presse AP que les attentats visaient à ralentir les préparatifs de l’offensive de Mossoul.

« S’il s’avère que des attaques de ce type deviennent vraiment graves et nombreuses dans un avenir proche, le calcul de l’armée devra probablement évoluer », a-t-il expliqué.

Une guerre chiite dans une ville sunnite

Un autre obstacle auquel les planificateurs militaires sont confrontés est représenté par l’inclusion de milices chiites soutenues par l’Iran, qui relèvent des Unités de mobilisation populaire (UMP).

De nombreuses figures politiques sunnites ont fait pression sur les États-Unis pour les empêcher de les déployer à Mossoul, craignant que les factions armées chiites ne s’implantent à Mossoul et ne massacrent des innocents par vengeance, comme ils sont accusés de l’avoir fait lors de la reprise de Tikrit l’an dernier.

Le Premier ministre Haider al-Abadi ne l’entend pas du tout de cette oreille et a insisté sur sa position au Parlement : « Que personne n’ose me demander d’exclure les UMP, que ce soient les Américains ou les Britanniques. »

Malgré son discours musclé, la question reste en suspens et profondément sujette à controverse. Plus tôt la semaine dernière, le conseil de Ninive a déclaré qu’il s’opposerait à toute participation des UMP. La Coalition des forces irakiennes, un bloc politique sunnite, a exprimé une opposition semblable.

La participation des UMP, a soutenu le bloc politique, « aiderait les gangs de Daech [l’État islamique] à convertir cette bataille en un combat sectaire pour servir sa sombre propagande ».

« Les troupes nationales composées de combattants de Ninive sont les plus à même de reprendre le territoire et d’interagir avec les citoyens de la province tout en empêchant des représailles », a déclaré le bloc.

Abou Mahdi al-Mohandes, chef des UMP, a répondu à cette déclaration lors d’une conférence de presse jeudi dernier : « Personne n’a le droit de nous empêcher de participer à la libération de la ville de Mossoul », a-t-il déclaré.

L’ordre de bataille

Malgré ces problématiques, des responsables des services de sécurité américains ont affirmé lundi dernier à MEE que des opérations militaires contre l’État islamique à Mossoul avaient en effet déjà commencé et que le gouvernement irakien avait confié son plan pour libérer Mossoul à des commandants américains.

« Les gens ont peut-être confondu "Quand Mossoul sera-t-elle sécurisée ?" et "Quand les opérations commenceront-elles ?" », a indiqué un porte-parole du département américain de la Défense. « Je dirais que ces opérations ont déjà commencé. »

Selon des sources irakiennes, cette bataille au sol sera lancée à partir de trois pôles : Makhmour, à l’est de Mossoul, Shirkat, à 115 km au sud, et Bashiqa, à 12 km au nord-ouest. Les forces aériennes menées par les États-Unis créeront un « pare-feu renforcé » pour couper les routes d’approvisionnement entre Mossoul et les zones syriennes contrôlées par l’État islamique, à l’ouest.

Selon des sources, les forces kurdes, les soldats d’élite irakiens et les milices majoritairement chiites prendraient la tête des opérations et les troupes régulières de l’armée irakienne contrôleraient à leur place les zones reconquises.

« La bataille de Mossoul est décisive, compliquée et difficile, et sera à coup sûr différente des batailles de Tikrit et Anbar », a indiqué à MEE un officier militaire irakien de haut rang.

« Sur la base des troupes régulières et des gens de Mossoul qui se sont portés volontaires pour combattre à nos côtés, nos forces donneront aux habitants vivant à Mossoul l’assurance qu’ils ne sont pas visés, et personne ne les touchera tant qu’ils ne combattent pas aux côtés de Daech. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.