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Le sultanat d'Oman peut-il devenir un acteur clé de la crise syrienne ?

Après avoir accueilli avec succès les négociations qui ont abouti à l'accord sur le nucléaire iranien, le sultanat d'Oman cherche à jouer le rôle de médiateur régional sur la question syrienne
Une photo issue d'un communiqué de l'agence de presse Oman News Agency (ONA) en date du 6 août 2015 montre le ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef al-Alawi Abdullah (à droite), lors d'une rencontre avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Mouallem, à Mascate (AFP)

Plus de quatre ans après le début de la crise syrienne, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Mouallem s'est rendu dans la capitale omanaise Mascate, effectuant ainsi la première visite de ce type dans un État du Golfe depuis 2011. Il y a rencontré le ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef al-Alawi Abdullah, afin d'évoquer les relations bilatérales et la crise syrienne.

Le sultanat d'Oman cherche à organiser des négociations entre les principaux acteurs concernés par le conflit syrien. Selon le journal Asharq al-Awsat, le sultanat d'Oman a tenté de convoquer des réunions directes entre Riyad et Téhéran, qui sont respectivement les deux principaux soutiens de l'opposition et du gouvernement en Syrie.

Contrairement à d'autres États du Conseil de coopération du Golfe, le sultanat d'Oman a maintenu des relations diplomatiques avec Damas depuis le début de la crise syrienne. Selon Asharq al-Awsat, l’Omanais Youssef al-Alawi Abdullah s'était même rendu en Syrie pendant l'été 2011.

Grâce à sa position diplomatique unique dans la région, le sultanat d'Oman cherche à endosser le rôle de médiateur régional dans la résolution des crises qui affectent les États arabes, particulièrement après le succès des négociations sur le nucléaire iranien qu'il avait organisées en 2013 et qui ont abouti à l'accord de cette année.

La visite des Syriens

Au début du mois d'août, des journaux arabes ont annoncé la tenue d'une rencontre tripartite entre les ministres des Affaires étrangères syrien, saoudien et iranien. Lors d'une visite à Téhéran, le Syrien Walid al-Mouallem a également rencontré certains responsables iraniens, dont le président Hassan Rohani, ainsi que le sous-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov.

Des spécialistes en ont conclu que l'Iran avait demandé à Walid al-Mouallem de se rendre à Mascate pour trouver un moyen de sortir tous les protagonistes du bourbier syrien.

Lors de leur rencontre à Mascate, qui est intervenue suite à une visite officielle du gouvernement omanais, le ministre syrien des Affaires étrangères et son homologue omanais ont affirmé : « Il est temps de conjuguer nos efforts de manière constructive pour mettre un terme à la crise syrienne sur la base des aspirations du peuple syrien. Nous devons combattre le terrorisme et assurer la sécurité et la stabilité tout en préservant la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale de la Syrie. »

Oman, le médiateur

De son côté, Tawfiq al-Lawaty, membre du Conseil consultatif omanais, a indiqué à MEE que la politique du sultanat d'Oman « vise à trouver une solution pacifique et refuse d'encourager les confrontations armées. [Par conséquent,] le sultanat d'Oman est qualifié pour agir en tant qu'intermédiaire entre les parties en conflit ».

Il a également affirmé que son pays portait un intérêt particulier au conflit syrien puisqu'il en était affecté, et qu’Oman tentait également de trouver des solutions à la crise qui sévissait dans le Yémen voisin.

« Le sultanat d'Oman reste fidèle à ses positions, que ce soit vis-à-vis de la crise irakienne, de la crise yéménite ou encore de la crise syrienne. Il refuse d'interférer dans les affaires des autres pays et a démontré qu'il privilégie les solutions pacifiques et le dialogue aux interventions militaires », a indiqué Tawfiq al-Lawaty à MEE.

Le journaliste omanais Moussa al-Foray estime lui aussi que la visite de Walid al-Mouallem est arrivée à point nommé compte tenu des événements récents, et notamment de la menace de l'État islamique (EI) qui plane sur la stabilité du Golfe, des attentats à la bombe perpétrés au Koweït et en Arabie saoudite, et de l'expansion du groupe en Irak et en Syrie, qui met encore davantage en péril la sécurité de la région.

« La menace de l'EI rassemble la région du Golfe autour de la Syrie pour lutter contre le terrorisme », a affirmé Moussa al-Foray sur aljazeera.net.

Il a ajouté que « la compatibilité entre l'Iran et l'Occident, combinée à la tentative des Omanais de représenter les différents points de vue auprès des Saoudiens et du gouvernement syrien, pourrait ouvrir la voie au dialogue ».

« Je présume [que le sultanat d'Oman accueillera] les réunions entre les États du Golfe et la Syrie suite à la rencontre entre les officiels omanais et syriens. Elles ne seront peut-être pas annoncées, mais il n'y a pas d'alternative. Le sultanat d'Oman n'endossera pas le rôle de médiateur à moins d'être sûr de l'issue », a déclaré Moussa al-Foray.

Le pacificateur de l'accord iranien

L'analyste politique omanais Abdullah Ghailani a indiqué à MEE que le rôle du sultanat d'Oman dans les négociations consistait à fournir une assistance et un appui logistique, « ce qui se limite à transmettre les messages entre les parties et à proposer des initiatives et des idées pour sortir de la crise ».

Il a confirmé à MEE que « la position de médiateur adoptée par ce pays intervient dans le cadre de mouvements régionaux ou comme l'une des conséquences du rapprochement entre les Américains et les Iraniens suite à l'accord sur la question du nucléaire iranien ».

Des médias iraniens ont signalé que le Russe Mikhaïl Bogdanov avait informé Walid al-Mouallem du résultat de la rencontre tripartite entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, son homologue américain John Kerry et le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Joubeir.

Abdullah Ghailani fait le lien entre « les mouvements régionaux, particulièrement suite à la rencontre de Doha, et la rencontre entre John Kerry et les ministres des Affaires étrangères du Golfe ». Il présume cependant que le rôle du sultanat d'Oman sera moins central dans la crise syrienne qu'il ne l'est dans le conflit yéménite.

« Le sultanat d'Oman ne proposera pas d'initiative ou de solution indépendante. Il transmettra les propositions émises par les parties. Sa présence ne sera pas significative puisqu'il n’a pas d’initiatives approuvées par les autres parties », affirme Abdullah Ghailani.

L'Iran cherche une échappatoire

Abdullah Ghailani a indiqué à MEE que l'Iran était poussé par certains facteurs à abandonner le gouvernement du président syrien Bachar el-Assad. Il affirme : « La Syrie est actuellement confrontée à de nombreux problèmes. Elle est devenue un fardeau stratégique pour l'Iran. Les ressources humaines et financières sont sous pression. L'Iran souhaite donc se débarrasser de ce fardeau, sans pour autant abandonner la Syrie. Il peut sacrifier Bachar el-Assad ou son régime mais ne veut pas perdre son positionnement géostratégique ».

Abdullah Ghailani suggère également que « les États-Unis sont en train de faire pression sur l'Arabie saoudite et les États du Golfe pour qu'ils acceptent une solution politique » en Syrie, après des années de silence avec Damas et de poursuite d'une solution militaire. Il ajoute que ce sont les « factions militantes syriennes qui détiennent le pouvoir, et non les acteurs politiques ».

Toutefois, selon le chef de l'opposition syrienne, Burhan Ghalioun, « la visite de Walid al-Mouallem, qui a concordé avec celle de Mikhaïl Bogdanov, ne signifie pas que le règlement du conflit est proche, ni qu'une ultime initiative a été proposée ». Il ajoute que « les Russes essaient désormais de se concerter avec leurs partenaires iraniens et syriens pour entamer les négociations ».

Malgré les antécédents de désaccord sur la question syrienne entre Washington et Moscou à l'ONU, et en l'absence d'objection de la Russie, le Conseil de sécurité s'est prononcé vendredi dernier en faveur de la proposition des États-Unis demandant la formation, par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon et l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, d'une équipe chargée d'identifier les responsables des attaques au gaz toxique perpétrées en Syrie.

Cette combinaison d'initiatives diplomatiques suggère une volonté croissante de toutes les parties au conflit syrien de négocier une solution, dans laquelle le sultanat d'Oman s'apprête à jouer un rôle de soutien important.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.