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Liban : Lokman Slim, connu pour ses critiques du Hezbollah, retrouvé assassiné 

Le meurtre de l’intellectuel libanais, retrouvé mort jeudi dans sa voiture, tué par balle, rappelle celui de Samir Kassir en 2005
Lokman Slim avait cofondé en 2005 Umam Documentation and Research, un groupe dédié à l’archivage du passé violent du Liban dans le but de sensibiliser et de prévenir de nouveaux conflits (AFP)
Lokman Slim avait cofondé en 2005 Umam Documentation and Research, un groupe dédié à l’archivage du passé violent du Liban dans le but de sensibiliser et de prévenir de nouveaux conflits (AFP)

Le militant et intellectuel libanais Lokman Slim, connu pour ses positions critiques envers le mouvement chiite Hezbollah, a été retrouvé mort jeudi vers 7 h du matin, tué par balle. 

Il se trouvait dans une voiture de location, sur une route calme, rarement empruntée par les habitants, entre les villages de Toufahta et al-Addoussiyeh, au sud du Liban.

Son corps a été transféré dans un hôpital public de la ville de Sidon (au sud de Beyrouth), où le médecin a déclaré qu’il avait reçu quatre balles dans la tête et une dans le dos, selon l’Agence nationale de presse.

Les forces de sécurité ont contacté la société de location pour vérifier l’identité de la personne qui avait loué la voiture. Middle East Eye a obtenu confirmation que le véhicule avait bien été loué par Lokman Slim le 30 janvier.

Les forces de sécurité sur les lieux du crime, le 4 février 2021 (MEE/Adam Chamseddine)
Les forces de sécurité sur les lieux du crime, le 4 février 2021 (MEE/Adam Chamseddine)

Selon une source des services de sécurité, les résultats préliminaires indiquent que Lokman Slim a été tué mercredi à 23 h 30. À 20 h, il avait quitté la maison de ses amis à Mazraat Niha, à 40 minutes du lieu du crime, et tout contact avec lui a été perdu par la suite. Son téléphone a été retrouvé à 300 mètres de la maison où il avait passé la soirée.

Son épouse et sa soeur avaient signalé sa disparition mercredi soir, s’inquiétant de ne pas le voir rentrer. Incapable de le joindre, la famille avait contacté la société de location pour voir si la voiture pouvait être retracée, mais on lui avait répondu qu’elle n’avait pas de dispositif de cracking installé sur le véhicule.

Menaces de mort

De confession chiite, engagé en faveur de la laïcité et de la démocratie et fervent opposant au confessionnalisme qui mine la politique libanaise, Lokman Slim, qui vivait dans les quartiers sud de Beyrouth, considérés comme le bastion du Hezbollah, était l’un des critiques les plus virulents du mouvement chiite soutenu par l’Iran.

Avant l’annonce du décès, sa sœur Rasha al-Ameer estimait que sa disparition était liée à ses opinions. « Il avait une position [politique], pour quelle autre raison pourrait-il avoir été kidnappé ? », avait-elle relevé.

« Par précaution en cas d’atteinte, verbale ou physique, à venir, contre moi, mon épouse, ma maison ou mes proches, je fais porter l’entière responsabilité de ce qui s’est passé, et de ce qu’il pourrait se passer, à Hassan Nasrallah et Nabih Berri », avait écrit Lokman Slim dans un communiqué, faisant référence au chef du Hezbollah et au chef du parti Amal, qui est aussi le président du Parlement libanais.

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Mais le mobile et les auteurs de son meurtre n’ont pas encore été officiellement déterminés.

Selon sa famille, Lokman Slim avait commencé à recevoir des menaces de mort ces dernières semaines.

Nadim el-Kak, ami et parent, le décrit comme « résilient et courageux » pour avoir démontré, malgré les dangers, les violations des droits de l’homme par le gouvernement syrien et le rôle du Hezbollah en Syrie et au Liban.

« Malgré cela, il a choisi de rester plutôt que de partir quand il aurait pu le faire… Il n’était pas disposé à renoncer à ces principes. Il voulait que sa vérité soit mise en lumière. Et il l’a fait, mais il en a payé le prix. C’est vraiment triste et horrible », confie-t-il à MEE.

Lokman Slim avait cofondé en 2005 Umam Documentation and Research, un groupe dédié à l’archivage du passé violent du Liban dans le but de sensibiliser et de prévenir de nouveaux conflits. Il a également réalisé plusieurs films documentaires avec sa femme Monika Borgmann.

Le militant est l’une des personnalités les plus importantes à avoir été abattue depuis que Samir Kassir, journaliste et critique du gouvernement syrien et de ses alliés, a été tué en 2005 à Beyrouth.

Un signal clair « pour la dissidence »

« Cela nous rappelle incontestablement des souvenirs de la période post-2005 et des assassinats qui ont suivi, à commencer par celui de Samir Kassir», explique à MEE Maha Yehya, directrice du Carnegie Middle East Center. « C’est un signal clair que l’espace pour la dissidence, en particulier au sein de la communauté, est en train de se fermer. Un message retentissant avec un meurtre. »

MEE a tenté de contacter les représentants du Hezbollah pour obtenir des réactions. 

Le meurtre de Lokman Slim intervient des semaines après qu’un photojournaliste libanais travaillant pour l’armée, Joseph Bejjani, a été abattu après avoir déposé sa fille à l’école.

Reporters sans frontières (RSF) a qualifié l’incident de choquant et a appelé à une enquête immédiate sur le meurtre.

Le ministre de l’Intérieur Mohamed Fahmy a dénoncé un « crime horrible », assurant avoir contacté les responsables des appareils sécuritaires pour assurer le suivi de l’affaire.

Les hommages ont afflué sur les réseaux sociaux. « Non non non ! Ça ne peut pas continuer comme ça. Non non, ça ne peut passer. TUER nos intellectuels ? Nos libres penseurs ? Non ! », a notamment tweeté la militante Rita Chemaly.

Les ambassades de France, de Suisse ou encore de l’Union européenne ont exprimé leur « choc » ou leur « profonde tristesse ». 

Le président Michel Aoun a déclaré qu’il avait ordonné une enquête sur le crime.

Traduit de l’anglais (original) et actualisé.