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Des réfugiés syriens de retour chez eux sont torturés, violés ou « disparaissent »

« Si les hostilités militaires ont pris fin, la propension du gouvernement syrien à commettre de graves atteintes aux droits humains reste intacte », note Amnesty International dans son dernier rapport
Amnesty International demande aux gouvernements européens de « cesser de contraindre directement ou indirectement des personnes à retourner en Syrie » (Amnesty International/Dominika Ożyńska)
Amnesty International demande aux gouvernements européens de « cesser de contraindre directement ou indirectement des personnes à retourner en Syrie » (Amnesty International/Dominika Ożyńska)
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Les forces de sécurité syriennes soumettent les Syriens rentrés chez eux après s’être réfugiés à l’étranger à la détention, à la disparition forcée et à la torture, notamment à des violences sexuelles, a déclaré Amnesty International ce 7 septembre.

Selon l’ONG, qui documente les faits dans un nouveau rapport, « You’re going to your death », 66 personnes revenues au pays, dont 13 enfants, ont subi des violations des droits de l’homme. « Parmi ces violations, figurent cinq cas dans lesquels les détenus sont morts en détention après être rentrés en Syrie, tandis que le sort réservé à dix-sept victimes de disparitions forcées demeure inconnu », note Amnesty International.

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« Si les hostilités militaires ont pris fin, la propension du gouvernement syrien à commettre de graves atteintes aux droits humains reste intacte. La torture, les disparitions forcées et les détentions arbitraires ou illégales, qui ont contraint de nombreux Syriens à chercher refuge à l’étranger, sont plus prégnantes que jamais en Syrie. En outre, le seul fait d’avoir fui la Syrie suffit à placer ceux qui rentrent dans le collimateur des autorités », a déclaré Marie Forestier, chercheuse sur les droits des personnes réfugiées et migrantes à Amnesty International.

« Plusieurs États, dont le Danemark, la Suède et la Turquie, limitent la protection accordée aux réfugiés originaires de Syrie et font pression pour qu’ils rentrent chez eux. Or les témoignages poignants contenus dans ce rapport prouvent que le territoire syrien n’est pas un endroit sûr où rentrer. Ceux qui l’ont fait ont déclaré que les agents du renseignement les avaient explicitement pris pour cibles parce qu’ils avaient pris la décision de fuir la Syrie, les accusant de manque de loyauté ou de ‘’terrorisme’’ », explique l’ONG.

Hommes, femmes et enfants ciblés

Amnesty International pointe le fait que « les gouvernements qui affirment que la Syrie est désormais un pays sûr choisissent d’ignorer la réalité sur le terrain, amenant les réfugiés à craindre une nouvelle fois pour leur vie ».

L’ONG demande aux gouvernements européens d’« accorder le statut de réfugié aux personnes venues de Syrie et à cesser de contraindre directement ou indirectement des personnes à retourner en Syrie ».

Et de citer également « les gouvernements du Liban, de la Turquie et de la Jordanie [qui] doivent protéger les réfugiés syriens contre l’expulsion ou toute autre forme de renvoi forcé, conformément à leurs obligations internationales ».

Dans ce nouveau rapport, Amnesty a recensé 24 cas d’hommes, de femmes et d’enfants « pris pour cibles et victimes de violations des droits humains – viol ou autres formes de violences sexuelles, détention arbitraire ou illégale, et torture ou mauvais traitements notamment. Dans certains cas, les personnes qui sont rentrées ont été ciblées uniquement parce qu’elles venaient de régions de Syrie qui avaient été contrôlées par l’opposition ».

Dans la province de Homs, Karim (le prénom a été changé) a été arrêté quatre jours après son retour du Liban et est resté six mois et demi en détention.  

Amnesty International a également recensé « quatorze cas de violences sexuelles commises par les forces de sécurité, dont sept cas de viol concernant cinq femmes, un adolescent et une fillette de 5 ans »

« Un agent m’a dit : ‘’Tu es venu pour ruiner le pays et finir ce que tu avais commencé avant de partir.’’ J’ai répondu que je revenais dans mon pays natal, dans mon village […] Ils [les agents des services de sécurité] m’ont dit que j’étais un terroriste, car je suis originaire d’[un village pro-opposition bien connu].

« […] Une fois libéré, je n’ai pas pu voir les personnes qui me rendaient visite pendant cinq mois. J’avais trop peur pour parler à quelqu’un. J’avais des cauchemars, des hallucinations. Je parlais pendant mon sommeil. Je me réveillais en pleurant et j’étais effrayé. Je suis handicapé, les nerfs de ma main droite ont des lésions dues à la [torture]. Tout comme certains disques de ma colonne. »

Amnesty International a également recensé « quatorze cas de violences sexuelles commises par les forces de sécurité, dont sept cas de viol concernant cinq femmes, un adolescent et une fillette de 5 ans ».

« Lorsque Noor [le prénom a été changé] est rentrée du Liban, elle a été arrêtée à la frontière par un membre des forces de sécurité, qui lui a dit : ‘’Pourquoi as-tu quitté la Syrie ? Parce que tu n’aimes pas Bachar al-Assad et tu n’aimes pas la Syrie ? Tu es une terroriste… La Syrie n’est pas un hôtel d’où tu peux entrer et sortir comme bon te semble. » Puis il a violé Noor et sa fillette de 5 ans dans une petite pièce qui sert aux interrogatoires au poste-frontière.

Une famille disparue depuis deux ans et huit moi

« Certaines familles ont choisi de faire rentrer les femmes en Syrie avant leurs époux, pensant qu’elles se feraient moins arrêter que les hommes – en partie parce que les femmes ne sont pas soumises au service militaire obligatoire », mais Amnesty a « recueilli des informations sur la détention arbitraire et illégale de treize femmes, dont certaines ont été interrogées au sujet des hommes de leur famille, et de dix enfants, âgés de trois semaines à 16 ans, arrêtés avec leurs mères. Les forces de sécurité ont soumis cinq enfants à la torture ou à d’autres mauvais traitements. Les femmes sont tout aussi exposées que les hommes lorsqu’elles rentrent en Syrie et devraient donc bénéficier du même niveau de protection ».

L’ONG a aussi documenté « 59 cas d’hommes, de femmes et d’enfants détenus arbitrairement après être rentrés en Syrie, la plupart du temps à la suite d’accusations vagues de ‘’terrorisme’’. Dans 33 cas, ceux qui sont rentrés ont subi des actes de torture ou des mauvais traitements au cours de leur détention ou de leurs interrogatoires ».

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Il faudrait également ajouter 27 cas de disparitions forcées : « Dans cinq cas, les autorités ont fini par informer les familles que leurs proches disparus étaient morts en détention ; cinq personnes ont finalement été libérées et le sort des dix-sept autres demeure inconnu ».

« Ibrahim [le nom a été changé] a raconté que son cousin, ainsi que son épouse et leurs trois enfants âgés de 2, 4 et 8 ans, avaient été arrêtés à leur retour de France en 2019. Au moment où nous rédigeons ce communiqué, la famille a ‘’disparu’’ depuis deux ans et huit mois ».

Amnesty International insiste sur le fait qu’« aucune région de Syrie n’est sûre » : « Les combats en Syrie ont nettement diminué au cours des trois dernières années, le gouvernement syrien contrôlant désormais plus de 70 % du territoire. Dans ce contexte, les autorités syriennes encouragent publiquement les réfugiés à rentrer au pays, tandis que plusieurs pays d’accueil commencent à réexaminer la protection accordée aux personnes originaires de Syrie. »

Et de rappeler qu’au Liban et en Turquie, « où de nombreux réfugiés endurent des conditions de vie difficiles et subissent la discrimination, les gouvernements font de plus en plus pression sur les Syriens pour qu’ils retournent chez eux ».

En Europe aussi, « le Danemark et la Suède réévaluent les permis de séjour des demandeurs d’asile qui viennent de régions qu’ils considèrent comme sûres pour des retours, notamment Damas et ses alentours. Il est à noter toutefois qu’un tiers des cas présentés dans ce rapport concerne des violations des droits humains commises à Damas ou dans la région de Damas ».

« Le gouvernement de Bachar al-Assad s’efforce de dépeindre la Syrie comme un pays en reconstruction. La réalité est que les autorités syriennes continuent de se livrer à des atteintes aux droits humains systématiques et généralisées qui ont contribué à ce que des millions de personnes cherchent à se mettre à l’abri à l’étranger », a déclaré Marie Forestier.