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Égypte : dix ans après la révolution égyptienne, la place Tahrir métamorphosée

La rénovation de ce lieu clé est considérée comme une tentative d’« effacement » du soulèvement de 2011 et met dans le même temps en péril le patrimoine de l’Égypte ancienne
La place Tahrir au Caire. À gauche : le 11 novembre 2020. À droite : le 18 février 2011, lors d’une célébration de la destitution du président Hosni Moubarak à la suite de protestations massives (AFP)
La place Tahrir au Caire. À gauche : le 11 novembre 2020. À droite : le 18 février 2011, lors d’une célébration de la destitution du président Hosni Moubarak à la suite de protestations massives (AFP)
Par Correspondant de MEE en Égypte à LE CAIRE, Égypte

Les autorités égyptiennes ont finalisé la modernisation de la place Tahrir au centre-ville du Caire, épicentre du soulèvement de 2011 contre le président Hosni Moubarak.

La métamorphose de cet endroit qui témoignait des transformations politiques qui ont balayé le pays au cours de la dernière décennie a indigné les révolutionnaires anti-Moubarak et suscté l’inquiétude des archéologues.

« La place aurait dû rester telle qu’elle était après la révolution », confie à Middle East Eye Essam Raslan, un des milliers de manifestants qui sont descendus dans les rues en 2011. « Elle aurait dû être un témoignage vivant des rêves de liberté et de dignité des Égyptiens. »

Si les efforts considérables déployés pour modifier l’apparence de ce lieu emblématique du Caire visent selon certains à effacer l’histoire récente, les archéologues avertissent également que l’histoire ancienne que les modifications cherchent à mettre en valeur est également menacée par ce rafraîchissement.

Vue de la place Tahrir après l’installation de l’obélisque (MEE)
Vue de la place Tahrir après l’installation de l’obélisque (MEE)

La modernisation de la place Tahrir, la première depuis la révolution, a commencé en septembre 2019 sur instruction du président Abdel Fattah al-Sissi

Un grand nombre d’institutions publiques et d’entreprises privées ont contribué au projet.  

Un obélisque de 3 500 ans, datant de l’époque du roi Ramsès II, pièce maîtresse de la rénovation de la place, a été rapporté du delta du Nil. Quatre sphinx du temple de Karnak à Louxor ont également été transférés sur la place.

Symboles antiques de pouvoir

Selon les archéologues, les obélisques sont des symboles antiques de pouvoir. 

« Ils sont aussi les symboles de la dignité des anciens Égyptiens », explique à MEE Mustafa Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités au sein du ministère du Tourisme et des Antiquités. « L’obélisque et les sphinx donnent à la place la touche d’Antiquité qu’elle mérite. »

Les autorités égyptiennes ont investi environ 150 millions de livres égyptiennes (environ 7,9 millions d’euros) dans la modernisation de la place. 

Dans le cadre du projet, les façades des bâtiments donnant sur la place – dont certaines datent de plusieurs centaines d’années – ont également été repeintes et un nouveau système d’éclairage axé sur l’obélisque et les sphinx a été installé. Les autorités ont planté des centaines de palmiers dans les rues qui mènent à la place. 

Les autorités égyptiennes affirment que la modernisation de la place Tahrir fait partie d’un plan plus vaste visant à remodeler le centre-ville du Caire et à en faire un site touristique.

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Le centre de la capitale abrite des merveilles architecturales, dont certaines remontent à des centaines d’années et ont été imaginées par des architectes européens. Certains bâtiments sont inspirés de l’architecture parisienne, genevoise ou romaine.

Jusqu’à présent, les autorités du gouvernorat du Caire ont repeint les façades de 300 des 500 bâtiments du centre-ville. Dans le cadre de la rénovation, les carreaux intérieurs de ces bâtiments ont également été remplacés par des carreaux qui correspondent aux originaux. 

Certaines rues et avenues du quartier ont été transformées en zones exclusivement piétonnes. Le gouvernement prévoit de restaurer d’autres places du centre du Caire, notamment la place Talaat Harb, la place de l’Opéra et la place Mohamed Farid, situées dans les environs. 

« Le centre-ville du Caire deviendra une destination touristique car il aura beaucoup à offrir aux visiteurs », explique à MEE Ibrahim Abdel Hadi, vice-gouverneur du Caire.

Au-delà de l’architecture caractéristique de ses vieux bâtiments, le centre-ville du Caire possède d’autres sites d’une valeur incomparable. 

La place Tahrir est à moins de cinq minutes à pied du Mogamma el-Tahrir, un bâtiment de l’époque de la révolution de 1952 considéré pendant des décennies comme le symbole de la bureaucratie égyptienne. Le gouvernement prévoit de transformer ce gigantesque bâtiment en hôtel. 

Cependant, la modernisation de la place Tahrir a suscité rejet et inquiétude, notamment de la part d’égyptologues et d’amateurs d’histoire, qui expriment des réserves quant au retrait de l’obélisque et des sphinx de leur emplacement d’origine. 

Selon eux, une place polluée et bondée est loin d’être un emplacement idéal pour des monuments précieux tels que l’obélisque de 19 mètres de haut et de 90 tonnes transporté jusqu’au centre de la capitale depuis le gouvernorat d’ach-Charqiya, dans le delta du Nil, ou les sphinx à tête de bélier à sa base, rapportés de la cité antique de Louxor, dans le sud du pays.

« Il est tout sauf correct de déplacer les sphinx de leur environnement d’origine », explique à MEE Ahmed Idriss, membre de la Commission du tourisme et des antiquités de la Chambre des représentants égyptienne. « Les conditions météorologiques et la pollution qui touche le secteur de la place auront un effet destructeur. »

Vue nocturne de la place, avec l’un des sphinx à tête de bélier. La façade du Mogamma al-Tahrir est illuminée par le nouveau système d’éclairage (MEE)
Vue nocturne de la place, avec l’un des sphinx à tête de bélier. La façade du Mogamma al-Tahrir est illuminée par le nouveau système d’éclairage (MEE)

La place Tahrir est connue pour être l’un des secteurs les plus pollués de la capitale. Située entre les quartiers nord et sud de la ville, elle relie également la province de Gizeh, qui fait partie de la région du Grand Caire, à l’est du Caire.

Effacer les traces de la révolution

Les modifications apportées à la place font également grincer des dents les révolutionnaires égyptiens de 2011.

La place Tahrir est devenue célèbre dans le monde entier lors du soulèvement de dix-huit jours contre Moubarak qui a éclaté le 25 janvier 2011. Des centaines de milliers d’Égyptiens se sont rassemblés pour une mobilisation de colère sans précédent contre l’homme qui a dirigé leur pays d’une main de fer pendant trois décennies. 

Au cours de ces deux semaines et demie, des dizaines de manifestants ont été tués par la police de Moubarak sur la place, notamment lors d’une bataille sanglante entre révolutionnaires et partisans de Moubarak connue sous le nom de « bataille des chameaux », qui a fait une douzaine de morts et plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants anti-Moubarak. 

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Ceux qui sont descendus dans les rues il y a près de dix ans considèrent que le processus actuel vise à effacer les traces de la lutte des Égyptiens pour la démocratie, pour laquelle de nombreux Égyptiens ont payé un lourd tribut, certains y ayant laissé leur vie. 

Selon Essam Raslan, qui était membre de la Coalition des jeunes de la révolution qui s’opposait à Moubarak à l’époque, la modernisation de la place n’a qu’un seul objectif : supprimer toutes les traces de la révolution de 2011.

« Toutes les autres traces de la révolution ont déjà été supprimées, notamment les graffitis de célèbres figures révolutionnaires sur les murs des bâtiments autour de la place et un mémorial des martyrs de la révolution », affirme Essam Raslan. 

Néanmoins, poursuit-il, le souvenir de la révolution continuera de vivre dans l’esprit et le cœur de ceux qui y ont participé.

« Elle continuera également de vivre dans l’esprit et le cœur des proches des martyrs », soutient Essam Raslan.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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