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Décès de cheikh Khalifa, président quasi invisible des Émirats arabes unis

Le président émirati Khalifa ben Zayed al-Nahyane, décédé ce vendredi, a accompagné l’ascension fulgurante de son pays sur la scène internationale tout en restant lui-même très discret, et laissant les manettes du pouvoir à son demi-frère, Mohammed ben Zayed
Cheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyane lors de la cérémonie de clôture d’un sommet du Conseil de coopération du Golfe au Koweït le 15 décembre 2009 (Reuters)
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Né en 1948, cheikh Khalifa succède en 2004 à son père, cheikh Zayed ben Sultan al-Nahyane, président et père-fondateur des Émirats arabes unis, riche État du Golfe regroupant sept émirats dont Dubaï et la capitale Abou Dabi.

Dirigeant d’Abou Dabi, le plus grand et le plus riche des sept émirats de la fédération, cheikh Khalifa, victime d’un AVC en janvier 2014, se faisait rare en public.

Son célèbre demi-frère, Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dabi surnommé « MBZ », conduit depuis près d’une décennie les affaires du pays. Il devrait devenir sous peu son successeur.

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Sous le mandat de cheikh Khalifa, les Émirats connaissent un rapide essor économique, portés par les richesses pétrolières d’Abou Dabi, qui concentre 90 % des réserves de la fédération, et l’affirmation de Dubaï comme hub de la finance, luxueuse destination touristique ou encore carrefour du transport aérien.

Fidèle à la vision de son père, cheikh Khalifa prête main forte à Dubaï lorsque l’émirat est frappé de plein fouet par la crise financière de 2009. En guise de reconnaissance, la plus haute tour du monde érigée dans le centre de Dubaï est baptisée Burj Khalifa. 

Le développement économique du pays s’accompagne d’une montée en puissance diplomatique avec une implication croissante d’Abou Dhabi dans les affaires régionales, du Moyen-Orient jusqu’à la Corne de l’Afrique.

Ascension progressive

Les soulèvements populaires du Printemps arabe, qui ont bouleversé la donne régionale en 2011, marquent un tournant pour les Émirats. En interne, le pouvoir réprime toute voix contestataire avec notamment des procès de dizaines d’islamistes, dont des étrangers, liés aux Frères musulmans.

Les militants des droits humains sont également pris pour cible, à l’instar d’Ahmed Mansour, arrêté en 2011 puis gracié la même année par le président Khalifa. Il est de nouveau emprisonné depuis 2017.

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Ailleurs dans le monde arabe, Abou Dabi est accusé de soutenir les forces contre-révolutionnaires et les régimes considérés comme autoritaires, comme celui d’Abdel Fattah al-Sissi en Égypte.

Et sous l’impulsion du prince « MBZ », dirigeant de facto, le pays participe à des interventions militaires contre le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie, puis au Yémen contre les Houthis.

Cheikh Khalifa est né du mariage de cheikh Zayed avec sa cousine Hossa ben Mohammad ben Khalifa al-Nahyane, à Al-Aïn. Cette oasis à l’est de l’émirat d’Abou habi ne comptant alors aucun établissement scolaire, il se rend à l’école coranique.

Après l’accession de son père au poste de souverain d’Abou Dabi, avant la naissance de la fédération des Émirats, cheikh Khalifa est nommé représentant du souverain et président des tribunaux dans la région orientale.

Le 1er février 1969, il devient à 21 ans prince héritier d’Abou Dabi, puis, le lendemain, président du département de Défense de l’émirat, à l’occasion de la création de la Force de Défense d’Abou Dabi, qui sera le noyau de la future armée fédérale.

Figure discrète

Après l’établissement de la fédération, le 2 décembre 1971, cheikh Khalifa est désigné vice-Premier ministre du nouvel État. Il préside ensuite le Conseil supérieur du pétrole, organisme doté de larges pouvoirs dans le domaine énergétique.

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Il reçoit fréquemment des membres des tribus, avec lesquelles, à l’instar de son père, il est soucieux d’entretenir de bons rapports.

Il a également été à l’origine de la création d’un département des services sociaux pour améliorer le niveau de vie de ses compatriotes.

Cheikh Khalifa était connu pour l’intérêt qu’il portait aux sports traditionnels, en particulier les courses de chevaux et de chameaux.

Ses apparitions publiques étaient rares avant même ses problèmes de santé.

L’ancien ambassadeur américain à Abou Dabi, Richard Olson, le décrit comme un « personnage distant et peu charismatique », selon un télégramme de 2009 révélé par Wikileaks.

Il était marié à cheikha Shamssa Bent Souhaïl al-Mazroui, avec laquelle il a eu huit enfants.