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Hassan Rohani, le « cheikh diplomate » iranien

Sa mauvaise gestion de la crise sanitaire et la détérioration du niveau de vie des Iraniens auront sans doute eu raison de Hassan Rohani, plus à l’aise sur les dossiers internationaux. Parcours d’un politique qui fut pendant des décennies au cœur de la diplomatie iranienne
Hassan Rohani, alors président de la commission de défense du Parlement iranien, lors d’une conférence de presse à l’ambassade d’Iran à Paris, le 10 septembre 1985 (AFP/Mario Fourmy)
Hassan Rohani, alors président de la commission de défense du Parlement iranien, lors d’une conférence de presse à l’ambassade d’Iran à Paris, le 10 septembre 1985 (AFP/Mario Fourmy)

Le président iranien Hassan Rohani quittera ses fonctions en août après près de huit ans au pouvoir, une période de troubles diplomatiques et de difficultés financières pour de nombreux Iraniens. 

Après l’élection présidentielle de vendredi, le religieux Ebrahim Raïssi va donc succéder à Hassan Rohani. Un résultat qui ravit les conservateurs du pays, fermement opposés aux réformes sociales et à la relance des liens avec l’Occident, mais consterne les réformateurs, le camp qui a contribué à mener Hassan Rohani au pouvoir.

Ebrahim Raïssi a été élu président avec 61,95 % des voix, selon les chiffres publiés par le ministre de l’Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli. Trois autres candidats s’étaient désisté samedi.

« Je félicite le peuple pour son choix », a déclaré Hassan Rohani. Gouvernant tout en bataillant constamment face à l’establishment conservateur, le président laisse en héritage des négociations avec l’Occident à travers sa politique nucléaire et l’ouverture d’Internet et des réseaux sociaux aux Iraniens.

L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing et celui qui est alors vice-président du Parlement iranien et secrétaire du Conseil de sécurité nationale iranien, Hassan Rouhani, le 31 mai 1998 à Téhéran (AFP/STR)
L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing et l’alors vice-président du Parlement iranien et secrétaire du Conseil de sécurité nationale iranien, Hassan Rohani, le 31 mai 1998 (AFP)

Hassan Rohani, à l’origine Hassan Fereydoun – en référence à un roi de la mythologie persane –, est né en 1948 à Sorkheh, un comté de la province de Semnan, au centre-nord de l’Iran, où sa famille est installée depuis plusieurs générations. 

Son père possédait une épicerie, mais Hassan Rohani a suivi la voie de son grand-père et de son arrière-grand-père, qui étaient des religieux chiites. 

Hassan Rohani a quitté son comté et son école, à seulement 12 ans, pour étudier au séminaire de Semnan. Un an plus tard, en 1961, il a été transféré dans une autre école de formation dans la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran.

Combat contre le shah

Les religieux et le personnel du séminaire désapprouvaient l’éducation non religieuse, mais Hassan Rohani n’a pas été découragé et a secrètement étudié pour obtenir un diplôme.

Il a raconté un jour que si le séminaire avait découvert que quelqu’un étudiait, il aurait été expulsé. Mais il s’en est tiré à bon compte : Hassan Rohani a passé l’examen national et a été admis à la faculté de droit de l’université de Téhéran en 1969.

Pendant un an, le jeune Hassan Rohani a fait la navette entre Qom et Téhéran. Mais après s’être marié, il a décidé de quitter le séminaire pour rejoindre la capitale.

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C’est à cette époque qu’il a sérieusement engagé son combat révolutionnaire contre le shah soutenu par les États-Unis, bien qu’il ait été appréhendé une première fois pour s’être élevé contre le dirigeant autocratique à 16 ans à peine.

Peu à peu, il est devenu un orateur religieux populaire, donnant des conférences dans des villes comme Téhéran et Ispahan. 

En 1977, lorsqu’il a été choisi pour prendre la parole lors de la cérémonie funéraire du fils aîné de Rouhollah Khomeini, le leader de la révolution islamique de 1979, il l’a étonnamment appelé « imam », un terme utilisé pour les douze figures considérées par les musulmans chiites comme les successeurs divins et politiques du prophète Mohammed. 

Hassan Rohani écrira plus tard dans ses mémoires qu’il s’agissait d’un clin d’œil au statut révolutionnaire de Rouhollah Khomeini et d’une comparaison avec le prophète Abraham, à qui Dieu dit : « Je fais de toi l’imam de l’humanité » pendant sa propre révolution.

Au séminaire, Hassan Rohani a souvent fait face à des railleries sur son nom de famille, Fereydoun, car il n’était pas jugé digne d’un futur ayatollah, terme désignant un haut chef religieux dans l’islam chiite.

Il a progressivement commencé à utiliser le nom de famille Rohani mais ne l’a pas changé légalement. 

Hassan Rohani (deuxième en partant de la droite) avec les compagnons du chef de l’opposition en exil, l’ayatollah Khomeini (centre), sortant de sa villa à Neauphle-le-Château, le 31 janvier 1979 (AFP)
Hassan Rohani (deuxième en partant de la droite) avec les compagnons du chef de l’opposition en exil, l’ayatollah Khomeini (centre), sortant de sa villa à Neauphle-le-Château, le 31 janvier 1979 (AFP)

Cela lui a porté chance en 1979 lorsqu’il a fui l’Iran pour le Royaume-Uni. Il n’a pu s’échapper que parce que la police secrète du shah était à la recherche d’un Rohani.

En Grande-Bretagne, il a étudié le droit à l’université de Lancaster, avant d’enseigner le droit islamique et la philosophie du mal. Il a ensuite été admis à l’université Harvard à Cambridge (Massachusetts) aux États-Unis.

Mais le triomphe de la Révolution islamique a mis un terme à ses ambitions académiques et l’a incité à rentrer rapidement au pays.

Former l’aile religieuse de l’armée

Ali Khamenei, le chef adjoint du ministère de la Défense devenu plus tard le guide suprême de l’Iran, a chargé Hassan Rohani de former l’aile religieuse de l’armée.

Un an plus tard, à l’âge de 31 ans, Hassan Rohani s’est présenté aux élections législatives et a été élu. Il a ensuite été choisi comme président de la commission de la défense du Parlement.

Avec le président du Parlement de l’époque, l’ayatollah Ali Akbar Hachemi Rafsandjani (lui aussi devenu président par la suite), Rohani a formé un groupe secret composé de députés de gauche et de droite, sous le nom de Conseil des sages, pour trouver un moyen de mettre fin rapidement à la guerre Iran-Irak qui durait depuis huit ans.

Le président iranien Mohammad Khatami (à droite) rit aux côtés d’Hassan Rohani, alors ancien vice-président du Parlement et nouveau membre du Conseil des experts iranien, en 2000 (AFP)
Le président iranien Mohammad Khatami (à droite) rit aux côtés d’Hassan Rohani, alors ancien vice-président du Parlement et nouveau membre du Conseil des experts iranien, en 2000 (AFP)

Même si leurs recommandations n’ont abouti à rien, Hassan Rohani montrait les caractéristiques d’un habile décideur politique.

Au milieu des années 1980, alors que la guerre faisait toujours rage, il a été de nouveau impliqué dans des réunions clandestines. 

Il a été choisi pour représenter l’Iran en tant que négociateur avec les États-Unis, qui complotaient pour vendre des armes iraniennes – malgré un embargo sur les armes – en échange de la libération d’otages américains et pour aider à financer un groupe rebelle de droite au Nicaragua.

Certaines armes ont été livrées à Téhéran et certains otages américains libérés, mais cette conspiration – plus tard connue sous le nom d’affaire Iran-Contra – s’est effondrée en 1986 lorsqu’elle a été révélée par un magazine libanais.

En 1989 a été formé le Conseil suprême de la sécurité nationale, chargé de prendre les décisions finales sur des sujets cruciaux liés à la politique étrangère, à la sécurité intérieure et à la guerre. Hassan Rohani en a été nommé secrétaire et représentant d’Ali Khamenei.

De conservateur modéré à modéré réformiste

Au cours de la présidence de d’Ali Akbar Hachemi Rafsandjani (1989-1997), Hassan Rohani, à qui l’on attribuait alors le surnom de « cheikh diplomate », a présenté au président un rapport sur les avantages financiers de la résolution de tous les différends avec les États-Unis. Ali Akbar Hachemi Rafsandjani a accepté ses conclusions, mais Ali Khamenei les a rejetées.

En 1996, le fils de Hassan Rohani, alors âgé de 18 ans, a été retrouvé mort chez lui. À l’époque, trois hypothèses avaient été émises sur la cause du décès : un suicide, un tir accidentel par arme à feu et un meurtre commis par un assaillant inconnu.

L’année suivante, Hassan Rohani s’est retiré de sa campagne pour les élections présidentielles, après que son rival Nategh Nouri a été soutenu par les partisans conservateurs du pays.

À l’époque, Hassan Rohani était encore un conservateur modéré, mais il s’est progressivement transformé en un modéré plus proche des réformistes.

L’Iran promet une « pleine coopération » pour prouver qu’il ne développe plus d’armes nucléaires : Hassan Rohani en conférence de presse avec Dominique de Villepin, le 21 octobre 2003 à Téhéran (AFP)
L’Iran promet une « pleine coopération » pour prouver qu’il ne développe plus d’armes nucléaires : Hassan Rohani en conférence de presse avec Dominique de Villepin, le 21 octobre 2003 à Téhéran (AFP)

En 2003, Hassan Rohani a joué un rôle central dans l’orchestration de la libération du grand ayatollah Hussein-Ali Montazeri de son assignation à résidence. Hussein-Ali Montazeri était autrefois le successeur choisi de l’ayatollah Khomeini, mais des différends entre eux ont entraîné sa destitution.

La même année, l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), un groupe qualifié de « terroriste » par l’Iran et l’Irak, a lancé des allégations sur le programme nucléaire iranien, ce qui a poussé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à diligenter une enquête.

Téhéran a été accusé d’avoir construit une bombe nucléaire, amorçant ainsi deux décennies de tensions entre l’Iran et l’Occident. 

Hassan Rohani a dirigé les pourparlers avec trois pays européens (le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France) pour résoudre les différends.

Pourtant, les quelques accords qu’ils ont conclus n’ont pas tenu longtemps, car le radical Mahmoud Ahmadinejad a remporté les élections présidentielles de 2005, faisant passer Téhéran à l’offensive, ce qui a abouti à sept résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran. 

Lorsque Mahmoud Ahmadinejad a pris ses fonctions, Hassan Rohani a démissionné de son poste au Conseil suprême de la sécurité nationale.

Soutien à Rafsandjani

En 2009, Hassan Rohani a cherché à se représenter aux élections.

Selon une source s’adressant à Middle East Eye sous couvert d’anonymat, il a lancé une campagne politique. Il a même commencé à négocier avec un conservateur modéré pour devenir son colistier. Cependant, lorsqu’il a vu que le réformateur populaire Mir Hossein Moussavi avait l’intention de se présenter, il a décidé de ne pas continuer. 

Lors des élections présidentielles de 2013, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, alors considéré comme le chef de l’opposition aux candidats favoris de la République islamique, s’est vu contre toute attente interdire de se présenter par le Conseil des gardiens de la Constitution, dominé par les partisans de la ligne dure et chargé d’examiner les candidats. 

Hassan Rohani (au centre), vice-président du Parlement iranien, marche aux côtés de l’ambassadeur d’Iran à Rabat Hossein Sobhani-Nia (à gauche) et du colonel-major Hassan Skalli (AFP)
Hassan Rohani (au centre), vice-président du Parlement iranien, marche aux côtés de l’ambassadeur d’Iran à Rabat Hossein Sobhani-Nia (à gauche) et du colonel-major Hassan Skalli (AFP)

Avant cette disqualification, Hassan Rohani a voulu abandonner la course, mais Ali Akbar Hachemi Rafsandjani lui avait demandé de poursuivre sa campagne, craignant – à raison – d’être déclaré inéligible. 

Interdit de candidature, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani s’est rangé derrière Hassan Rohani. Les réformistes ont fait de même et la cote de popularité d’Hassan Rohani a fini par dépasser celle de leur propre candidat.

Hassan Rohani s’est également forgé une réputation d’homme éloquent lors des débats télévisés, lors desquels il a détruit ses rivaux de la ligne dure en faisant de nouvelles révélations en direct à leur sujet. 

Sa grande promesse était de mettre fin au différend international sur le développement nucléaire de l’Iran, à l’origine de lourdes sanctions qui ont torpillé l’économie et la qualité de vie des Iraniens.  

Hassan Rohani s’entretient avec le président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion du Conseil économique eurasiatique suprême à Erevan, le 1er octobre 2019 (AFP)
Hassan Rohani s’entretient avec le président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion du Conseil économique eurasiatique suprême à Erevan, le 1er octobre 2019 (AFP)

Lorsqu’il a été élu, il a choisi le diplomate de carrière et universitaire Mohammad Javad Zarif, une figure familière avec sa chemise sans col, pour diriger le ministère des Affaires étrangères et les négociations sur le nucléaire.

« Zarif a tout d’abord refusé la proposition de Rohani », indique à MEE une source proche du gouvernement de Hassan Rohani. « Mais Rohani a insisté. C’est finalement la famille de Zarif qui l’a convaincu de prendre les commandes de l’appareil diplomatique iranien », poursuit la source. 

« Il y avait un autre prétendant au poste de Zarif : le diplomate chevronné Mahmoud Vaezi, actif pendant la campagne de Rohani. Vaezi a fait beaucoup de lobbying, mais il n’est pas parvenu à prendre la place de Zarif dans l’esprit de Rohani. »

La conversation avec Obama

Hassan Rohani et Mohammad Javad Zarif, qui se connaissaient bien pour avoir coopéré étroitement entre 2003 et 2005 dans le cadre des négociations sur le nucléaire, ont rapidement entamé des discussions séparées avec le « P5+1 », composé des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, France, Russie, Royaume-Uni et États-Unis) et de l’Allemagne. 

En septembre 2013, alors qu’il quittait New York pour Téhéran, Hassan Rohani s’est entretenu par téléphone avec le président américain Barack Obama pour la première fois, après trois décennies d’hostilité entre l’Iran et les États-Unis.

Selon une source diplomatique proche du gouvernement de Hassan Rohani interrogée par MEE, « la conversation téléphonique entre Rohani et Obama a eu lieu à l’insu du [guide suprême] Khamenei, qui a ensuite critiqué le président ». 

« Cette conversation a toutefois ouvert la voie aux négociations sur le nucléaire, car elle a permis d’instaurer un climat de confiance et laissé augurer un avenir meilleur pour les liens diplomatiques entre Téhéran et Washington. » 

Hassan Rohani rencontre le Premier ministre britannique Boris Johnson en marge de la 74e Assemblée générale des Nations unies, en février 2019 (AFP)
Hassan Rohani rencontre le Premier ministre britannique Boris Johnson en marge de la 74e Assemblée générale des Nations unies, en février 2019 (AFP)

« Au début, ils voulaient se rencontrer, mais ils ne sont pas parvenus à un accord sur la déclaration commune qu’ils souhaitaient publier », poursuit-il.

Les négociations ont abouti à un accord en 2015, qui a imposé certaines limites au programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. Fatigués par les sanctions destructrices, les Iraniens en liesse sont descendus dans les rues pour célébrer l’accord. L’économie du pays a également connu un coup de jeune

Mais le plan d’action conjoint (nom donné à l’accord) s’est heurté à une forte opposition des partisans de la ligne dure, qui ne voulaient pas que les réformateurs et Hassan Rohani aient le triste honneur de céder aux États-Unis.

Une campagne de « pression maximale »

En novembre 2016, le candidat républicain à la présidence des États-Unis Donald Trump a battu sa rivale Hillary Clinton et s’est emparé de la Maison-Blanche contre toute attente.

Quelques mois plus tard, en juin, les élections iraniennes ont pris la forme d’une lutte acharnée entre Hassan Rohani, soutenu par les réformateurs, et Ebrahim Raïssi, un religieux soutenant la ligne dure qui avait tout l’establishment derrière lui.

La forte présence de Hassan Rohani dans les débats ainsi que ses discours féroces et attrayants ont incité la base réformiste à voter en faveur du président.

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Alors que l’économie s’améliorait, Donald Trump a tenu la promesse faite à ses électeurs en sortant de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015, provoquant une chute libre du rial iranien.

Dans le même temps, l’économie iranienne a commencé à se contracter à la suite des sanctions imposées par les États-Unis sur les ventes de pétrole de Téhéran. 

Pendant près de quatre ans, Hassan Rohani a combattu la campagne de « pression maximale » de Donald Trump. Cela lui a pourtant coûté très cher, puisque sa résistance politique et économique face aux États-Unis s’est accompagnée d’une pression croissante sur les moyens de subsistance de la population. 

Le cheikh diplomate autrefois très populaire est ainsi devenu l’homme politique le moins apprécié des Iraniens, ce qui a porté dans le même temps un coup dur aux réformateurs qui soutenaient le président. 

Alors que le plan d’action conjoint était sur le point d’être détruit, les partisans de la ligne dure et l’establishment – les Gardiens de la révolution islamique (GRI) et les dirigeants – étaient déterminés à mettre fin à un autre héritage de Rohani en bloquant l’application de messagerie populaire Telegram. 

Rangé du côté de la ligne dure, le système judiciaire soutenant a ainsi interdit Telegram, mais l’administration Rohani a réussi à résister au blocage d’Instagram tout en déployant le réseau 4G dans la plupart des zones rurales du pays.  

Des protestations et une popularité au plus bas

Hassan Rohani a été discrédité dans une large mesure à la suite des protestations iraniennes de 2019-2020 contre les augmentations du prix de l’essence. 

En réponse aux manifestations nationales, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la population dans tout le pays, faisant jusqu’à 1 500 victimes selon les informations relayées

Lors d’une allocution télévisée, Hassan Rohani a averti les manifestants que leur visage avait été filmé et qu’ils seraient punis, des propos qui ont entaché sa popularité. 

Selon Amnesty International, les forces de sécurité iraniennes ont tiré à bout portant sur des manifestants au cours de protestations en 2019 (Reuters)
Selon Amnesty International, les forces de sécurité iraniennes ont tiré à bout portant sur des manifestants au cours de protestations en 2019 (Reuters)

« Rohani mettait en garde les GRI et l’appareil de sécurité, pas le peuple », tempère une source interrogée par MEE

« Rohani pensait que ses opposants au sein de l’establishment avaient déclenché les protestations en incitant les gens à descendre dans les rues. L’administration de Rohani pensait qu’ils voulaient renverser le gouvernement. »

L’épisode de l’avion de ligne ukrainien abattu le 8 janvier 2020, qui a causé la mort de 176 personnes, a encore exacerbé les frustrations au moment où le gouvernement d’Hassan Rohani a tout d’abord nié tout rôle dans l’incident. 

Il a toutefois été révélé par la suite que les GRI avaient visé l’avion par erreur. En réaction, les responsables du gouvernement ont déclaré qu’ils n’étaient pas au courant des faits, mais il était trop tard puisqu’ils avaient déjà été taxés de malhonnêteté.

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Hassan Rohani a également fait l’objet de critiques pour sa gestion de la crise du COVID-19. La pandémie s’est avérée plus meurtrière en Iran que partout ailleurs dans la région : le décompte officiel fait état de plus de 80 000 victimes.

Alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions en août, Hassan Rohani s’efforce de laisser au moins un héritage durable : la relance de l’accord sur le nucléaire de 2015. 

Dans cette optique, l’Iran et les États-Unis ont mené des discussions indirectes au cours des deux derniers mois et semblent être sur le point de parvenir à un accord. 

L’establishment aurait fait pression sur Hassan Rohani pour qu’il n’annonce pas la relance de l’accord avant les élections de vendredi, car cela aurait renforcé les chances du candidat réformateur Abdolnaser Hemmati.

Bien que l’ère du « cheikh diplomate » touche à sa fin, le dirigeant est parvenu à faire de la question des négociations avec l’Occident et de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux des questions cruciales aux yeux de la population, obligeant même les candidats de la ligne dure à soutenir les mêmes positions dans les débats publics pour ne pas perdre de voix.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.