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Iran : le bilan humain s’alourdit alors que les manifestations ne faiblissent pas

Selon des médias d’État, 35 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations en Iran. Le président Ebrahim Raïssi a réagi en affirmant que son pays doit « traiter avec détermination ceux qui s’opposent à la sécurité et à la tranquillité du pays »
Des membres de groupes féministes lors d’une manifestation de soutien à Mahsa Amini à Santiago, le 23 septembre 2022 (AFP)
Des membres de groupes féministes lors d’une manifestation de soutien à Mahsa Amini à Santiago, le 23 septembre 2022 (AFP)

Le bilan humain lié à la répression des manifestations de colère suite à la mort de Mahsa Amini ne cesse de s’alourdir : alors que jeudi l’agence de presse liée au ministère iranien des Sports, Borna News, faisait état de la mort de 17 personnes, la télévision d’État a annoncé 24 heures plus tard « que le nombre de personnes décédées lors des récentes émeutes dans le pays est passé à 35 personnes ».

Mais le bilan risque d’être bien plus lourd, l’ONG d’opposition Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, faisant état vendredi d’au moins 50 morts dans la répression des manifestations par les forces de sécurité.

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En outre, des centaines de manifestants ont été appréhendés. Dans le nord de l’Iran, le chef de la police de la province de Guilan a annoncé l’arrestation de « 739 émeutiers parmi lesquels 60 femmes », selon l’agence Tasnim. 

De son côté, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), organisme de surveillance des médias basé aux États-Unis, a indiqué que onze journalistes avaient été arrêtés depuis lundi.

Mahsa Amini, âgée 22 ans, a été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour « port de vêtements inappropriés » par la police chargée de faire respecter le strict code vestimentaire de la République islamique. 

La jeune femme est décédée trois jours plus tard à l’hôpital, et sa mort a déclenché des manifestations nocturnes dans les principales villes d’Iran, notamment la capitale Téhéran.

En Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et n’ont pas le droit de porter des manteaux courts ou serrés ou des jeans troués.

Les autorités nient toute responsabilité

Vendredi soir, le ministre de l’Intérieur, Ahmad Vahidi, a de nouveau affirmé que Mahsa Amini n’avait pas été battue par les forces de l’ordre.

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« Des rapports des services de surveillance ont été reçus, des témoins ont été interrogés, des vidéos ont été examinées, des avis médico-légaux ont été obtenus et il a été constaté qu’il n’y avait pas eu de coups » assénés à la jeune femme, a indiqué à la télévision Ahmad Vahidi, cité par les médias locaux. 

Selon lui, le gouvernement iranien enquête « sur la cause de la mort de Mahsa Amini [mais] il faut attendre l’avis définitif du médecin légiste, ce qui prend du temps ».

Ahmad Vahidi a en outre critiqué « ceux qui ont pris des positions irresponsables […] et incité à la violence », les accusant de « suivre les États-Unis, les pays européens et les groupes antirévolutionnaires ». 

Dans un communiqué publié samedi, le ministère de l’Intérieur a averti qu’il allait continuer à « faire face aux émeutes pour protéger les droits des citoyens » en « respectant toutes les normes juridiques et islamique ».

Risques d’effusions de sang

Dans plusieurs villes d’Iran – un pays qui compte plus de 80 millions d’habitants à 90 % chiites –, des manifestants ont affronté les forces de sécurité, incendié des véhicules de police et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon des médias et des militants.

De nouvelles manifestations nocturnes ont eu lieu vendredi dans le pays, des vidéos en ligne montrant des scènes de violence à Téhéran et dans d’autres grandes villes parmi lesquelles Tabriz.

Certaines images montrent les forces de sécurité en train de tirer sur des manifestants non armés à Piranshahr, Mahabad et Urmia.

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Une de ces vidéos, partagée par IHR sur les réseaux sociaux, montre notamment un homme en uniforme militaire en train de tirer avec un fusil d’assaut AK-47 en direction de manifestants sur le boulevard Ferdowsi à Téhéran.

Amnesty International, qui a appelé vendredi soir à « une action mondiale urgente pour mettre fin à la répression », a indiqué avoir réuni des preuves dans 20 villes à travers l’Iran mettant en évidence « un schéma des forces de sécurité iraniennes tirant délibérément et illégalement à balles réelles sur des manifestants ».

L’ONG a mis en garde contre « le risque de nouvelles effusions de sang dans le cadre d’une panne d’Internet délibérément imposée ».

Les connexions internet sont toujours très perturbées en Iran avec le blocage de WhatsApp et Instagram. 

Vendredi, Washington a annoncé la levée de certaines interdictions de commerce avec l’Iran, afin de permettre aux entreprises technologiques de fournir des plateformes et services permettant aux Iraniens d’accéder à internet.

L’exécutif iranien monte au créneau

Le président iranien Ebrahim Raïssi a réagi en déclarant que les manifestants qui protestent contre le meurtre de Mahsa Amini devraient être « confrontés de manière décisive ». 

Des femmes et des hommes chantent des slogans lors d’un rassemblement pro-hijab dans la capitale iranienne Téhéran le 23 septembre 2022 (AFP)
Des Iraniennes lors d’un rassemblement pro-hijab dans la capitale Téhéran le 23 septembre 2022 (AFP)

Raïssi a également insisté sur le fait que l’Iran devait « traiter avec détermination ceux qui s’opposent à la sécurité et à la tranquillité du pays », comme l’ont rapporté des médias d’État iraniens.

Des milliers d’Iraniens ont également défilé à Téhéran après les prières du vendredi dans le cadre d’un rassemblement « pro-hijab » en soutien aux forces de sécurité locales, et à l’appel des autorités. Des manifestations de soutien au gouvernement ont également eu lieu à Ahvaz, Ispahan, Qom et Tabriz.

La foule a condamné les manifestants antigouvernementaux et les a qualifiés de « soldats d’Israël », comme l’a montré la télévision d’État en direct.

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