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Jordanie : l’ancien prince héritier et plusieurs personnalités arrêtés pour complot présumé de coup d’État 

C’est officiellement pour avoir voulu « porter atteinte à la stabilité et à la sécurité du royaume » qu’Hamza ben Hussein a été « assigné à résidence »
Dans une vidéo transmise à la BBC par son avocat, le prince Hamza a nié avoir pris part à un complot (capture d’écran)
Dans une vidéo transmise à la BBC par son avocat, le prince Hamza a nié avoir pris part à un complot (capture d’écran)

Hamza ben Hussein, 41 ans, ancien prince héritier et demi-frère du roi Abdallah II de Jordanie, a annoncé samedi avoir été « assigné à résidence » dans son palais d’Amman, après avoir été accusé par l’armée d’activités contre « la sécurité du royaume », des termes repris dans la journée de dimanche par le vice-Premier ministre jordanien.

Dans une vidéo transmise à la BBC par son avocat, le prince Hamza a affirmé que le chef d’état-major de l’armée s’était rendu à son domicile et lui avait signifié qu’il n’était « pas autorisé à sortir ». Il a nié avoir pris part à un complot et a accusé les autorités de son pays de « corruption », d’« incompétence » et de « harcèlement ».

Depuis, dans un enregistrement audio du prince remis dimanche à Middle East Eye, le prince affirme qu’il n’obéira pas aux ordres restrictifs qui lui ont été donnés par l’armée.

« C’est une situation difficile. On m’a retiré tous mes gardes. Le président des forces armées jordaniennes est venu chez moi pour me menacer. J’ai enregistré ses propos et j’ai distribué cet enregistrement à ma famille et à mes amis à l’étranger pour me protéger », explique-t-il aussi.

« J’attends de voir ce qu’ils vont faire. Je ne prendrai aucune mesure ni ne tenterai rien dans l’immédiat, mais je n’obéirai certainement pas à leurs ordres. Les ordres de l’armée incluent l’interdiction d’utiliser Twitter et d’entrer en contact avec qui que ce soit. Le contact avec la famille n’est autorisé que … Ce n’est de toute façon pas accepté. »

« Le président des forces armées jordaniennes est venu chez moi pour me menacer. J’ai enregistré ses propos et j’ai distribué cet enregistrement à ma famille et à mes amis à l’étranger pour me protéger »

- Hamza ben Hussein, dans un enregistrement audio remis à MEE

Hamza est le fils aîné du roi Hussein et de son épouse américaine, la reine Noor, née Lisa Halaby.

Après de brillantes études (académie royale militaire de Sandhurst au Royaume-Uni, université de Harvard), il embrasse une carrière militaire et sert même en ex-Yougoslavie dans une unité jordano-émiratie.

Sportif accompli, il est aussi un pilote émérite. La maladie du roi Hussein va toutefois se jouer de ses ambitions. À la mort du souverain, en février 1999, Hamza est trop jeune pour lui succéder. Abdallah, fils aîné de la reine Muna, deuxième épouse du roi, accède au trône.

Père de six enfants

Conformément au désir exprimé par le défunt souverain, c’est Hamza qui hérite du titre de prince héritier. La mesure ne sera toutefois que temporaire : cinq ans plus tard, le roi Abdallah II finit par lui retirer la succession, au profit de son propre fils Hussein.

Passionné d’écologie, père de cinq filles et d’un garçon, le prince Hamza s’éloignera peu à peu des premiers cercles du pouvoir. Mais d’après un analyste jordanien qui ne veut pas être identifié pour des raisons de sécurité, le prince avait ces derniers temps « multiplié devant son cercle d’amis les critiques contre ce qu’il qualifiait de corruption au sein du pouvoir ».

Traduction : la reine Noor, quatrième et dernière épouse de l’ancien roi Hussein, décédé en 1999, a déclaré dans un tweet « prier pour que la vérité et la justice l’emportent pour toutes les victimes innocentes ».

L’agence de presse officielle Petra avait indiqué plus tôt que les autorités avaient arrêté un ancien conseiller du roi, Bassem Awadallah. 

Après avoir été chef de cabinet d’Abdallah II de 2007 à 2008, chef de la Cour royale jusqu’en 2008, et ministre des Finances et du Plan, Awadallah a lancé des entreprises aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite. 

Cette personnalité controversée avait démissionné de son poste de chef de la cour royale après avoir été accusé par certains députés et autres politiques ainsi que par des journalistes de s’ingérer dans les plans de privatisation du pays. Certaines sources affirment qu’il travaille même comme consultant pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Vingt autres personnes impliquées

« Au moins vingt autres personnes impliquées avec le prince Hamza ont été arrêtées en même temps », a déclaré par ailleurs une source jordanienne à MEE.

Selon nos informations, Yaser al-Majali, directeur de cabinet de Hamza ben Hussein, Adnan Abou Hammad, en charge de la gestion du palais princier, et Cherif Hassan ben Zaid, membre de la famille royale et ex-envoyé spécial du roi Abdallah en Arabie saoudite (certains médias jordaniens disent qu’il détient la citoyenneté saoudienne) feraient partie des détenus.

Seul média d’État à commenter cet événement, Al-Rai a affirmé dimanche que les intérêts supérieurs, la sécurité et la stabilité du royaume étaient « une ligne rouge » à ne pas franchir.

« Certains essaient d’imaginer une tentative de coup d’État en Jordanie, et ils tentent d’impliquer le prince Hamza », poursuit Al-Rai.

Pour le journal, « certains agissements du prince [Hamza] ont été sciemment utilisés pour nuire à la sécurité et à la stabilité de la Jordanie ». 

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« Ceux qui connaissent l’histoire de la Jordanie savent bien que ce genre de situation arrive de temps à autre. Ils savent aussi que toute tentative de déstabiliser ce pays centenaire ou de séparer le peuple de son leadership sont vouées à l’échec », conclut le journal.

Le quotidien américain Washington Post a fait état d’un complot visant à renverser le roi, dans lequel seraient impliqués des chefs tribaux et des membres de l’establishment.

Dans un communiqué, le chef d’état-major jordanien, le général Youssef Huneiti, avait précisé que le prince Hamza avait été « appelé à arrêter des activités susceptibles d’être utilisées pour porter atteinte à la stabilité et la sécurité du royaume », mais avait démenti son arrestation.

« Personne n’est au-dessus de la loi. La sécurité et la stabilité de la Jordanie passent avant tout », avait dit le général Huneiti. « Toutes les mesures qui ont été prises l’ont été dans le cadre de la loi et après une enquête approfondie. »

Des vidéos sur les réseaux sociaux ont montré un déploiement massif de la police près des palais royaux et des sites les plus sensibles, dans le quartier de Dabouq à Amman.

Selon une information publiée par l’agence de presse privée jordanienne Ammon News, Roy Shaposhnik, un Israélien vivant en Europe aurait pris contact avec l’épouse du prince de Jordanie au cours du week-end pour lui proposer de l’évacuer ainsi que sa famille hors de Jordanie à bord d’un jet privé.

L’article ne prétend pas qu’Israël soit lié de quelque manière que ce soit au présumé complot de coup d’État. 

Les pays arabes en soutien au roi Abdallah

Le département d’État américain a décrit le roi Abdallah comme un « partenaire clé » et affirmé son soutien. 

L’Égypte a exprimé son soutien au roi et ses efforts « pour maintenir la sécurité et la stabilité du royaume contre toute tentative de le saper », a écrit le porte-parole de la présidence égyptienne sur Facebook.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et d’autres pays arabes du Golfe, importants partenaires de la Jordanie, ont apporté leur soutien au roi Abdallah.

Traduction : en Arabie saoudite, le palais royal a fait part dans un tweet de « son appui total au royaume hachémite de Jordanie […] et aux décisions et mesures prises par le roi Abdallah II et le prince héritier Hussein pour sauvegarder la sécurité et la stabilité » dans le pays.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a déclaré dans un communiqué soutenir la Jordanie et toutes ses mesures pour maintenir la sécurité et la stabilité.

Le royaume de Jordanie doit célébrer le 11 avril son 100e anniversaire.