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Deux journalistes de MEE récompensés par les Drum Awards des médias en ligne

Suadad al-Salhy a remporté vendredi 29 avril le prix du journaliste de l’année et Peter Oborne celui de la meilleure chronique
En un an, Middle East Eye a remporté cinq récompenses (MEE)
En un an, Middle East Eye a remporté cinq récompenses (MEE)
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Suadad al-Salhy, correspondante pour Middle East Eye en Irak, a été sacrée journaliste de l’année, tandis que le chroniqueur Peter Oborne a remporté le premier prix de la chronique aux Drum Awards 2022 des médias en ligne vendredi 29 avril.

Suadad al-Salhy a remporté le prix pour son reportage sur le sort des femmes turkmènes chiites kidnappées par le groupe État islamique (EI) dans le nord de l’Irak en 2014.

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Dans son reportage, la journaliste constatait que la grande majorité des femmes n’avaient pas été enregistrées comme disparues et qu’aucun effort n’avait été fait par les autorités pour les localiser.

Elle rapportait aussi la façon dont les forces politiques irakiennes dominées par les chiites avaient massivement investi dans le soutien aux survivants yézidis, sans rien faire pour libérer les femmes chiites turkmènes.

Grâce à des recherches minutieuses, au cours d’un travail solitaire, Suadad al-Salhy a pu affirmer pour la première fois, grâce aux rapports des services de renseignement irakiens, que de nombreuses femmes turkmènes étaient en vie, ainsi que des proches de membres de l’EI, dans des camps dirigés par les forces kurdes et turques à la frontière entre la Turquie et la Syrie.

« À toutes les victimes oubliées de ce monde cruel »

Son reportages a été contesté et critiqué, notamment par des dirigeants turkmènes et des religieux chiites.

« Recevoir ce prix signifie beaucoup pour moi. Cela signifie que le monde s’intéresse toujours à ce qui se passe dans certaines régions oubliées à la suite de guerres et de conflits », a déclaré Suadad al-Salhy.

Traduction : « Gagner un prix est le fruit du travail de toute une équipe. Je n’aurais pas remporté ce prix sans le soutien des personnes qui ont cru en moi et au pouvoir des mots pour faire la différence, notamment ma famille et mes collègues. »

Décernant son prix à ses proches et à ses collègues, elle a précisé : « Je leur remets ce prix ainsi qu’à toutes les victimes oubliées de ce monde cruel. »

Journaliste depuis vingt ans, Suadad al-Salhy écrit des reportages sur ceux qui ne veulent pas être médiatisés.

Elle a écrit sur l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, la guerre civile de 2005 à 2008, la montée d’al-Qaïda, puis du groupe État islamique et l’influence croissante de l’Iran.

En 2021, la journaliste a révélé aux familles endeuillées comment le gouvernement avait dissimulé un massacre de leurs proches et a rendu compte d’un meurtre par vengeance qui a embarrassé les autorités militaires.

Critique de Boris Johnson

Le 26 avril 2021, alors que le chroniqueur de MEE Peter Oborne était interviewé par Channel 4 News, il a décrit Downing Street (résidence du Premier ministre britannique et de son chancelier de l’Échiquier) comme « un cloaque moral », expliquant que le Premier ministre Boris Johnson « proférait des mensonges de manière répétée et habituelle ».

À l’époque, Peter Oborne nageait à contre-courant, de plus en plus de personnes pensaient en effet que Boris Johnson faisait un excellent travail pour diriger le pays. Ces dernières années, ses écrits dans MEE ont disséqué de manière médico-légale et critiqué le leadership du Premier ministre.

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Pendant de nombreuses années, Peter Oborne fut un admirateur de Boris Johnson. Mais lorsque ce dernier est devenu Premier ministre, le chroniqueur en a conclu que l’ancien maire de Londres était enclin à mentir et à dissimuler la réalité.

« Le prix est une reconnaissance du travail accompli par MEE. Nous avons une solide équipe de rédaction qui est en grande partie à l’origine de cette récompense », a déclaré Peter Oborne.

« C’est une reconnaissance des énormes progrès que MEE a réalisés pour s’imposer comme la principale source d’information sur le Moyen-Orient. Le site fournit des analyses justes et précises, des articles d’actualité de qualité, dont de nombreuses exclusivités. »

Dans son récent essai, Sue Gray report: If Boris Johnson survives, it will only get worse for Britain, il écrit : « [C]ette histoire ne concerne plus Boris Johnson. Il ne s’agit même pas du Parti conservateur, mais de la Grande-Bretagne. De ce que nous sommes devenus. De quel genre de personnes nous sommes. Considérez ceci : tous les anciens Premiers ministres britanniques, sans exception, auraient été chassés de leurs fonctions s’ils s’étaient comportés comme Johnson. »

Fierté

David Hearst, rédacteur en chef de MEE, a exprimé sa fierté face à cette reconnaissance.

« Je suis ravi que le journalisme unique fourni par MEE ait été honoré par ces prix. Peter est un spécimen rare dans le journalisme politique britannique, un homme d’honneur et de moralité. Il a été le premier à appeler son ancien compagnon, qui fut aussi son rédacteur en chef, Boris Johnson pour ses mensonges et ses échecs moraux en tant que leader », a-t-il déclaré.

« Quant à Suadad, elle a rapporté des massacres qui ont été dissimulés ainsi que le fonctionnement interne de l’élite irakienne. Ses révélations ont fait honte aux politiciens irakiens qui ont été poussés à modifier la loi pour améliorer les conditions des femmes kidnappées par l’État islamique. »

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«  Alors que la plupart des journalistes racontent des histoires comme des femmes turkmènes kidnappées par l’EI à une distance sûre. Suadad le fait depuis Bagdad. C’est une journaliste d’investigation intrépide qui mérite amplement ce prix. »

En 2021, le journaliste de MEE Daniel Hilton a remporté un Amnesty International UK Media Award pour ses reportages sur les charniers et autres atrocités de la guerre civile en Libye.

En novembre, Maha Hussaini, correspondante de MEE, a remporté le prix Martin Adler, décerné par le prestigieux Rory Peck Trust, pour ses reportages depuis Gaza.

Et en juin 2020, Shatha Hammad, une journaliste indépendante travaillant depuis la Cisjordanie occupée pour MEE, a remporté le prestigieux One World Media New Voice Award.

Traduit de l’anglais (original).