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Images violentes sur TikTok : des modérateurs de contenu marocains traumatisés

Des employés travaillant pour le compte de TikTok au Maroc sont accablés par des salaires faibles, des objectifs inatteignables et un manque de soutien psychologique, selon des initiés
Selon des lanceurs d’alerte, TikTok profite du laxisme du droit du travail marocain (AFP)
Selon des lanceurs d’alerte, TikTok profite du laxisme du droit du travail marocain (AFP)
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Des modérateurs de contenu travaillant pour TikTok au Maroc se disent traumatisés par les images explicites, obscènes et violentes qu’ils visionnent alors qu’un faible soutien psychologique leur est accordé, voire aucun.

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Neuf anciens et actuels modérateurs de contenu interrogés par le média américain Insider ont décrit une « grave détresse psychologique » éprouvée en contrôlant des images pour la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de TikTok par l’intermédiaire de la société externe Majorel.

Pour le compte du réseau social dont la popularité croît rapidement dans la région, les employés, payés moins de 3 dollars de l’heure, ont affirmé devoir contrôler des images contenant des suicides, des actes de maltraitance contre des enfants ou des animaux, ainsi que des meurtres.

Selon les modérateurs, TikTok profite de la législation laxiste en matière de droit du travail pour verser des salaires faibles et proposer moins de pauses qu’aux employés américains, tout en ne mettant à disposition aucune aide psychologique liée au visionnage d’images traumatisantes.

Un ancien conseiller de Majorel a affirmé qu’environ 1 400 modérateurs de contenu travaillaient uniquement sur le contrat TikTok de l’entreprise dans tout le royaume.

Dix secondes pour examiner chaque vidéo

Une modératrice a raconté qu’après quelques heures de travail, elle avait vu un homme jeter un chat en l’air et l’empaler avec une épée, une image qui l’avait profondément affectée.

« J’adore les chats », a-t-elle confié à Insider. « Je n’avais jamais imaginé voir une telle scène dans la vraie vie. Ce n’est pas un film. Ce n’est pas une blague. C’est réel. »

Selon un autre ancien modérateur de contenu, qui forme aujourd’hui d’autres modérateurs pour Majorel, l’effet cumulatif du visionnage d’images perturbantes est souvent difficile à remarquer au début.

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« Ce qui est cruel dans ce métier, c’est que l’on tombe lentement malade – sans même s’en rendre compte », a affirmé Wisam. « On pense que ce n’est pas grave, mais ça nous affecte vraiment. »

D’autres contractuels ont fait état d’objectifs inatteignables. Une examinatrice a déclaré qu’à un moment donné, on attendait d’elle qu’elle contrôle 200 vidéos par heure tout en maintenant un taux de précision de 95 %.

En fin de compte, elle n’avait que dix secondes pour examiner chaque vidéo. Ceux qui ne parvenaient pas à atteindre les objectifs recevaient un avertissement et devaient renoncer à une prime de 50 dollars.

Un porte-parole de TikTok a déclaré au site d’information que l’entreprise s’était associée à des sociétés extérieures « pour promouvoir un environnement bienveillant pour ses employés et ses contractuels ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.