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Tunisie : encore un journaliste critique de Kais Saied inquiété par la justice

Une vingtaine de journalistes font actuellement l’objet de poursuites en Tunisie, dont deux sont en détention
Mohamed Boughalleb, figure de l’audiovisuel en Tunisie, a été convoqué et auditionné vendredi par une brigade spécialisée dans les crimes technologiques (X/@RSF_inter)
Mohamed Boughalleb, figure de l’audiovisuel en Tunisie, a été convoqué et auditionné vendredi par une brigade spécialisée dans les crimes technologiques (X/@RSF_inter)
Par MEE

Selon plusieurs médias tunisiens citant des avocats, la garde à vue de Mohamed Boughalleb, journaliste tunisien, critique virulent de la politique du président Kais Saied, décidée le 22 mars, a été prolongée de 48 heures. Selon les mêmes sources, il comparaîtra à nouveau mardi 26 mars devant le procureur de la République pour « outrage à autrui » via les réseaux sociaux.

Cette figure de l’audiovisuel en Tunisie avait été convoquée et auditionnée vendredi par une brigade spécialisée dans les crimes technologiques à l’Aouina, dans la banlieue nord de Tunis, à la suite d’une plainte déposée par une fonctionnaire du ministère des Affaires religieuses, a précisé un de ses avocats, Me Hamadi Zaafrani. « Après des heures d’audition, il a été décidé de le placer en garde à vue pendant 48 heures », a-t-il ajouté.

Selon des médias locaux, la plaignante l’accuse d’avoir « porté atteinte à son honneur et à sa réputation », dans ses publications sur sa page Facebook ainsi que dans ses interventions médiatiques.

L’accusé s’était interrogé sur la multiplication des voyages à l’étranger de cette responsable qui accompagnait souvent le ministre des Affaires religieuses dans ses déplacements.

Selon un autre avocat, cité par le site tunisien Kapitalis, Mohamed Boughalleb « a continué à démentir, de manière sans équivoque, qu’il ne ciblait pas [dans ses déclarations incriminées] la plaignante en elle-même et dans sa personne mais plutôt la politique de communication et de gestion des deniers publics au sein du ministère des Affaires religieuses en tant qu’exemple de corruption financière et de mauvaise gestion ».

« Rappelons que Mohamed Boughalleb, vu menotté lors de son transfert vers le tribunal, a été conduit à El Aouina par une patrouille sécuritaire alors qu’il accompagnait son fils à l’école », rapporte encore Hamadi Zaafrani au site tunisien Réalités

« Intimider les journalistes »

« Cette affaire n’est qu’une nouvelle tentative pour intimider les journalistes et les faire taire en instrumentalisant les appareils de l’État », a déploré le président du Syndicat national des journalistes tunisiens, Zied Dabbar.

Mohamed Boughalleb est connu pour ses critiques de la classe politique et du président Saied.

Une vingtaine de journalistes font actuellement l’objet de poursuites en Tunisie, dont deux sont en détention. En janvier, un autre journaliste tunisien, Zied Heni, 59 ans, a été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir porté « atteinte à la personne » de la ministre du Commerce, Kalthoum Ben Rejeb, lors d’une émission radio qu’il anime régulièrement.

Des journalistes tunisiens dénoncent souvent la politique « répressive » du pouvoir qui, selon eux, instrumentalise la justice pour intimider et soumettre les médias.

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Ils dénoncent en particulier le décret-loi 54 édicté par Kais Saied, qui punit de cinq ans de prison et d’une amende de presque 15 000 euros toute personne coupable de diffuser une « fausse information », peine doublée si la victime est un responsable étatique.

Des ONG locales et internationales ont mis en garde contre un recul des libertés en Tunisie depuis que Kais Saied s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021.

« Depuis lors, au moins 40 personnes ont fait l’objet d’une enquête ou ont été poursuivies uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, et certaines ont été arrêtées et détenues arbitrairement. Elles sont notamment accusées d’‘’outrage’’ aux autorités ou de ‘’diffusion de fausses nouvelles’’, des infractions qui ne sont pas reconnues en vertu du droit international », a rappelé Amnesty International en janvier.

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