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Manifestation à Tunis contre le coup de force de Kais Saied

Des partisans d’Ennahdha et de la coalition al-Karama ont participé à cette manifestation aux côtés de quelques figures de gauche
Des manifestants tunisiens scandent des slogans contre le président Kais Saied lors d’une manifestation à Tunis le 18 septembre 2021 (AFP/Fethi Belaïd)
Des manifestants tunisiens scandent des slogans contre le président Kais Saied lors d’une manifestation à Tunis le 18 septembre 2021 (AFP/Fethi Belaïd)

Plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux partisans d’Ennahdha, ont manifesté samedi à Tunis contre le coup de force du président Kais Saied qui s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet, scandant des slogans pour un retour à « la légitimité » du pouvoir.

Répondant à un appel publié sur les réseaux sociaux, les manifestants se sont rassemblés sur l’avenue Habib Bourguiba, qui traverse le cœur de la capitale tunisienne, encerclés par un important dispositif sécuritaire.

Traduction : « Des manifestants se sont rassemblés à Tunis pour protester contre les décisions du président Kais Saied, ils scandent ‘’ arrêter le coup d’État’’, ‘’Constitution’’, ‘’liberté et dignité’’. Ils ont entre 40 et 50 ans, la plupart sont des partisans d’Ennahdha. »

Un drone du ministère de l’Intérieur survolait également sur les lieux.

« Le peuple veut arrêter le coup d’État », « Nous voulons la légitimité », « Constitution, liberté et dignité », scandaient les protestataires, parmi lesquels des personnalités du parti islamo-conservateur Ennahdha.

Des partisans de la coalition al-Karama, parti conservateur, allié d’Ennahdha, participaient aussi à cette manifestation, ainsi que quelques figures de gauche.

Seifeddine Makhlouf, le chef de cette coalition, quatrième plus grand bloc du Parlement (toujours suspendu) en Tunisie, avait accusé la semaine dernière le président de se servir de la justice militaire pour réprimer les députés qui se sont opposés à son coup de force. 

Il a été arrêté samedi alors qu’il se rendait au tribunal militaire pour se présenter devant un juge d’instruction. Il faisait l’objet d'un mandat d’amener émis par la justice militaire depuis le 2 septembre pour une affaire liée à une altercation survenue en mars à l’aéroport de Tunis.

« Ces mesures enfreignent la Constitution »

« C’est une manifestation pour montrer qu’il y a des Tunisiens et des Tunisiennes qui refusent le coup d’État et les mesures prises par le président Saied », a indiqué à l’AFP Jawhar Ben Mbarek, un spécialiste en droit constitutionnel et ancien conseiller à la présidence du gouvernement, figure de la gauche tunisienne.

Le 25 juillet, Kais Saied a limogé le Premier ministre Hichem Mechichi, suspendu le Parlement et s’est attribué le pouvoir judiciaire pour un mois renouvelable, avant de prolonger ces mesures le 24 août, « jusqu’à nouvel ordre ».

Il a depuis évoqué la possibilité d’amender la Constitution, adoptée en 2014 et qui a instauré un système hybride, ni présidentiel ni parlementaire, source de conflits récurrents entre les deux pouvoirs.

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« Ces mesures enfreignent la Constitution », a souligné Jahwar Ben Mbarek.

Nous manifestons pour « protéger notre liberté et nos droits après avoir constaté des indices concordants de régression portant atteinte au processus démocratique », en Tunisie, a-t-il ajouté. 

Face à cette foule compacte, quelques dizaines de militants favorables à Kais Saied ont réclamé une dissolution pure et simple du Parlement, scandant des slogans anti-Ennahdha et hostiles à son chef Rached Ghannouchi, président du Parlement gelé.

Pour justifier son coup de force, le président Saied s’est appuyé sur l’article 80 de la Constitution prévoyant des mesures exceptionnelles en cas de « péril imminent » à la sécurité nationale.

Il a affirmé mardi que son pays était « gouverné par une mafia » en s’en prenant à des responsables politiques qu’il accuse de corruption et affirme vouloir combattre en s’arrogeant les pleins pouvoirs en juillet.

« C’est un État à deux régimes. un régime apparent, celui des institutions, et un régime réel, celui de la mafia qui gouverne la Tunisie », a-t-il déclaré en recevant des juristes, selon une vidéo publiée sur la page Facebook de la présidence. « Je ne dialoguerai pas avec les voleurs », a-t-il ajouté.

Mais plusieurs ONG, opposants, partis politiques, magistrats et avocats ont dit craindre une « dérive autoritaire ».

Des assurances qui sonnent « creux »

Eric Goldstein, directeur exécutif de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord pour Human Rights Watch (HRW) a averti que les assurances du président en matière de droits de l’homme sonnaient « creux ».

« Les assurances données par le président Saïed au sujet des droits humains sonnent creux alors qu’il est le seul à détenir le pouvoir, que des députés et d’autres Tunisiens font soudain face à des restrictions arbitraires de leurs libertés individuelles, et que certains sont jetés en prison » a-t-il déclaré dans un communiqué la semaine dernière.

Un rapport publié par le Conseil de la Haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle (HAICA) relève que 79 % des programmes et bulletins d’information ont comporté des positions favorables aux décisions prises par le président de la République. Et que 66 % du temps réservé aux réactions a été utilisé pour faire passer des positions soutenant ces mesures, contre 34 % d’attitudes défavorables.