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Nabil Karoui en grève de la faim contre l’extension « illégale » de sa détention provisoire

Le magnat des médias et chef du parti politique Qalb Tounes refuse de retourner en prison après avoir été informé par un juge de son maintien en détention
Nabil Karoui, candidat à la présidentielle, dépose son bulletin dans l’urne dans la capitale Tunis, le 13 octobre 2019 (AFP/photo d’archives)
Nabil Karoui, candidat à la présidentielle, dépose son bulletin dans l’urne dans la capitale Tunis, le 13 octobre 2019 (AFP/photo d’archives)
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Nabil Karoui, ancien candidat à la présidentielle tunisienne et magnat des médias, a entamé une grève de la faim pour contester sa détention « illégale », a annoncé son avocat dans un communiqué de presse. 

Selon la page Facebook de Nabil Karoui, il aurait été hospitalisé en urgence ce mardi.

Nazih Souii indique que son client a refusé lundi de signer un document reconnaissant son maintien en détention provisoire lors d’une rencontre avec un juge supervisant son dossier au siège du pôle judiciaire économique et financier. 

Nazih Souii conteste la légalité de ce maintien en détention, insistant sur le fait qu’en vertu de la loi, son client aurait dû être libéré samedi. 

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« Nabil Karoui fait l’objet d’une détention illégale depuis l’expiration de sa détention provisoire, fixé par la loi à une période de 180 jours », affirme l’avocat dans son communiqué, soulignant le fait que son client « aurait dû être libéré le mois dernier ». 

Karoui, président du parti tunisien Qalb Tounes, a été arrêté en décembre pour blanchiment et évasion fiscale. 

Déjà arrêté en 2019, Karoui avait passé une grande partie de cette année de campagne présidentielle en prison pour les mêmes accusations. 

Il avait été libéré quelques jours avant le vote, qu’il a perdu face à Kais Saied, professeur de droit constitutionnel à la retraite. 

Depuis sa prise de fonction, le président tunisien s’est engagé à éliminer la corruption qui a contribué aux difficultés économiques de la Tunisie. Cependant, son administration est controversée en raison de l’actuelle répression de la liberté d’expression et la fuite de documents qui détaillent des projets de coup d’État. 

Coupable de « corruption financière »

Nabil Karoui a été déclaré coupable de « corruption financière » le 24 décembre mais n’a pas encore été condamné. Il a le droit d’interjeter appel, mais on ne sait pas s’il l’a déjà fait. 

Lundi, Karoui, qui a insisté sur le fait que sa détention est purement politique, a déclaré qu’il refuse de retourner de son plein gré en prison, annonçant un « sit-in » dans le bureau du juge suite à l’annonce de son maintien en détention. 

Karoui a entamé une grève de la faim vendredi et a l’intention de la poursuivre, précise son avocat. 

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Nessma TV, détenue par Karoui, a annoncé lundi que le président du parti Qalb Tounes au Parlement Oussama Khelif avait indiqué à la presse que le « recours aux tribunaux internationaux serait la prochaine étape du parti » afin de mettre fin à ce qu’il considère comme la « détention politique » de son président.

D’autres politiciens ont souvent accusé Karoui de corruption, et des enquêtes ont été ouvertes contre lui, ainsi que contre sa chaîne Nessma TV.

Karoui a fondé le parti Qalb Tounes, arrivé second au scrutin législatif de 2019, juste avant ces élections. Le parti est un allié du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, qui occupe la majorité des sièges au Parlement. 

Ennahdha est également en froid avec Kais Saied depuis que ce dernier est entré en fonction fin 2019 et critique vivement les limites imposées par l’administration à la liberté d’expression et les arrestations d’activistes et de blogueurs. 

En février, Ennahdha a rassemblé des dizaines de milliers de partisans à Tunis, la plus grande manifestation dans le pays depuis des années, pour réclamer l’unité nationale et la stabilité sur fond de querelle entre Kais Saied et le Premier ministre. 

La Tunisie souffre d’instabilité politique ces dernières années après de multiples échecs dans la formation d’un gouvernement.

Quoi qu’il en soit, la transition vers la démocratie du pays est souvent saluée comme la seule réussite des soulèvements du Printemps arabe contre les autocrates au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en 2011.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.