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Entisar al-Hammadi, une top model yéménite persécutée par les Houthis

Des activistes ont lancé au début de l’année sur les réseaux sociaux une campagne avec le hashtag « liberté pour Entisar al-Hammadi », attirant l’attention de la communauté internationale sur sa situation
Entisar al-Hammadi, dont la carrière est jugée peu orthodoxe par la société yéménite traditionnelle, a été arrêtée et se trouve en détention (capture d’écran/Facebook)
Entisar al-Hammadi, dont la carrière est jugée peu orthodoxe par la société yéménite traditionnelle, a été arrêtée et se trouve en détention (capture d’écran/Facebook)

Portée disparue dans la capitale Sanaa en février, Entisar al-Hammadi, célèbre actrice et mannequin yéménite de 20 ans, a subi un procès inéquitable et a été insultée par les autorités houthies, selon Human Rights Watch (HRW).

Par ailleurs, les autorités interdisent à son avocat d’accéder aux documents du tribunal depuis qu’il a été désigné en mars pour traiter son affaire, selon le groupe de défense des droits de l’homme.

La jeune femme est apparue lors d’audiences les 6 et 9 juin selon HRW, « apparemment inculpée pour avoir commis un acte indécent et pour possession de drogue », selon les propos attribués à son avocat par l’organisation.

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« Des sources ont rapporté à Human Rights Watch que les autorités houthies ont contraint Hammadi à signer un document à l’aveugle lors d’un interrogatoire et lui ont proposé de la relâcher si elle les aidait à piéger leurs ennemis au moyen de “sexe et de drogues” », indique l’article, qui précise qu’elle a été également menacée de subir un « test de virginité » en mai.

Michael Page, vice-directeur de HRW pour le Moyen-Orient, demande l’abandon des charges retenues contre elle.

« Le procès inéquitable des autorités houthies contre Entisar al-Hammadi, ajouté à l’arrestation arbitraire et aux abus dont elle est victime en détention, est une puissante piqûre de rappel des abus auxquels sont soumises les femmes aux mains des autorités à travers le Yémen », estime-t-il. 

« Les autorités houthies devraient garantir ses droits à un procès équitable, notamment connaître les accusations portées contre elle et accéder aux preuves afin de pouvoir les contester, et [elles devraient] abandonner immédiatement les charges qui sont si vagues qu’elles en deviennent arbitraires », ajoute-t-il. 

« Un acte d’indécence »

Selon l’avocat de Entisar al-Hammadi, le 20 février, les forces houthies ont arrêté une voiture à bord de laquelle se trouvaient la top model et trois autres personnes. Tous ont été arrêtés.

Entisar al-Hammadi a eu les yeux bandés et a été emmenée pour interrogatoire. Elle y est restée détenue pendant dix jours. 

Son avocat indique qu’elle a été arrêtée pour s’être trouvée dans une voiture avec un homme accusé de trafic de drogue et que les photographies d’elles ont été considérées comme un acte d’indécence.

Le bureau du procureur général a jusqu’à présent refusé de donner à ses avocats une copie de la liste des accusations portées contre elles. 

Toujours selon l’avocat, l’autre femme arrêtée avec Entisar al-Hammadi ferait face aux mêmes accusations en ce qui concerne l’« indécence », mais n’a pas médiatisé son affaire par crainte de la stigmatisation sociale. 

Traduction : « La mannequin et actrice yéménite Entisar al-Hammadi a tenté de se suicider en prison après que des soldats houthis l’ont torturée pour avouer des crimes, notamment la possession de drogue et la prostitution. »

Née d’un père yéménite et d’une mère éthiopienne, Entisar al-Hammadi a, par ailleurs, été la cible de propos racistes de la part des autorités, selon son avocat. 

Apparue dans plusieurs émissions télé l’année dernière, la jeune femme indique qu’elle rêvait enfant d’être mannequin ou hôtesse de l’air. « J’ai l’ambition de quitter le pays et de devenir un mannequin international », annonçait-elle l’année dernière.

Un choix de carrière controversé 

Mais son choix de carrière, qui n’est pas monnaie courante au Yémen, lui a été reproché.

« Parmi les obstacles auxquels je suis confrontée figure le fait de vivre dans une société conservatrice, avec ses coutumes et ses traditions », déclarait-elle à Manasati30 en octobre 2020.

« Ma famille était contre au début, mais je leur ai dit que c’était mon rêve et que j’y arriverai un jour. »

Manasati30 administre une page Facebook qui fournit un espace libre pour que les jeunes Yéménites entre 15 et 30 ans échangent leurs opinions indépendamment de leur milieu culturel, social et régional.

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En début d’année, des activistes ont lancé sur les réseaux sociaux une campagne utilisant le  hashtag « liberté pour Entisar al-Hammadi », attirant l’attention de la communauté internationale sur sa situation.

Si certains activistes ont clairement apporté leur soutien à la jeune top model, de nombreux Yéménites considèrent son travail comme inacceptable.

Une amie d’Entisar al-Hammadi a précédemment déclaré à MEE qu’elle avait été kidnappée en raison de son mode de vie. 

« Les Houthis considèrent que travailler en tant qu’actrice et mannequin est haram, alors il est normal qu’ils arrêtent les gens ouverts d’esprit », expliquait son amie.

Le 24 mai, un groupe de défenseurs des droits de l’homme et d’avocats a rendu visite à Entisar al-Hammadi en prison. 

Leur communiqué conjoint exposait les menaces auxquelles elle faisait face et réclamait sa libération. 

« Elle a été arrêtée dans la rue et emmenée sans rien d’autre que son sac à main et son téléphone. Elle et ses amis ont été interrogés les yeux bandés… Nous demandons sa libération immédiate, sur la base du protocole soumis par le procureur », pouvait-on lire.

« Nous sommes également très inquiets des menaces reçues par l’avocat Khaled al-Kamal, ainsi que sa famille, parce qu’il défend Entisar al-Hammadi », ajoutait-il.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.