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La crise chinoise met en lumière les liens de plus en plus étroits entre le CCG et le géant asiatique

Si les exportations de pétrole et de gaz en Chine ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, c’est le cas également des investissements et du commerce avec la Chine dans les secteurs non énergétiques

Les inquiétudes face à l’économie chinoise ont alarmé les marchés du monde entier, et le Golfe ne fait pas exception. Les bourses de la région ont chuté après le lundi noir chinois : la bourse saoudienne a ainsi observé une baisse de 17 % à la fin du mois d’août par rapport à juillet. La réaction des marchés financiers reflète un ensemble plus profond de relations en matière d’échanges et d’investissements entre le CCG (Conseil de coopération du Golfe) et la Chine.

Au cours de la dernière décennie, les liens économiques avec la Chine ont été une priorité pour les pays du CCG, pour trois raisons principales. La première est que le marché du pétrole est en train de glisser des États-Unis vers la Chine. Alors que la Chine devrait être le plus grand consommateur mondial de pétrole à l’horizon 2030, les pays du CCG détiennent près d’un tiers des réserves de pétrole connues dans le monde. La deuxième raison est que la Chine est également un marché important pour les entreprises non pétrolières du Golfe en plein développement.

La troisième est que les investisseurs du Golfe ont commencé à investir dans des actions et obligations chinoises dans le cadre d’une stratégie visant à réduire leur dépendance traditionnelle vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe, et bénéficient de la tendance plus large des relations économiques « Sud-Sud ». Cette logique économique a également coïncidé avec un débat grandissant dans le Golfe quant à une diversification visant à se détacher de leurs partenaires occidentaux traditionnels en matière de politique et de sécurité, bien qu’il s’agisse d’une problématique à beaucoup plus long terme.

Aujourd’hui, les questions portant sur l’économie de la Chine soulèvent des préoccupations pour les monarchies riches en pétrole du Conseil de coopération du Golfe sur trois axes principaux. Premièrement, un impact se fera sentir sur les relations en matière d’échanges et d’investissements directs. Deuxièmement, le ralentissement de la croissance en Chine pourrait faire baisser davantage le prix du pétrole. Troisièmement, tout choc subi par l’économie mondiale présente des risques pour les États du Golfe, étant donné l’ampleur de leurs investissements internationaux.

Les échanges et investissements directs

Entre 2010 et 2013, les échanges du CCG avec la Chine ont augmenté plus rapidement qu’avec tout autre partenaire commercial : les importations (en particulier de biens de consommation) ont crû de 17 %, tandis que les exportations ont observé une hausse de 30 %. Le pétrole constitue la majeure partie des exportations des pays du CCG. Toutefois, si les exportations non pétrolières sont beaucoup plus faibles, ces dernières ont connu une croissance rapide. Les secteurs de diversification industrielle les plus prospères des pays du CCG sont des industries énergivores telles que celles des plastiques, des produits pétrochimiques et des métaux, produits qui ont tous connu une forte demande en Chine.

La Chine est le deuxième marché pour les exportations non pétrolières saoudiennes, et en janvier, les exportations non pétrolières de l’Arabie saoudite vers la Chine ont baissé de 23 %. Cela dit, les entreprises qui importent depuis la Chine tireront profit de la récente dévaluation du yuan en payant moins cher leurs marchandises. Les industries énergivores du Golfe sont en grande partie l’apanage d’entreprises d’État, tandis que les sociétés commerciales sont plus souvent détenues par des familles de marchands traditionnelles ; ainsi, si les entreprises d’État voient la demande faiblir, les commerçants de classe moyenne du secteur privé sont susceptibles d’en tirer profit.

Quant à l’investissement, jusqu’à présent les investisseurs du Golfe ont essentiellement placé leurs capitaux aux États-Unis et en Europe. Mais l’une des principales tendances observées au XXIe siècle est celle du glissement progressif des capitaux du Golfe vers l’Asie : par exemple, les fonds souverains du Golfe achètent des parts dans des banques chinoises anciennement détenues par l’État. En avril, le Qatar a ouvert la première chambre de compensation en yuan du Golfe pour permettre aux sociétés du Golfe d’utiliser la monnaie chinoise pour régler des transactions avec des sociétés chinoises plutôt que de devoir passer par des banques à Shanghai ou à Hong Kong. Il s’agit encore d’une tendance émergente, et l’exposition directe des pays du CCG est assez limitée. Toutefois, certains investisseurs ont beaucoup misé sur la croissance chinoise, d’où la chute des marchés boursiers régionaux.

Les flux d’investissement sont à double sens. Les investissements de la Chine dans le Golfe ont été limités par rapport à des destinations plus prioritaires telles que l’Afrique subsaharienne, alors que les pays du CCG disposent de capitaux propres en abondance. Mais dans certains secteurs, en particulier ceux du commerce de détail et de l’immobilier aux Émirats arabes unis, les entreprises chinoises ont réalisé des percées. Dans certains cas, les sociétés chinoises ont établi des points de vente au détail aux Émirats qui ciblent les acheteurs chinois qui se rendent dans le pays pour des achats en duty-free.

En 2014, 14 % des ventes dans les boutiques duty-free de l’aéroport de Dubaï ont été réalisées auprès de consommateurs chinois ; toutefois, pendant le Ramadan de cette année, les dépenses par carte de crédit et de débit des visiteurs chinois aux Émirats ont observé une baisse de 22 % par rapport à l’année dernière. Les sociétés du Golfe sont susceptibles de consacrer une part encore plus significative de leurs efforts à atteindre le marché indien et les principaux marchés africains et latino-américains, dont les liens avec les pays du CCG sont moins développés.

Le prix du pétrole

Les mauvaises nouvelles au sujet de l’économie chinoise pèsent sur l’avenir du pétrole. Il est difficile à l’heure actuelle d’estimer l’ampleur et la durée d’un ralentissement en Chine. Mais le prix futur du pétrole est l’une des principales incertitudes pour les économies du Golfe à plus long terme. Et l’ampleur des besoins en pétrole de la Chine en sera l’un des principaux facteurs. Les pays développés ayant investi dans l’efficacité énergétique, la demande européenne en pétrole a stagné ou baissé pendant la majeure partie de la dernière décennie (conjointement à une augmentation de l’utilisation du gaz). Cependant, il était généralement admis que la demande des pays en développement, notamment la Chine, compenserait cette tendance.

Malgré la diversification, le pétrole continue de générer la plupart des recettes publiques dans tous les pays du CCG (à l’exception du Qatar, qui est, à la place, fortement tributaire du gaz). Les économies du Golfe sont coutumières des plans de relance budgétaire, les importants revenus du pétrole ayant permis à la plupart des gouvernements du Golfe d’augmenter les dépenses chaque année depuis 2003. Les personnes de moins de 30 ans, qui constituent la majorité de la population des pays du CCG, ont vu les dépenses publiques grimper d’année en année au cours de leur vie d’adulte.

Dans les ministères chargés de la planification à long terme, certains responsables expriment l’espoir qu’un prix du pétrole plus faible donne davantage d’élan (et de volonté politique) pour mettre en œuvre des plans de diversification. Mais cela aura de lourdes conséquences sociales et politiques auxquelles les gouvernements et familles au pouvoir pourraient ne pas être pleinement préparés.

L’économie mondiale

Enfin, si le ralentissement chinois engendre un choc plus large pour l’économie mondiale, cela présentera des risques pour le Golfe, dans la mesure où les États de la région sont pour la plupart des petits pays axés sur le commerce et dont le marché intérieur est limité, effectuant la plupart de leurs investissements à l’étranger. Ce n’est donc pas seulement l’impact sur la Chine en soi qui préoccupe les pays du CCG, mais aussi les risques que le ralentissement de la croissance en Chine présente pour les autres économies majeures comme les États-Unis ou l’Allemagne, pour qui la Chine est un partenaire commercial vital.

L’expérience de la dernière crise financière de 2007-2008 a montré que les problèmes rencontrés par le marché hypothécaire américain pouvaient finalement se répercuter sur tout, de l’immobilier à Dubaï aux banques d’investissement islamiques basées à Bahreïn, puisque les sociétés publiques et privées du Golfe ont emprunté de plus en plus sur les marchés financiers mondiaux.

Tout cela étant dit, la possibilité d’un « atterrissage brutal » de l’essor économique de la Chine a été prédite depuis un certain temps. Les investisseurs et les fonds souverains des pays du CCG ont déjà commencé à regarder au-delà des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et à se tourner vers de nouveaux marchés en croissance, notamment les pays d’Asie moins développés et l’Afrique subsaharienne. Le ralentissement en Chine constituera une incitation supplémentaire pour que les pays du CCG assoient leurs stratégies de diversification sur une base plus large.
 

Photo : réaction d’un investisseur alors que les écrans devant lui affichent les mouvements du marché boursier, dans une maison de courtage de Shanghai, le 1er septembre 2015 (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.