Aller au contenu principal

Tunisie : malgré les attentats, le tourisme garde le cap

Alors que l’impact médiatique des attaques du 27 juin a laissé craindre de graves répercussions économiques, plusieurs signes indiquent que la destination Tunisie garde son attrait grâce aux différentes mesures déployées pour relancer le tourisme depuis les attentats de 2015
La Tunisie n’a pour le moment enregistré aucun retour de demandes d’annulation ou de report, selon René Trabelsi, le ministre du Tourisme (AFP)
Par
TUNIS, Tunisie

« Cette opération vise à déstabiliser les Tunisiens, l’économie du pays et la transition démocratique à la veille de l’ouverture de la saison estivale et à quelques mois des élections », avait déclaré le chef du gouvernement, Youssef Chahed, en réaction aux deux attentats ayant ciblé le 27 juin les forces de sécurité à Tunis.

La Tunisie, éreintée par une crise économique qui ne cesse de se prolonger, subit depuis quelques temps les effets du contexte géopolitique régional et l’instabilité générée par les luttes d’influence des monarchies du Golfe, notamment dans le conflit armé en Libye qui menace ses frontières.

Si le bilan humain des attaques reste de faible ampleur, il n’en demeure pas moins que leur impact médiatique affecte l’image du pays. L’effet spectaculaire des images qui tournent en boucle sur les télévisions et les réseaux sociaux, tend à exacerber la portée psychologique de l’opération et perturber l’activité économique.

Des policiers à Tunis après les deux attaques kamikazes qui ont frappé la capitale le jeudi 27 juin (AFP)

En Tunisie, une économie tournée vers les marchés extérieurs, l’attractivité de capitaux étrangers et l’approvisionnement des avoirs en devises demeurent un enjeu majeur pour ses échanges internationaux.

À Djerba, les juifs comptent sur « leur » ministre
Lire

Durant cette phase de transition démocratique, si le pays bénéficie du soutien de ses partenaires en matière de développement et d’investissement, il reste particulièrement exposé par son secteur touristique.

Le préjudice économique va donc dépendredu climat d’incertitude généré par les attaques, notamment de sa capacité à affecter le volume des transactions économiques ou à générer des dépenses publiques (mesures de sécurité supplémentaires, fonds d’urgence, campagnes de promotion).

« Pour le moment pas d’annulation ou de report » 

Dans le contexte actuel, où la menace terroriste n’épargne plus aucune région du monde, les touristes adaptent désormais leur comportement. Selon une étude espagnole rendue publique en 2017, « les touristes évaluent de plus en plus précisément les risques. L’attentat n’est plus forcément un motif automatique d’annulation si le voyage est déjà réservé. Et en cas de modification, le touriste se reporte souvent sur un autre lieu mais toujours dans le même pays, afin de garder le même type de voyage en termes de culture, d’environnement ou de loisirs ».

Or les attaques ayant récemment touché la Tunisie étaient d’une ampleur limitée et n’ont pas visé les sites touristiques.

La saison actuelle s’inscrit dans la lignée de l’embellie observée en 2018, avec un premier trimestre qui affiche une fréquentation en hausse de 17 %

Elles sont par ailleurs intervenues à une période où les autorités ont donné plus de cohérence et de visibilité au dispositif de sécurité mis en place pour protéger le secteur touristique, un élément à l’origine du regain de vitalité du tourisme tunisien : la saison actuelle s’était inscrite dans la lignée de l’embellie observée en 2018, avec un premier trimestre qui affiche une fréquentation en hausse de 17 %.

Ces facteurs n’étant pas de nature à bouleverser la perception de l’incertitude chez les éventuels visiteurs, l’impact économique devrait par conséquent être moins sérieux que celui des attentats de 2015.

Jusqu’à présent, les tendances n’indiquent aucun changement à la baisse dans les réservations. Les premiers constats communiqués par le ministre du Tourisme, René Trabelsi, vont dans ce sens.

« Nous avons immédiatement mis en place une cellule en relation avec tous les tours opérateurs, les agences de voyages et les hôtels en Tunisie pour relever des annulations ou des demandes de retour anticipé des touristes. C’est peut-être un peu tôt mais pour le moment, nous n’avons aucun retour de demandes d’annulation ou de report », a-t-il déclaré.

Les séquelles des tragédies du Bardo et de Sousse

En 2015, la Tunisie avait vécu un véritable choc avec deux attentats perpétrés contre des sites touristiques, à quelques mois d’intervalle. Ilsavaient ciblé le musée du Bardo à Tunis (22 morts) et la plage de l’hôtel Imperial Marhaba à Sousse (38 morts).

L’ampleur des attaques et le retard de l’intervention des forces de sécurité avaient alors mis en cause le degré de préparation des autorités face au risque terroriste, plaçant la Tunisie sur la liste des pays à risques de certaines nations européennes, notamment de la Grande-Bretagne.

Le secteur touristique avait été sinistré durant plus de deux ans,subissant de plein fouet une chute de fréquentation des touristes européens, avec une vague d’annulations suivie d’une baisse brutale des réservations auprès des tours opérateurs.

Le nombre de visiteurs s’était établi à son niveau le plus bas de la décennie, en atteignant à peine 4,5 millions en 2015 et 2016. La baisse du taux d’occupation chez les hôteliers s’était traduite en pertes d’emplois et cessations d’activité.

Après les attaques à Tunis et à Sousse (photo), le secteur touristique est resté sinistré durant plus de deux ans (MEE/Lilia Blaise)

Les répercussions se sont particulièrement fait ressentir sur les finances publiques, au niveau de la contribution directe du tourisme dans le PIB, avec une chute de 33 % des recettes touristiques.

Le ministère du Tourisme avait dû mettre en place des mesures d’urgence pour soutenir les professionnels du secteur, notamment par l’octroi de conditions de financement exceptionnelles, le rééchelonnement des créances, la réduction du taux de TVA ou la réduction des tarifs de transport aérien et maritime.

De grands moyens mobilisés pour la campagne de relance

Il aura fallu attendre la saison 2017 pour observer un retour à la normale de l’activité touristique. Afin de regagner la confiance des tours opérateurs et des voyageurs, les autorités ont misé sur l’argument sécuritaire : renforcement du dispositif de surveillance dans les aéroports et aux frontières, renforcement des effectifs de la police touristique pour assurer la surveillance autour des hôtels et sur les sites touristiques, déploiement de patrouilles mobiles sur les plages (en quad ou à cheval), etc.

Tunisie : après le tourisme de masse, une route culturelle des vins !
Lire

Les établissements hôteliers ont également été impliqués dans ce processus : ils ont dû se conformer aux nouveaux standards parle renforcement de leurs équipes de sécurité, l’installation de portiques de sécurité à l’entrée et l’augmentationdu nombre de caméras de surveillance.

Les autorités se sont par ailleurs penchées sur l’évolution de leur stratégie marketing. Même si leurs choix étaient limités par la surcapacité de l’infrastructure balnéaire, elles se sont employées à conquérir de nouveaux marchés en Europe de l’Est, notamment celui la Russie, et à diversifier leur offre par la relance du tourisme saharien. Elles ont également adopté une nouvelle attitude vis-à-vis du marché intérieur, dont le potentiel a été souvent négligé, en ciblant les comités d’entreprise.

Les autorités se sont employées à conquérir de nouveaux marchés en Europe de l’Est, notamment celui la Russie, et à diversifier leur offre par la relance du tourisme saharien

Fait marquant, la promotion du tourisme tunisiena fait l’objet d’un élan de solidarité sur le plan national, avec l’engagement des citoyens sur les réseaux sociaux, l’implication de la société civile et des artistes dans la conception de campagnes innovantes, ou encore l’afflux des supporteurs tunisiens lors de la Coupe du monde de football en Russie. En termes d’image, cette mobilisation citoyenne a été particulièrement bénéfique pour le pays.

Grâceaux efforts investis, le secteur touristique a connu un véritable rebond avec une saison 2018 record. Les recettes ont atteint un seuil historique de 4,1 milliards de dinars (environ 1,3 milliard d’euros) et le nombre de visiteurs est enfin repassé au-dessus de la barre des huit millions au moyen de performances notables les marchés maghrébin et européen.

Ces résultats sont le signe que la destination a préservé son attrait et que l’industrie du tourisme a gagné en productivité, même si l’évolution des recettes s’effectue toujours à un rythme moins soutenu que celle du nombre de visiteurs.

Hormis les moyens déployés pour relancer et protéger le secteur, les autorités ont cette fois-ci assuré une bonne communication de crise pour rassurer les différentes parties prenantes. Et bien qu’il soit encore trop tôt pour juger les performances sur l’ensemble de la saison 2019, la tendance actuelle montre que la Tunisie arrive à mieux contenir l’impact économique du terrorisme.