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Chantier de la nouvelle capitale : l’Égypte risque de payer 10 milliards de dollars d’indemnités 

Au moment où la crise économique asphyxie les Égyptiens, les projets pharaoniques lancés pas les autorités exposent la population à une plus grande précarité
Les projets du président Abdelfattah al-Sissi commencent à coûter très cher aux Égyptiens (AFP)
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Dix milliards de dollars : c’est ce que risque de payer l’État égyptien comme indemnités s’il perd les quelque quatorze affaires d’arbitrages internationaux lancées par des sociétés internationales impliquées dans la construction de la nouvelle capitale administrative.

L’Égypte vient de perdre un arbitrage international face à la compagnie hollandaise Future Pipe International BV

L’expert en économie égyptien, Mohammed Wehbeh, installé aux États-Unis, tire la sonnette d’alarme alors que l’Égypte vient de perdre un arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (ICSID) face à la compagnie hollandaise Future Pipe International BV, qui était engagée dans l’un des chantiers gigantesques de la nouvelle capitale administrative. 

Gestion catastrophique des projets

L’Égypte prévoit un changement de capitale administrative avec la création d’une nouvelle ville dans le désert, située à environ 45 km du centre du Caire, où vivent près de 20 millions d’habitants. La nouvelle capitale a pour objectif officiel de réduire les embouteillages, la pollution et la surpopulation au Caire.

La nouvelle capitale administrative, qui devait initialement coûter 300 milliards de dollars, comprend un aéroport plus grand que celui de Heathrow (à Londres) et un édifice plus haut que la Tour Eiffel.

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Sur son compte Facebook, Mohammed Wehbeh s’inquiète de la manière dont sont gérés les différents projets de la nouvelle ville, dénonçant des « parties » qui opèrent avec légèreté avec les entrepreneurs « dans leurs propres intérêts et sans aucun égard envers la loi internationale et les règles d’arbitrage international ». 

Il poursuit en indiquant que pas moins de treize entreprises koweïtiennes, qui ont travaillé sur ce projet, poursuivent l’Égypte pour non-respect des contrats. 

« Si Mohamed Ali [l’entrepreneur qui a dénoncé les contrats douteux des chantiers officiels] travaillait pour une entreprise étrangère, il aurait pu faire appel à l’arbitrage international. Son histoire, en fait, explique un peu le chaos qui touche les secteurs de l’emploi, du financement et de l’administration », écrit Webheh.     

Le même expert se demande : « Quand est-ce que cette hémorragie cessera, cette hémorragie touchant un projet sans aucun intérêt économique et qui ne sert que la gloire du président [Sissi] ? ».

L’État égyptien a déjà perdu un arbitrage international face à Israël

Il rappelle que l’État égyptien a déjà perdu un arbitrage international face à Israël concernant la fourniture du gaz naturel. Il a dû payer 3,25 milliards de dollars, « et a obligé le consommateur égyptien à payer le gaz deux à trois fois son prix mondial ». « C’est donc le peuple qui paiera les indemnités des arbitrages perdus à la place de l’État », conclut Mohammed Wehbeh.   

Dévaluation de la livre égyptienne, hausse des prix, dégringolade du niveau de vie de la population… La situation socio-économique en Égypte est catastrophique : le prêt du FMI sur trois ans, débloqué en 2006, a été conditionné par des mesures d’austérité. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 480 euros de revenu annuel.