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L’ex-président égyptien Hosni Moubarak est mort à 91 ans

Hosni Moubarak, contraint à la démission après le soulèvement populaire de 2011, est mort ce mardi 25 février au Caire
Hosni Moubarak, arrivé au pouvoir en 1981 après l’assassinat d’Anouar al-Sadate, a dirigé l’Égypte d’une main de fer jusqu’au soulèvement de février 2011 (AFP)

L’ex-président égyptien Hosni Moubarak, contraint à la démission après le soulèvement populaire de 2011, est mort ce mardi 25 février à l’âge de 91 ans à l’hôpital militaire Galaa au Caire, a indiqué à l’AFP son beau-frère le général Mounir Thabet.

La famille se trouvait toujours à l’hôpital mardi en milieu de journée, a ajouté le général en précisant que la présidence égyptienne se chargerait d’organiser les funérailles de Moubarak, qui a dirigé l’Égypte pendant trois décennies.

Le 24 janvier, son fils, Alaa Moubarak, avait indiqué sur Twitter que son père avait subi « une opération chirurgicale et qu’il se portait bien, grâce à Dieu ». 

Depuis sa destitution, la santé fragile de l’ex-président déchu a été l’objet d’incessantes spéculations et d’informations contradictoires faisant état, tour à tour, de dépression aiguë, d’un cancer, d’accidents cardiaques ou de problèmes respiratoires.

Ce dernier a régulièrement été hospitalisé et admis en soins intensifs, depuis qu’il a quitté le pouvoir.

La nouvelle de son décès a été confirmée et relayée par la télévision égyptienne et les grands titres de la presse locale, tels que le journal Al Ahram.

Une des photos les plus récentes de l'ex-président Hosni Moubarak, appelé à témoigner lors d'un procès contre les Frères musulmans, le 26 décembre 2018, au Caire (AFP)

Parmi les premières réactions, la présidence actuelle a publié un communiqué présentant ses condoléances à la famille de l’ancien autocrate, présenté comme l’un des « héros de la guerre d’octobre 1973 [contre Israël] », durant laquelle il avait dirigé l’armée de l’air.

À l’autre bout du spectre politique, Mohamed el-Baradei, prix Nobel et figure de proue de l’opposition libérale à l’ancien autocrate, a également présenté ses condoléances à la famille du défunt.

« Baraka »

Hosni Moubarak a promené sa silhouette trapue et ses lunettes noires pendant 30 ans sur la scène internationale, mais dans l’histoire, l’ex-président restera le dirigeant d’un régime corrompu.

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Hosni Moubarak est vice-président le 6 octobre 1981 lorsque son destin bascule. Assis en grand uniforme aux côtés d’Anouar al-Sadate lors d’un défilé militaire, il échappe aux balles des islamistes visant le président égyptien, artisan d’un accord de paix avec Israël signé deux ans plus tôt.

Légèrement blessé dans l’attentat, cet ancien pilote de chasse, connu pour sa santé de fer et son mode de vie ascétique, remplace alors le président assassiné à la tête du pays. Sa « baraka » devait ensuite lui servir pour échapper à six autres tentatives d’assassinat.

Il s’installe à la tête du pays, maintenant en place pendant trois décennies l’état d’urgence décrété après l’attentat.

« L’histoire me jugera »

Mais comparé à ses prédécesseurs – le charismatique Gamal Abdel Nasser et le politicien rusé Sadate –, il fait pâle figure et sera rapidement surnommé « la vache qui rit », pour sa ressemblance supposée avec la célèbre mascotte du fromage français.

Bien avant sa chute, ses détracteurs lui ont reproché d’être corrompu, de manquer de charisme et de ne pas mener à bien les réformes nécessaires.

« Il avait cette image de personnage corrompu à travers les activités de ses fils et ses liens avec les hommes d’affaires du pays », raconte Mostafa Kamel el-Sayyed, professeur de sciences politiques à l’université du Caire, en évoquant les affaires sulfureuses de ses deux fils, Alaa et Gamal.

Traduction : « Le peuple égyptien en 2011 : Il [Hosni Mubarak] était un tyran, il nous a traumatisés, c’était une vache qui rit. Enfin la place Tahrir [en référence à la révolution], enfin, on a vu la liberté et la dignité après 30 ans d’humiliation.

« Le peuple égyptien en 2020 : le président est mort, il est notre président. Quelle tristesse, quel chagrin... il était honnête. »

Après sa chute, le président a dû répondre à une série d’accusations de corruption. Lui et ses deux fils ont notamment été condamnés à trois ans de prison pour le détournement de quelque 10 millions d’euros.

Toutefois, « l’économie a eu un taux de croissance respectable » pendant les années Moubarak, nuance le professeur el-Sayyed, avant de préciser que la période a été également marquée, selon lui, par « un certain degré de liberté d’expression, avec des télévisions indépendantes et des journaux d’opposition » autorisés sous la pression de l’allié américain.

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Jusqu’au dernier moment, le président a défendu son bilan : le 1er février 2011, en plein soulèvement populaire qui devait précipiter sa chute, il déclarait : « Ce pays, j’y ai vécu, j’ai fait la guerre pour lui, et l’histoire me jugera. »

Pragmatique, volontiers patelin, aimant les tournées à travers le pays, il est pourtant très vite apparu comme coupé du peuple et orgueilleux, s’appuyant sur un redoutable appareil policier et un système politique dominé par un parti unique à sa dévotion.

Des élections sont organisées sur fond de soupçons de fraude. En 2005, il l’emporte haut la main et son principal opposant, Ayman Nour, est mis en prison.

L’ancien autocrate, qui avait espéré passer le flambeau à son fils Gamal, provoquant la colère des Égyptiens, a finalement été détrôné par le Printemps arabe.

Premier président égyptien a avoir été traduit en justice, il n’a été autorisé à quitter l’hôpital militaire où il était détenu qu’en mars 2017. Il avait notamment été condamné à la perpétuité, puis acquitté, pour complicité dans la mort de 846 manifestants durant la révolte.

« Mort sans procès juste »

Ayman Nour, qui s’est présenté contre Moubarak lors des élections présidentielles de 2005, a affirmé à Middle East Eye qu’il avait été emprisonné par l’autocrate « pour le punir de cette décision ».

« C’est différent de s’opposer aux gens lorsqu’ils sont vivants et après leur décès. Personnellement, je pardonne donc à Moubarak son injustice à mon égard », a-t-il confié.

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« Cependant, en ce qui concerne son injustice envers l’Égypte et les autres Égyptiens, il va désormais affronter la justice divine. »

Amr Darrag, ancien ministre et politicien qui s’est opposé à Moubarak et a contribué à rédiger la première Constitution après la chute du président, a déploré le manque de justice lors des procès de Moubarak.

Islam Lotfy, membre dirigeant de l’alliance pour la jeunesse qui avait organisé les manifestations de la place Tahrir en 2011, fait écho à ces sentiments. « Nous n’oublierons jamais que Moubarak est directement responsable de l’effondrement de la vie politique et de l’ancrage de la corruption tout au long de ses trente années de règne », a-t-il déclaré à MEE.

« Je suis triste non pas parce qu’il est mort mais parce qu’il est mort sans procès juste en ce qui concerne sa responsabilité dans la corruption de la vie économique et politique en Égypte et la faillite du pays sur tous les fronts », a-t-il ajouté.

« Mon seul regret est de ne pas avoir un système judiciaire qui l’ait poursuivi pour ses crimes. Les procès à son encontre après 2011 n’étaient qu’une mascarade visant à juguler la colère du peuple. »