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Pour que les Iraniens puissent lutter contre le coronavirus, les États-Unis « accordent des dérogations » aux sanctions

Des sources à Téhéran confient à MEE que Washington a accordé des dérogations afin de permettre de libérer des fonds gelés de la banque centrale iranienne pour l’acquisition de fournitures médicales urgentes
Du personnel médical iranien en tenue de protection travaille dans une salle de quarantaine à l’hôpital de Téhéran, début mars (AFP)
Par
TÉHÉRAN, Iran

Les États-Unis ont accepté d’accorder à certains pays des dérogations aux sanctions, leur permettant de débloquer des avoirs iraniens gelés pour aider Téhéran à acheter des médicaments et du matériel pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, ont indiqué des sources en Iran à Middle East Eye.

Cette décision intervient alors que, publiquement, Washington résiste farouchement à la pression internationale croissante lui demandant d’assouplir les sanctions contre l’Iran, où plus de 2 700 personnes sont mortes du virus.

Le département d’État américain a toutefois démenti vendredi cette information après l’imposition par le Trésor américain jeudi de nouvelles sanctions visant des individus et des entreprises accusés d’avoir des liens avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Pourtant, une source de haut rang à Téhéran a déclaré à MEE que les États-Unis avaient accepté ces derniers jours d’accorder des dérogations permettant à certains pays de libérer des actifs iraniens sans faire face à des mesures punitives.

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« Les efforts de certains pays ont conduit au déblocage d’une partie des fonds de la banque centrale iranienne », a-t-il dit. « Ces pays recevront une dérogation aux sanctions [pour la libération des avoirs gelés de l’Iran], cela leur a été accordé et nous suivons ce dosser. »

« Le déblocage de l’argent de la banque centrale iranienne réduira la pression relative au manque de devises pour l’importation de médicaments et les produits de première nécessité », a ajouté la source.

Cette dernière, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, n’a pas précisé quels pays avaient obtenu des dérogations. Elle a ajouté qu’aucun accord officiel n’avait été conclu entre Téhéran et Washington.

L’Iran affirme avoir des milliards de dollars de recettes pétrolières gelés sous la pression des États-Unis par les pays du monde entier.

Washington a déclaré vendredi qu’il n’assouplissait pas ses mesures contre Téhéran. « Ces informations sont inexactes », a déclaré un porte-parole du département d’État à MEE

« Malgré la désinformation du régime [iranien], il dispose en vérité déjà de fonds pour les échanges humanitaires qui profiteraient au peuple iranien. Au lieu de cela, il choisit de dépenser cet argent pour le terrorisme et ses intermédiaires. Le peuple iranien mérite mieux. »

« Probablement fait en coulisses »

Washington a imposé des sanctions générales à la banque centrale iranienne en septembre dernier, mais a autorisé en février des exemptions partielles qui permettent à Téhéran d’acheter de la nourriture et des médicaments par l’intermédiaire d’un canal bancaire suisse.

Les diplomates européens à Téhéran interrogés par MEE n’étaient pas en mesure de confirmer que des dérogations aux sanctions avaient été accordées, mais l’un d’eux a déclaré : « Si cela se produit, cela se fera probablement en coulisses. »

Lorsqu’on lui a demandé quels pays avaient peut-être reçu des dérogations, il a laissé entendre qu’il s’agissait probablement de pays d’Asie.

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Un autre diplomate a déclaré à MEE : « Il y a beaucoup de pression en ce moment pour aider l’Iran dans cette situation difficile. »

Plusieurs autres responsables iraniens avaient laissé entendre ces derniers jours qu’une libération des avoirs iraniens gelés à la suite des sanctions était imminente.

Le 25 mars, Abdul-Naser Hemmati, le gouverneur de la banque centrale iranienne, a déclaré : « Nous avons été informés que des ressources financières gelées en raison de la pression américaine pourraient être débloquées. »

Dans un post Instagram publié vendredi, Hemmati a déclaré que la banque centrale faisait « tout en son pouvoir […] pour fournir les devises étrangères dont le pays a besoin […] pour acquérir des médicaments et du matériel médical ».

Hemmati a déclaré que les efforts déployés pour obtenir un prêt d’urgence de 5 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) et pour obtenir le déblocage des avoirs de la banque centrale gelés par les sanctions américaines étaient sur la bonne voie.

MEE a également contacté le FMI mais n’avait pas obtenu de réponse à ses sollicitations au moment de la publication.

Vendredi, Hashmatullah Falahat Pishe, membre de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, a déclaré à l’agence de presse ISNA que certaines ressources financières iraniennes étaient censées être débloquées, mais a déclaré que le virus continuerait à se propager à travers l’Iran et la région si rien d’autre n’était fait.

L’ONU et des pays comme le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et le Pakistan ont exhorté les États-Unis à assouplir les sanctions contre l’Iran, qui est l’un des pays les plus touchés par la pandémie mondiale.

« Dignité et humanité »

Le 20 mars, le président iranien Hassan Rohani a publié une lettre adressée au peuple américain dans laquelle il a affirmé que les sanctions contre Téhéran risquaient de nuire à la lutte mondiale contre le virus.

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« Je préviens que dans une situation pandémique, Téhéran, Paris, Londres et Washington ne sont pas très éloignées, et tout acteur hostile cherchant à saper le système de santé iranien et à restreindre les ressources financières nécessaires pour faire face à la crise sapera la lutte […] dans le monde entier », a-t-il écrit.

Laissant entendre que la crise offrait l’occasion d’un rapprochement entre Téhéran et Washington, Rohani a ajouté : « Le peuple iranien apprécie l’amitié et le respect fondés sur les principes de dignité et d’humanité […] Nous réagissons au langage de la force avec le langage de la résistance et au langage de la dignité avec le langage du respect. »

Les responsables de l’administration Trump soutiennent que la politique américaine de « pression maximale » n’a pas entravé la réponse de l’Iran à l’épidémie de coronavirus parce qu’elle exclut la médecine et l’aide humanitaire.

Lundi dernier, le département d’État a publié une « fiche d’information » accusant le gouvernement iranien de mal gérer la réaction au virus, et suggérant que les assertions selon lesquelles les sanctions avaient contribué à la crise dans le pays étaient « de la propagande russe et chinoise ».

Des propos réfutés par Barbara Slavin, directrice de la Future of Iran Initiative au think tank Atlantic Council : « Les sanctions ont affaibli l’économie iranienne à un point tel que le pays est vraiment mal préparé à faire face à cette crise. Et la responsabilité en incombe aux États-Unis, qui ont quitté l’accord sur le nucléaire iranien alors que l’Iran s’y conformait pleinement », a-t-elle déclaré à MEE, en référence à l’accord de non-prolifération nucléaire signé à Vienne en juillet 2015 et dont Washington s’est retiré en mai 2018, rétablissant les sanctions.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.