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Vingt-deux ans après « la Madone de Bentalha », l’Algérie à nouveau en course pour le World Press Photo of the Year

Une photo de Farouk Batiche, 39 ans, a été nominée ce mardi parmi les six clichés susceptibles de remporter le prestigieux prix de photojournalisme le 16 avril
Photo nominée pour le World Press Photo of the Year : une manifestation étudiante est bloquée par le dispositif policier sur la route du palais du gouvernement (Farouk Batiche/DPA)
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ALGER, Algérie

Et si, vingt-deux ans après « la Madone de Bentalha » de Hocine Zaourar, un photographe algérien remportait à nouveau le World Press Photo of the Year, considéré par les photojournalistes comme la plus prestigieuse des récompenses ?

C’est peut-être ce qui arrivera à Farouk Batiche, 39 ans, correspondant de l’agence allemande DPA depuis janvier 2019, sélectionné parmi les six nominés pour le prix, ce mardi 25 février. « Être nominé pour le Word Press, c’est le rêve de tous les photojournalistes. Je ne fais pas exception, pour moi c’est un grand honneur, c’est la récompense de vingt ans de travail », confie Farouk à Middle East Eye.

Farouk Batiche pendant une manifestation, le 22 février 2019, près du Palais du peuple à Alger (photo fournie par Farouk Batiche)

Photographe de presse depuis vingt ans, Farouk Batiche a commencé dans une agence photo très connue à Alger, Newpress, en 1997. L’Algérie traverse alors ce qu’on appelle la « décennie noire », dix années de guerre contre les islamistes armés au cours desquelles de nombreux journalistes ont été tués. Newpress collaborant avec des agences internationales, les photos de Farouk Batiche sont diffusées par AP et Sipa Press.

En 2011, au moment où éclatent les révoltes arabes, le photographe se fait remarquer chez Reuters : ses images exclusives des manifestations en Algérie sont reprises dans plusieurs pays.

« Ces photos ont aussi été diffusées au festival Visa pour l’image à Perpignan [en France] en 2012, lors de la séance de projection consacrée à l’Algérie. Ce bref passage à Reuters a été pour moi un tremplin qui m’a ouvert les portes de l’AFP, que j’ai rejoint en février 2011. » Il y restera cinq ans et ses images seront publiées dans de nombreux médias comme Paris Match ou The Guardian.

Alors quand éclate le hirak – contestation massive qui agite l’Algérie depuis le 22 février et a amené au départ du président Abdelaziz Bouteflika –, Farouk, qui a aussi couvert les manifestations en Kabylie en 2011, a déjà l’expérience des manifestations. « Et puis Alger, c’est ma ville, je connais les gens, les ruelles », précise-t-il.

Un terrain facile ? « Oui et non. Quand tu es au milieu, tu reçois des pierres qui tombent de partout, des coups, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc. J’avais un casque de moto pour me protéger la tête, il faut voir dans quel état il est ! Mais pour un photographe, c’est important de savoir se protéger. On a tous à l’esprit l’histoire de Lucas Dolega, le photographe franco-allemand mort pendant la révolution tunisienne parce qu’il avait reçu un projectile dans la tête. »

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La photo sélectionnée raconte un mardi de manifestations étudiantes, pendant le Ramadan. « Il faisait très chaud, les étudiants ont voulu monter vers le Palais du gouvernement. Ils s’y sont pris à trois fois pour casser le dispositif policier et ils ont réussi. Mais sur la route, les policiers leur ont à nouveau barré le chemin. Il y a eu une bousculade. Alors ils se sont assis par terre et ont commencé à repousser les boucliers », raconte-t-il.

Même s’il a immortalisé de nombreux événements en Algérie – les inondations de Bab El Oued en 2001, le séisme de Boumerdès en 2003, etc. –, le photographe a aussi couvert l’actualité en Égypte, au Burkina Faso, en Tunisie et dans plusieurs pays africains, notamment pout la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN).

« Aujourd’hui, j’aimerais bien m’installer dans un pays de la région [Moyen-Orient ou Afrique du Nord] pour apprendre un nouveau terrain », explique-t-il. Mais toujours en agence, sur le front de l’actualité. « Parce que j’aime l’adrénaline que procure l’actualité et parce qu’elle te permet de toucher à tout : culture, sport, politique, économie… Tu es toujours sur le terrain. »

À la question d’un manifestant qui lui proposait d’échanger son appareil photo contre une pancarte, Farouk a répondu qu’il aimait l’idée de « participer au hirak avec [ses] photos ». S’il gagne le Word Press Photo of the Year, sa participation restera dans l’histoire. Réponse le 16 avril lors de la remise des prix à Amsterdam.