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Comment réagira Gaza à l’assassinat par Israël de dirigeants du Jihad islamique ?

Si les différents acteurs ne se mettent pas d’accord sur les détails, ils risquent de perdre le contrôle, le consensus étant que le meurtre d’Abou al-Atta ne doit pas rester impuni
Une roquette est tirée depuis Gaza en direction d’Israël, le 12 novembre (Reuters)

Sans surprise, les forces aériennes israéliennes ont assassiné mardi Bahaa Abou al-Atta, haut responsable du Jihad islamique, à Gaza, à la suite d’incitations à la violence à son encontre par les médias israéliens. 

Israël avait qualifié Abou al-Atta de « bombe à retardement » et les Palestiniens s’attendaient à son assassinat. Bien que prévisible, l’assassinat d’Abou al-Atta a été le premier à être annoncé ouvertement par les forces d’occupation israéliennes depuis 2012, date à laquelle elles ont tué le chef militaire du Hamas, Ahmed al-Jabari

Plus tard mardi, un autre dirigeant du Jihad islamique, Khaled Mawoud, a également été assassiné, selon la chaîne al-Mayadeen, basée à Beyrouth.

Première réaction

Israël a sûrement compris que l’assassinat d’Abu al-Atta ne resterait pas sans réponse – que le Jihad islamique, ainsi que d’autres factions de la résistance palestinienne, réagiraient à l’assassinat de ce commandant de haut rang. Quelques heures après le meurtre, les dirigeants israéliens ont reconnu que les jours à venir pourraient être difficiles.

Aucun des acteurs de la résistance à Gaza ne peut ignorer l’assassinat d’Abou al-Atta

De fait, l’annonce de l’assassinat a été suivie par des dizaines de missiles tirés depuis Gaza en direction d’Israël. L’armée israélienne a riposté en lançant des frappes supplémentaires sur l’enclave côtière. 

Alors que les Palestiniens se précipitaient pour se mettre à l’abri, beaucoup ont compris que ce déluge n’était qu’une première réaction. Une réaction plus générale, notamment des tirs de roquettes supplémentaires, devait survenir après l’inhumation d’Abou al-Atta. 

Dans ce contexte, les positions des différents groupes à Gaza sont importantes. Politiquement, le Hamas et le Jihad islamique adoptent la même position à l’égard de la cause palestinienne et sont tous deux soutenus par l’Iran. Au niveau militaire, les deux groupes coordonnent leurs opérations afin de déterminer comment gérer les attaques israéliennes.

Convenir d’une stratégie

La réaction du Jihad islamique au meurtre d’Abou al-Atta sera sûrement la plus vive, mais les deux groupes conviendront d’une stratégie. Tant le Hamas que le Jihad islamique seront enclins à réagir de manière calculée, afin d’éviter des réponses individualisées qui pourraient exacerber la situation et provoquer un renforcement des tirs de barrage israéliens.

Des Palestiniens portent le corps de Bahaa Abou al-Atta lors de son cortège funèbre dans la bande de Gaza le 12 novembre 2019 (MEE/Sanad Abu Latefa)
Des Palestiniens portent le corps de Bahaa Abou al-Atta lors de son cortège funèbre dans la bande de Gaza le 12 novembre 2019 (MEE/Sanad Abu Latefa)

Aucun des acteurs de la résistance à Gaza ne peut ignorer l’assassinat d’Abou al-Atta, car une absence de réaction ne ferait qu’encourager Israël à viser d’autres dirigeants palestiniens, et à frapper Gaza de manière répétée.

Cela dit, ni le Hamas ni la population palestinienne de Gaza ne veulent d’une autre guerre sur le territoire assiégé. Depuis 2008, trois offensives israéliennes ont décimé cette enclave densément peuplée.

Néanmoins, une réponse ferme à l’assassinat d’Abou al-Atta impliquera probablement d’importants tirs de barrage de roquettes tirées depuis Gaza en direction de cibles situées profondément en Israël. Les combattants armés de la résistance palestinienne peuvent également viser les forces israéliennes au niveau de la barrière de Gaza.

Conséquences imprévisibles

Pour sa part, Israël adaptera son attitude en fonction de la nature de la réaction palestinienne. Il ne gardera pas le silence si les régions du sud et du centre du pays sont durement frappées, forçant de nombreux Israéliens à se mettre à l’abri.

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La situation pourrait se dégrader au point de provoquer l’effondrement du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël – et les conséquences d’un tel scénario sont imprévisibles. 

De nombreuses parties auront leur mot à dire sur le déroulement de cette confrontation. Mais si ces acteurs ne se mettent pas d’accord sur les détails, ils risquent de perdre le contrôle, le consensus étant que le meurtre d’Abou al-Atta ne doit pas rester impuni. 

- Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias à l’Université Umma de Gaza. Il donne des conférences sur l’histoire de la cause palestinienne, la sécurité nationale et les études israéliennes. Il est titulaire d’un doctorat en histoire politique de l’Université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Palestine et le conflit israélo-arabe.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Adnan Abu Amer
Adnan Abu Amer is the head of the political science and media department of Umma University in Gaza. He lectures on the history of the Palestinian cause, national security and Israeli studies. He holds a doctorate in political history from Damascus University and has published several books on the contemporary history of Palestine and the Arab-Israeli conflict.