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Depuis les plages d’Alexandrie, l’association Banlastic lutte contre la pollution plastique 

En marge de la COP27 en Égypte, l’association Banlastic reste plus que jamais mobilisée. Des nettoyages de plage sont régulièrement organisés à Alexandrie alors que les autorités discutent d’une possible interdiction du plastique à usage unique sur ces espaces
Au total, sur cette journée, 90 kg de plastiques recyclables et le double de déchets non recyclables auront été collectés sur l’ensemble des plages (MEE)
Au total, sur cette journée, 90 kg de déchets plastique recyclables et le double de déchets non recyclables auront été collectés sur l’ensemble des plages (MEE)
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ALEXANDRIE, Égypte

C’est une fin d’après-midi estivale à Alexandrie. L’association Banlastic a donné rendez-vous à ses troupes sur une dizaine de plages, à l’heure où le soleil entame sa descente, pour un grand nettoyage simultané.

La deuxième ville d’Égypte, située sur la côte ouest, est bien connue pour ses bords de mer, très fréquentés par ses habitants et les visiteurs de passage.

Les bancs de sable sont aussi denses que les rues commerçantes du centre-ville. Tout le long de la corniche, qui s’étend sur une vingtaine de kilomètres, cafés et plages aménagées se succèdent les uns après les autres.

Bien souvent, il faut payer pour accéder à la mer, le littoral s’est de plus en plus privatisé ces dernières années. L’équipe de Banlastic préfère généralement mener ses opérations sur les quelques plages publiques restantes pour sensibiliser plus largement la population aux méfaits de la pollution plastique.

À Alexandrie, les bancs de sable sont aussi denses que les rues commerçantes du centre-ville (AFP/Giuseppe Cacace)
À Alexandrie, les bancs de sable sont aussi denses que les rues commerçantes du centre-ville (AFP/Giuseppe Cacace)

Ce sont aussi les espaces où l’on trouve le plus grand nombre de déchets. Les poubelles sont quasiment inexistantes, le sable est saturé de mégots, emballages alimentaires, bouteilles et autres déchets plastique en tout genre.

Quelque 300 participants se sont inscrits pour cet événement. Parmi eux, des étudiants, des membres de clubs sportifs, des organisations caritatives. Sur l’une des plages privées du nord de la ville, treize adolescentes scoutes rejoignent au compte-gouttes trois bénévoles de l’association.

Une fois réunie, chacune reçoit une paire de gants et quelques consignes leur sont dispensées : « Tout ce qui ne se recycle pas, dans le sac blanc. Les bouteilles en plastique, dans le vert. Pour les bouchons et les mégots, il y a deux bouteilles différentes. »

La règle des trois R

Une jeune femme prend la parole pour expliquer où les détritus seront ensuite acheminés en prenant pour appui la règle des trois R, « réduire, réutiliser, recycler ». 

À l’échelle de la ville, aucune industrie ne prend en charge de manière centralisée les déchets recyclables. Banlastic fait don de ses collectes à différentes entreprises privées qui s’occupent indépendamment de donner une seconde vie aux matériaux : des doublures pour les vestes à partir des mégots, des meubles en polyester, de nouvelles bouteilles.

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Le petit groupe enthousiaste se disperse dans l’espace, circulant difficilement entre les chaises et les parasols où les occupants leur jettent des regards interloqués.

Les réactions sont partagées, les scouts s’en amusent. « Ils pensent que nous faisons cela pour de l’argent », glisse l’une des filles à une camarade. « Il y en a un qui a jeté sa cigarette juste sous mes yeux ! Je lui ai demandé de la ramasser et il a accepté ! », raconte fièrement une bénévole.

Certaines personnes affichent un dégoût manifeste, d’autres encouragent les bénévoles : « Bravo ! C’est bien ce que vous faites ! Je viendrais bien vous aider mais je viens juste de sortir de l’eau ! », lance un baigneur.

Fady, un enfant curieux du quartier, veut contribuer à l’initiative. Il n’est pas rare que de nouvelles forces se joignent au mouvement, mais cette fois-ci le garçon sera le seul.

Mina, l’un des référents Banlastic pour cette journée, ne s’en étonne pas : « La plupart des gens sur cette plage n’habitent pas ici. Ceux qui sont de passage se sentent moins impliqués et font moins attention à l’environnement », constate-t-il auprès de Middle East Eye 

50 % des déchets non traités de la région viennent d’Égypte, selon le rapport 2019 du Fonds mondial pour la nature

L’opération de nettoyage est symbolique. En une heure, impossible de débarrasser la plage de tous ses rebuts. Ce qui importe, c’est l’échange avec les plagistes, nombreux à poser des questions sur l’action en cours. Une dame s’approche, plus particulièrement intriguée par la collecte des mégots : « À quoi ça sert ? » interroge-t-elle.

Elle jure de ne plus manger de poissons lorsqu’on l’informe que quantité d’entre eux sont susceptibles d’ingurgiter ces substances toxiques et de se retrouver ensuite dans nos assiettes.

Bien que l’Égypte ne soit pas le plus gros producteur de plastique dans la région méditerranéenne, le pays compte parmi les principaux pollueurs. En effet, 50 % des déchets non traités de la région viennent d’Égypte, selon le rapport 2019 du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Leur non prise en charge industrielle conduit directement à une pollution des fonds marins, nuisible pour la biodiversité, mais aussi dommageable pour toute une économie maritime comme la pêche et le tourisme.

Timides avancées pour limiter la pollution plastique

Amina est âgée de 17 ans. Concentrée, elle a les yeux rivés au sol. « Ramasser nos déchets quand on quitte un lieu, c’est une règle d’or chez les scouts. On doit laisser l’endroit aussi propre qu’on l’a trouvé », précise-t-elle.

L’équipe de Banlastic essaie de rendre ce moment divertissant, mais aussi formateur. « J’ignorais qu’un mégot mettait une dizaine d’années à se décomposer. Je ne savais pas non plus qu’il fallait trier les déchets pour mieux les recycler », reconnaît Malak, une autre participante.

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Pour l’instant, les manuels scolaires sur lesquels s’appuient les enseignants des écoles publiques ne contiennent pas d’éléments spécifiques sur la pollution plastique. Il s’agit d’un autre terrain de lutte de l’association. Cette année, plusieurs ateliers pédagogiques ont été organisés dans des établissements scolaires de la ville d’Alexandrie.

« L’accès à l’information concernant tous les dangers environnementaux, en arabe et pour tous les publics, est primordial », défend Yassin Ahmed, l’un des fondateurs de Banslastic.

Pour cet ingénieur de profession, spécialisé dans l’énergie solaire, quelques améliorations sont perceptibles, notamment sur le plan politique. Pour la première fois au mois de mai, l’administration responsable du tourisme estival à Alexandrie a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux qui exhorte les citoyens à prendre soin de l’environnement et à ramasser leurs poubelles.

On y voit un jeune garçon participer à une action de nettoyage organisée par le gouvernorat, désigné comme exemplaire.

Au printemps dernier, un comité réunissant des forces politiques parlementaires et régionales ainsi que des représentants de Banlastic a été formé en vue d’interdire le plastique à usage unique sur les plages alexandrines. Chaque nettoyage de plage nécessite l’accord du gouvernorat.

« Au début, ce n’était pas si simple d’obtenir les autorisations, mais maintenant nous avons gagné en légitimité auprès des autorités », constate Yassin, interrogé par MEE.

Contrairement à d’autres organisations environnementales dans le pays, Banlastic bénéficie du soutien politique du pouvoir en place. Depuis 2019, une interdiction des sacs en plastique à usage unique dans les commerces est en vigueur dans le gouvernorat de la mer Rouge, une des régions réputées internationalement pour son tourisme balnéaire.

En amont de l’accueil de la COP27, de nouveaux débats sur cette question ont eu lieu au sein du gouvernement. La ville de Charm al-Cheikh est depuis le mois de juin elle aussi concernée par cette régulation, mais son élargissement au niveau national n’est pour le moment pas envisagé.

Les autorités prévoient de réduire la consommation annuelle de sacs en plastique à 100 par personne d’ici à 2030, notamment en soutenant des entreprises qui proposent des alternatives.

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