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En Turquie, les mystères sans fin du sanctuaire de Göbekli Tepe

Göbekli Tepe, qui a inspiré la série Atiye sur Netflix, est l’un des sites archéologiques les plus importants au monde. Il y a plus de 7 000 ans, avant Stonehenge en Angleterre et les pyramides égyptiennes, des milliers d’humains se réunissaient entre ces mégalithes
« Les peuples ici avaient 4 000 à 5 000 ans d’avance » sur leurs contemporains occidentaux, selon Lee Clare, de l’Institut allemand d’archéologie qui fouille le chantier de Göbekli Tepe depuis 2013 (ministère de la Culture et du Tourisme de Turquie)
« Les peuples ici avaient 4 000 à 5 000 ans d’avance » sur leurs contemporains occidentaux, selon Lee Clare, de l’Institut allemand d’archéologie qui fouille le chantier de Göbekli Tepe depuis 2013 (ministère de la Culture et du Tourisme de Turquie)
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Sur une éminence écrasée de soleil, dans le Sud-Est de la Turquie, le plus vieux sanctuaire connu au monde continue de livrer pierre à pierre ses infinis secrets.

« Quand on ouvre une nouvelle tranchée, on ne sait pas à quoi s’attendre », confie les yeux gourmands Lee Clare, de l’Institut allemand d’archéologie qui fouille le chantier de Göbekli Tepe depuis 2013. « C’est chaque fois une immense surprise. »

Göbekli Tepe présente la « plus importante collection au monde d’objets du néolithique », assure son directeur Celal Uludağ (UNESCO/DAI, Göbekli Tepe Project)
Göbekli Tepe présente la « plus importante collection au monde d’objets du néolithique », assure son directeur Celal Uludağ (UNESCO/DAI, Göbekli Tepe Project)

Göbekli Tepe, littéralement « la colline ventrue » en turc, est l’un des sites archéologiques les plus importants au monde, qui lie l’humanité au sacré.

Plus de 7 000 ans avant Stonehenge en Angleterre et les pyramides égyptiennes, des milliers d’humains se réunissaient ici, entre ces mégalithes richement ornés, pour se recueillir.

« Son importance est difficile à imaginer », estime Sean Lawrence, professeur à l’université américaine de West Virginia, joint par l’AFP.

Le pilier 43 dans le bâtiment D montre des bas-reliefs de différents animaux, insectes et une figure humaine ithyphallique (UNESCO/DAI, Göbekli Tepe Project)
Le pilier 43 dans le bâtiment D montre des bas-reliefs de différents animaux, insectes et une figure humaine ithyphallique (UNESCO/DAI, Göbekli Tepe Project)

Selon certains experts, Göbekli Tepe n’a jamais été vraiment habité et pourrait faire partie d’un vaste ensemble sacré qui englobe d’autres sites à proximité, parfois plus anciens encore.

Personne n’avait rien suspecté avant que l’archéologue et préhistorien allemand Klaus Schmidt ne commence à faire remonter ses premières découvertes à la surface en 1995.

Depuis, des archéologues allemands et turcs travaillent de concert, sous l’œil des touristes de plus en plus nombreux, attirés par les mystères de la colline ventrue.

De quand date précisément le site ? « C’est presque impossible à établir », relève Sean Lawrence.

« Le point zéro de la civilisation »

Cependant, ajoute-t-il, « le plus ancien monument égyptien, la pyramide de Djéser à Saqqarah, remonte à 2 700 ans avant notre ère », plus de sept millénaires après Göbekli Tepe. 

« Ce fut la fin de ce que l’on considère souvent comme les sociétés de chasseurs-cueilleurs de l’Âge de pierre et le début de la sédentarisation. »

« Il reste des mystères sans fin autour du site, y compris sur la façon dont le travail était organisé et comment les sites étaient utilisés », conclut-il.

Göbekli Tepe a même inspiré une série de science-fiction sur Netflix, Atiye, bâtie autour d’une des gravures des piliers.

Klaus Schmidt, l’archéologue allemand célèbre pour ses turbans, fut obsédé jusqu’à sa mort en 2014 par ces mégalithes plantés, verticaux, ornés de renards, de sangliers, de canards, de lézards et d’un léopard en position de chasse ou de défenseur, tous mâles.

Le site a d’abord été considéré comme purement rituel mais, selon Lee Clare, suffisamment de « preuves sérieuses » attestent d’un début de vie sédentaire avec des bâtiments similaires à ceux de la même époque découverts dans le nord de la Syrie voisine, la Turquie constituant l’une des provinces de la Haute-Mésopotamie.

Traduction : « Certains reliefs de Göbekli Tepe ont un caractère narratif. Ici, un léopard tapi, apparemment prêt à sauter sur sa proie, un sanglier. Pilier 27, bâtiment C, 2009. »

Les objets découverts à Göbekli Tepe sont exposés au musée archéologique de la ville la plus proche, Sanliurfa, où serait né Abraham.

Le musée présente la « plus importante collection au monde d’objets du néolithique », assure son directeur Celal Uludağ. « Tout ce qui pouvait être transporté de Göbekli Tepe est exposé ici », s’enorgueillit-il, devant une reconstitution du site et des vitrines de statuettes et de bas-reliefs.

« C’est un voyage à travers le temps, le point zéro de la civilisation », insiste Aydin Aslan, directeur régional du Tourisme et de la Culture de Sanliurfa.

Le ministère turc de la Culture a augmenté en 2021 le financement des fouilles dans la région dans le cadre de son projet « Stone Hills », notamment pour le site perché de Karahan Tepe à environ 35 km de Göbekli Tepe, que certains soupçonnent déjà d’être plus ancien encore.

« Nous allons maintenant continuer plus en profondeur car Göbekli Tepe n’est pas le seul ni l’unique [site] », a justifié le ministre Nuri Ersoy.

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« Ces ressources supplémentaires nous donnent une occasion formidable de comparer ce que nous savons de Göbekli Tepe avec d’autres sites de la région et du même âge », se félicite Lee Clare.

« Le néolithique ici est tellement plus intéressant à fouiller qu’en Europe », se réjouit-il. « Les peuples ici avaient 4 000 à 5 000 ans d’avance » sur leurs contemporains occidentaux.

Göbekli Tepe est aussi une manne pour cette région pauvre et longtemps négligée, touchée par ricochets par la guerre en Syrie : les réfugiés représentent désormais un quart de la population de la province de Sanliurfa.

Mais ce sont aussi plus d’un million de touristes qui ont visité la province en 2019, avant le covid-19, une fréquentation qu’elle espère retrouver cette année.

Par Fulya Ozerkan.

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