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Après la fusillade à Tel Aviv, Israël redoute une nouvelle vague de violences

Israël a placé le niveau d’alerte au plus haut depuis mai 2021 après une nouvelle attaque dans laquelle cinq personnes ont été tuées mardi soir
Des Israéliens pleurent les victimes de la fusillade du 29 mars 2022 à Tel Aviv (Reuters)
Des Israéliens pleurent les victimes de la fusillade du 29 mars 2022 à Tel Aviv (Reuters)

Un homme armé a tué cinq personnes mardi soir lors d’une fusillade dans la banlieue de Tel Aviv (Israël), quelques jours après deux attaques similaires qui ont fait six morts et plusieurs blessés.  

L’assaillant, identifié comme étant Diya Hamarshah, 27 ans, a ensuite été abattu par la police.

Selon les médias locaux, l’homme était un ancien prisonnier palestinien originaire de Ya’bad, une ville située près de Jénine, en Cisjordanie occupée

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La fusillade aurait eu lieu dans deux quartiers différents de Bnei Brak, une ville juive ultra-orthodoxe.

Armé d’un fusil d’assaut, l’assaillant a tiré sur un jeune homme dans une supérette, avant de viser une autre personne à vélo puis une voiture qui passait, rapporte Haaretz

Une habitante de Bnei Brak interrogée par Middle East Eye, vivant près du lieu de l’attaque et souhaitant rester anonyme, se dit « effrayée et triste » à la suite de la fusillade.

« Je ne me sens pas en sécurité. Je n’arrive pas à croire que cela soit arrivé si près de nous. Je suis toujours choquée par des événements de ce genre, mais quand cela se passe aussi près, c’est différent », confie-t-elle. Je ne pense pas qu’il y ait un avenir en Israël. L’horloge recule. Je n’ai aucun espoir. »

« Israël ne peut s’en prendre qu’à lui-même »

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett a tenu une réunion de sécurité à 22 h, heure locale, avec le ministre de la Défense Benny Gantz et d’autres responsables de la sécurité afin d’évaluer la situation sécuritaire.

La police a annoncé avoir placé le niveau d’alerte au plus haut depuis mai dernier. 

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, n’a pas tardé à condamner l’attaque. « Le meurtre de civils palestiniens et israéliens ne fait qu’aggraver davantage la situation alors que nous nous efforçons tous d’atteindre la stabilité à l’approche du mois du Ramadan », a-t-il déclaré.

Israéliens en deuil lors des funérailles d’une des victimes de la fusillade du 30 mars 2022 (Menahem Kahana)
Israéliens en deuil lors des funérailles d’une des victimes de la fusillade du 30 mars 2022 (Menahem Kahana)

Ayman Odeh, leader de la Liste unifiée, l’alliance politique palestinienne en Israël, a également condamné l’attaque. 

« Cinq civils ont été tués aujourd’hui – chacun d’entre eux est un monde à part entière. Ils rejoignent les 51 Palestiniens tués depuis le début de l’année – chacun d’entre eux est un monde à part entière », a déclaré Ayman Odeh.

« Je m’oppose fermement à toute atteinte aux civils, qu’ils soient Palestiniens ou Israéliens, ainsi qu’à toute atteinte aux personnes innocentes », a-t-il ajouté.

« Il est temps de mettre fin à la source de haine qu’est cette maudite occupation et d’établir une paix qui apportera la sécurité et une vie normale aux deux peuples. »

L’attaque de mardi intervient quelques jours après deux attaques similaires perpétrées par des citoyens palestiniens d’Israël à Beersheba et Hadera, qui ont fait au total six morts, dont deux policiers. Les trois assaillants ont été tués. 

« La question palestinienne a été transformée en une simple question interne à Israël »

– Meron Rapoport, analyste spécialiste d’Israël

Les faits se sont par ailleurs produits à la veille du 46e anniversaire de la première Journée de la Terre. Les Palestiniens célèbrent cette journée tous les 30 mars depuis 1976, date à laquelle des citoyens palestiniens d’Israël ont manifesté contre la politique d’accaparement des terres et la discrimination pratiquées par Israël.

Interrogé par MEE, Meron Rapoport, analyste spécialiste d’Israël, estime que ces attaques placeront probablement le gouvernement israélien dans une situation très délicate.

« Israël est très embarrassé face à cette situation car il n’a personne contre qui se battre. Il n’est pas possible d’occuper les villes palestiniennes comme en 2002 parce qu’elles sont déjà occupées, et il ne peut pas non plus ‘’occuper’’ Umm al-Fahm parce que ce sont des citoyens israéliens », explique-t-il.

« Israël a peut-être été ravi de voir l’Occident et les États arabes cesser de s’intéresser à la cause palestinienne, et le sommet dans le Néguev [rencontre inédite lundi 28 mars entre le secrétaire d’État américain Antony Blinken et ses homologues d’Israël et de quatre pays arabes], était censé en être la preuve. Mais comme l’a soutenu le professeur Menachem Klein lors d’une discussion que j’ai eue avec lui, la question palestinienne a été transformée en une simple question interne à Israël, et c’est exactement ce qui se produit actuellement. Israël ne peut s’en prendre qu’à lui-même. »

Des tensions à l’approche du Ramadan

Cette violence sera toutefois récupérée par l’extrême droite israélienne, prévient l’analyste.

Peu après l’attaque, des dizaines d’Israéliens se sont rassemblés sur place et des slogans antipalestiniens ont été scandés, notamment « Mort aux Arabes ! ». Certains réclamaient la démission de Bennett.

L’influence de l’extrême droite au sein des forces de police et dans la vie politique s’accroît en Israël depuis plusieurs années.

Comme l’explique Meron Rapoport, ces forces vont désormais se servir de ces événements pour faire chuter le gouvernement, constitué d’une alliance fragile de forces de droite, de gauche et du centre, dans laquelle figurent également des partis palestiniens.

« L’extrême droite craint qu’Israël ne devienne une véritable démocratie, elle veut donc écarter les Palestiniens de la vie politique. »

Soldats israéliens déployés à Jénine, le 30 mars 2022 (AFP)
Soldats israéliens déployés à Jénine, le 30 mars 2022 (AFP)

À Ya’bad, ville d’origine de Diya Hamarshah selon les informations relayées, des foules sont descendues dans la rue après l’attaque pour manifester leur solidarité avec la famille avant les descentes attendues de l’armée. 

Raed Bakr, un habitant de Ya’bad, explique à MEE que le poste de contrôle de Dotan, situé au sud de Ya’bad, sur la route qui relie Jénine à Tulkarem, a été fermé après l’attaque.

« Des jeunes hommes ont fermé l’entrée de Ya’bad avec des pierres et des poubelles en prévision des descentes israéliennes », indique-t-il. « La situation est calme pour le moment, mais on s’attend à des descentes de l’armée à tout moment. »

Aouni al-Mashni, figure politique palestinienne de haut rang à Bethléem, affirme à MEE que les récents événements sont une réaction attendue aux agressions continues d’Israël contre les Palestiniens.  

« La violence employée par l’État raciste d’Israël contre les Palestiniens en Cisjordanie et à l’intérieur d’Israël entraîne évidemment une violence de la part de Palestiniens en retour », indique-t-il dans un entretien téléphonique accordé à MEE

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« L’expulsion des habitants du Naqab, la judaïsation de Jérusalem, les attaques contre Sheikh Jarrah, les provocations à la mosquée al-Aqsa, les meurtres quotidiens en Cisjordanie – tout cela entraîne naturellement une contre-violence. Cette violence relève de la seule responsabilité d’Israël », ajoute-t-il. 

« Il est tôt pour affirmer que nous entrons dans une nouvelle phase, mais nous sommes assurément dans une phase marquée par la violence et la dégradation. »

Les tensions sont vives depuis quelques semaines, alors que le premier anniversaire de l’offensive israélienne de onze jours contre Gaza approche.

Un pic de violence a été observé au cours du dernier Ramadan, lorsqu’Israël a tenté d’expulser des familles palestiniennes du quartier occupé de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, afin d’installer des colons israéliens.

Des manifestations massives ont ainsi éclaté en Cisjordanie occupée et au sein de la communauté palestinienne en Israël, ce qui a déclenché l’opération militaire de grande envergure d’Israël contre la bande de Gaza assiégée en mai 2021. 

Selon Axios, les responsables américains s’efforcent de maintenir le calme à Jérusalem avant l’anniversaire du conflit au cours duquel plus de 260 Palestiniens ont été tués à Gaza, 29 victimes en Cisjordanie occupée et 13 en Israël ont également été enregistrées.

« Les dirigeants arabes sont déconnectés de la réalité »

En début de semaine, les ministres des Affaires étrangères du Maroc, de l’Égypte, de Bahreïn et des Émirats arabes unis (EAU) ainsi que le secrétaire d’État américain se sont réunis en Israël pour un sommet de deux jours dans le Néguev afin d’aborder des questions régionales. 

En parallèle, le roi Abdallah II de Jordanie a rencontré lundi le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas à Ramallah. 

Cette série de rencontres au sommet entre dirigeants régionaux au cours des dernières semaines est vue comme un effort déployé dans le but d’apaiser les tensions avant le mois sacré musulman du Ramadan, qui doit commencer la semaine prochaine.

« Les dirigeants palestiniens et arabes sont clairement déconnectés de la réalité. Ils sont déconnectés de la lutte du peuple palestinien et de la réalité que représente la détérioration des relations israélo-palestiniennes », soutient Aouni al-Mashni à propos de ces réunions régionales. 

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken et ses homologues d’Israël et de quatre pays arabes ont conclu lundi une rencontre inédite sur le sol israélien visant à renforcer leur coopération (AFP/Jacquelyn Martin)
Le secrétaire d’État américain Antony Blinken et ses homologues d’Israël et de quatre pays arabes ont conclu lundi une rencontre inédite sur le sol israélien visant à renforcer leur coopération (AFP/Jacquelyn Martin)

Malgré les efforts déployés pour apaiser les tensions, les colons israéliens poursuivent leurs incursions dans la mosquée al-Aqsa. D’autres marches de colons sont attendues à al-Aqsa pendant le Ramadan, qui coïncidera avec les fêtes juives.  

Israël a occupé Jérusalem-Est, où se trouve la mosquée al-Aqsa, pendant la guerre des Six Jours en 1967. Son annexion totale en 1980 n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.

La Jordanie est gardienne des lieux saints musulmans de Jérusalem depuis les années 1920. Le site de la mosquée, qui se trouve sur un plateau bordé d’arbres dans la vieille ville, est également vénéré par les juifs qui l’appellent le mont du Temple. 

Les activistes israéliens d’extrême droite ne cessent de réclamer une présence juive accrue sur le site et certains souhaitent que la mosquée al-Aqsa soit détruite pour être remplacée par un troisième temple.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.