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La pyramide « magique » d’Ounas rouvre au public en Égypte après 20 ans de fermeture

Après 20 ans de recherches, de travaux de conservation et de restauration, l’une des pyramides les plus importantes d’Égypte est de nouveau ouverte au public
Une chaussée de 750 m de long relie le temple de la vallée au temple funéraire (ou temple haut) adossé à la face est de la pyramide (MEE/Jo Schietti)

SAQQARAH, Égypte – La pyramide d’Ounas, qui est la plus ancienne à posséder des murs gravés de textes religieux antiques et que l’on considère comme l’une des plus importantes d’Égypte, vient de rouvrir au public.

Ces textes égyptiens anciens sont des « formules magiques » qui recouvrent les parois de l’antichambre (MEE/Jo Schietti)

La réouverture de ce site majeur constitue une rare bonne nouvelle pour les sites du patrimoine égyptien, célèbres dans le monde entier, qui ont vu leur nombre de visiteurs diminuer depuis la révolution de 2011 et après les récentes catastrophes aériennes ayant porté atteinte au tourisme.

À la lisière du champ de pyramides de Saqqarah près du Caire, au sud de la pyramide à degrés de Djéser, s’étend le complexe de la pyramide d’Ounas, le neuvième et dernier souverain de la Ve dynastie qui régna au milieu du XXIVe siècle av. J.-C.

Une chaussée de 750 m de long relie le temple de la vallée au temple funéraire (ou temple haut) adossé à la face est de la pyramide. On peut imaginer ce qui était autrefois une route pavée couverte, aux parois décorées de scènes religieuses et de scènes de la vie quotidienne.

À une extrémité se trouve le temple de la vallée, où l’on réceptionnait les provisions pour le culte du pharaon et où l’on préparait les offrandes. Le temple funéraire, où l’on déposait les offrandes pour le défunt, est situé à l’autre bout de la chaussée.

Édifiée au milieu du complexe funéraire, la pyramide d’Ounas est partiellement en ruine et n’atteint plus que la moitié de sa hauteur d’origine, qui était de 43 m. Une petite colline de blocs et débris juxtaposés pêle-mêle, la pyramide à l’allure banale n’attire pas l’attention, mais la curiosité par rapport à ce qu’elle contient.

La pyramide d’Ounas est partiellement en ruine et n’atteint plus que la moitié de sa hauteur d’origine, qui était de 43 m (MEE/Jo Schietti)

Trois touristes reviennent de leur visite en souriant, suivis de leur guide. « C’est superbe », s’exclame Avis Lewis. « Ce sont parmi les plus beaux hiéroglyphes que j’aie jamais vus. Ils sont bien nets, et certains portent encore des traces de couleur. »

Comme d’autres touristes, Avis Lewis a récemment appris la réouverture de la pyramide après son inauguration fin mai. « Je suis enchantée d’avoir participé à cette visite guidée. Je pense que plus de gens devraient venir », a-t-elle commenté.

C’est l’égyptologue français Gaston Maspero qui, en 1881, avait été le premier à explorer la pyramide d’Ounas – la plus petite des pyramides de l’Ancien Empire, dont le nom antique peut se traduire par « Beaux sont les lieux d’Ounas ». Le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes avait décidé sa fermeture en 1996 après avoir constaté des détériorations causées par l’humidité et les températures élevées dans la chambre funéraire.

Des dégradations causées par la chaleur

Après vingt ans de travaux de conservation et de restauration et l’installation de nouveaux équipements, la pyramide a été rouverte au public, a annoncé Mohamed Youssef, inspecteur en chef de la nécropole de Saqqarah.

« Des appareils qui mesurent l’humidité et la température ont été installés pour en réguler les taux. On a aussi mis en place des lampes LED qui dégagent moins de chaleur », a précisé l’inspecteur. « Nous opérons des contrôles quotidiens pour nous assurer que ces mesures suffiront à sa préservation. »

Ces textes anciens sont interprétés comme marquant le début de la vie dans l’au-delà (MEE/Jo Schietti)

La pyramide est ouverte trois heures par jour, de neuf heures à midi, et on n’admet pas plus de 15 personnes à la fois pour une courte visite. Il s’agit des premières mesures de précaution adoptées pour contrôler l’état du monument.

L’équipe d’inspection de Saqqarah surveille le site de près. « Nous disposerons bientôt d’une nouvel appareil qui pourra lire les données recueillies dans les chambres intérieures et les transmettre à notre bureau », a ajouté Mohamed Youssef.

Ces jours-ci, de nombreux touristes se rendant à Saqqarah demandent à visiter la pyramide d’Ounas.

À l’entrée de la pyramide située sur la face nord, l’égyptologue français Vassil Dobrev ouvre la voie.

Après être descendu d’environ cinq mètres par un passage facile d’accès, le visiteur pénètre dans l’étroit tunnel horizontal, brillamment éclairé, qui mène à l’antichambre.

A l’ouest, la chambre funéraire se distingue par ses Textes des Pyramides uniques et très bien conservés, qui comprennent des instructions pour les rites funéraires et la vie après la mort.

Les hiéroglyphes bien conservés gravés sur les parois de la chambre funéraire mentionnent le roi Ounas (MEE/Jo Schietti)

C’est l’extraordinaire ensemble de hiéroglyphes décorant la chambre inférieure et faisant référence à Ounas qui confère à la pyramide son caractère exceptionnel.

« Ounas a été le premier pharaon à faire inscrire sur les murs de son tombeau ces formules magiques, qui étaient supposées l’aider à ressusciter et monter au ciel », explique Vassil Dobrev en s’approchant du sarcophage noir.

Les visiteurs peuvent admirer un sarcophage bien conservé dans la chambre funéraire (MEE/Jo Schietti)

Citant la première formule sur laquelle devait se poser le regard du roi ressuscité, il souligne que le texte s’adresse au pharaon en ces termes : « Ô Ounas, tu n’es pas parti mort, tu es parti vivant », signalant ainsi le début de la vie dans l’au-delà.

Sur le mur situé derrière la tête d’Ounas, des représentations d’offrandes – de la nourriture, des boissons, et les sept huiles sacrées indispensables à la résurrection – illustrent les denrées nécessaires pour réanimer le cadavre et préparer le roi à ressusciter de sa tombe en vue d’accéder à la vie éternelle, commente l’archéologue.  

Montrant du doigt les multiples étoiles à cinq branches, telles des étoiles de mer peintes sur le plafond de la chambre funéraire et qui représentent probablement les formes humaines simplifiées des rois ressuscités, Vassil Dobrev explique que, comme tous les pharaons, Ounas aspirait à se transformer en étoile dans le but de monter au ciel.

Telles des étoiles de mer, les étoiles à cinq branches qui recouvrent le plafond de la chambre funéraire représentent Ounas aspirant à se transformer en étoile dans le but de monter au ciel (MEE/Jo Schietti)

« Nous sommes ici dans le domaine d’Osiris, le premier roi ressuscité, où Ounas devait séjourner avant de pouvoir monter au ciel », ajoute-t-il.

Des formules magiques pour l’au-delà

Quand on pénètre dans l’antichambre située sous le centre de la pyramide, les parois de la « salle de l’horizon » qu’Ounas aurait eu à traverser présentent des signes et des formules joliment incisés et peints en bleu.

Des dessins et des motifs colorés couvrent chaque centimètre carré de la chambre funéraire (MEE/Jo Schietti)

Quelque 230 formules magiques se déroulent le long du couloir, de l’antichambre et de la chambre funéraire de la pyramide.

Quand on se tient au pied du couloir qui conduit à l’entrée et que l’on regarde vers le nord, il faut s’imaginer que c’est par là qu’Ounas aurait finalement atteint le ciel. C’est le chemin du monde supérieur, que l’égyptologue compare à une « rampe de lancement pour fusée ».

Mais auparavant, Ounas aurait dû se rendre dans la « salle du jugement », située à l’est, où – selon Vassil Dobrev – il aurait rendu compte de ses actes à Osiris, le dieu de la transition, en présence de témoins. Exiguë et sensiblement modeste, cette troisième salle n’a que des murs nus, impliquant que le pharaon ne pouvait plus être aidé par des inscriptions. Osiris déciderait si Ounas resterait dans le monde souterrain ou s’il rejoindrait Râ, le roi des dieux.

La réouverture de la pyramide d’Ounas s’inscrit dans le cadre d’un vaste plan du ministère égyptien des Antiquités visant à ouvrir au public un plus grand nombre de sites archéologiques pour attirer les touristes.

« Nous projetons de rendre accessibles au public d’autres sites de la nécropole d’Abousir, comme la tombe du vizir Ptahshepsès et les pyramides de Sahourê et de Néferirkarê », a déclaré Sabry Farag, directeur des nécropoles de Saqqarah et Abousir.

Traduit de l’anglais (original) par Maït Foulkes.