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Le recrutement à l’étranger de l’État islamique a chuté de 90 %, selon un général américain

Un commandant des forces aériennes américaines a annoncé que seulement 200 combattants étrangers par mois rejoignent l’État islamique en Irak et en Syrie, contre 2 000 au même moment l’année dernière
Capture d’une vidéo de recrutement de l’État islamique qui aurait été tournée en Irak ou en Syrie

Le recrutement de combattants étrangers par l’État islamique a chuté de 90 % au cours de l’année écoulée, a annoncé un haut commandant des forces aériennes américaines qui combat le groupe en Syrie et en Irak.

Peter Gersten, commandant adjoint des opérations et du renseignement pour la campagne dirigée par les États-Unis, affirme qu’aujourd’hui, seulement 200 combattants étrangers affluent tous les mois en Irak et en Syrie pour rejoindre l’État islamique, contre 1 500 à 2 000 combattants au même moment l’année dernière.

Le commandant n’a pas mentionné la Libye, où la menace de l’État islamique a grandi au cours des derniers mois.

« Nous constatons une augmentation du taux de désertion parmi les combattants [de l’État islamique], a déclaré Gersten. Nous assistons à une rupture de leur moral. »

D’après le commandant, de plus en plus de rapports font état de désertions, certains combattants allant jusqu’à se déguiser en femmes pour s’échapper des territoires contrôlés par l’État islamique ; il s’agit selon lui d’un signe que les campagnes de bombardement dirigées par les États-Unis contre les militants ont gagné en efficacité.

Les avions de la Russie et du gouvernement syrien ont également bombardé des territoires contrôlés par l’État islamique en Syrie et ont récemment chassé le groupe de Palmyre, tandis que l’armée irakienne et les peshmergas kurdes irakiens, avec l’aide américaine, ont commencé un assaut sur Mossoul, capitale de facto des militants en Irak, tombée en 2014.

En février, les services de renseignement américains ont révisé leurs estimations et affirmé que le nombre de combattants de l’État islamique en Irak et en Syrie avait diminué, passant de 31 000 à environ 25 000.

Certains analystes ont laissé entendre que cette évolution pouvait aussi signifier un changement de tactique, alors que les militants appellent de plus en plus leurs partisans à rester dans leur pays d’origine et à y mener des attaques semblables aux attentats de Paris de l’an dernier ou à ceux de Bruxelles de mars 2016. Kyle Orton, analyste et chercheur à la Henry Jackson Society, a cependant expliqué à Middle East Eye que la situation n’était « pas aussi simple que d’imaginer que l’État islamique subit des défaites dans ses fiefs et attaque ainsi à l’extérieur ».

« Les attaques extérieures ont toujours fait partie intégrante de ce qu’est l’État islamique et de ce qu’il fait, a précisé Orton. Les attaques extérieures sont conçues comme des outils de propagande visant à attirer plus de recrues en démontrant la puissance de l’État islamique, mais aussi comme un outil de dissuasion, car elles sont destinées à empêcher les autres pays d’intervenir dans des attaques contre le groupe. »

La perturbation de la voie turque

Sam Heller, écrivain et analyste basé à Beyrouth, a également indiqué à MEE que « l’affaiblissement du recrutement de combattants étrangers était en grande partie dû à la perturbation des voies transfrontalières turques et au détournement des combattants étrangers vers d’autres champs de bataille de l’État islamique » tels que la Libye.

L’annonce intervient quelques jours après l’apparition d’une vidéo de recrutement de l’État islamique mettant en vedette des combattants âgés et adolescents sur les réseaux sociaux et les sites du groupe militant.

Dans la vidéo, le fond musical comporte des chants affirmant que rejoindre le djihad « est la meilleure chose qui puisse vous arriver », tandis que des hommes âgés expliquent comment rejoindre l’État islamique les a aidés à se sentir à nouveau jeunes.

La vidéo explique aussi aux combattants du groupe que la victoire ne viendra pas « [en récupérant] Palmyre ou al-Chaddadeh », deux villes syriennes récemment perdues par l’État islamique, mais en continuant de suivre un chemin tracé, ou « manhaj ».

Deux hommes (un jeune et un plus âgé) mis en scène dans une récente vidéo de recrutement de l’État islamique

On voit un vieil homme s’adresser aux musulmans et les inviter à se joindre à la cause du groupe : « Comment se fait-il que je sois venu à mon âge, alors que vous, qui êtes jeunes et en bonne santé, vous abstenez encore de participer au djihad ? »

« Je demande à Dieu Tout-Puissant de mettre fin à ma vie sur cette terre. »

Un membre adolescent de l’État islamique s’adresse également à de potentielles recrues et raconte qu’il a rejoint le groupe à seulement 14 ans et a ensuite servi comme gardien à « l’aéroport militaire de Deir ez-Zor, jusqu’à ce que Dieu [lui] ait accordé l’honneur de prendre part à une mission suicide ».

Kyle Orton a décrit la vidéo comme une nouvelle « donnée » indiquant que l’État islamique perd du terrain. « Ils ont déjà utilisé des enfants soldats auparavant, mais l’apparition de personnes âgées est quelque chose de nouveau. »

Sam Heller précise toutefois que le ton est nuancé et que la vidéo ne doit pas nécessairement être considérée comme un signe de désespoir grandissant.

« Cette vidéo [n’est pas] extrêmement différente ou significative. J’ai déjà observé ce trope du jeune et de l’homme âgé ailleurs et dans d’autres factions », a-t-il expliqué.

« C’est un stratagème visant à recruter, mais je ne pense pas qu’il s’agisse nécessairement d’un signe de faiblesse. »

Les propos sur Palmyre étaient cependant « véritablement défensifs, puisqu’ils essaient de rassurer leurs fans suite à une série de pertes, et tempèrent également les attentes selon lesquelles ils récupéreraient rapidement ces territoires ».

L’État islamique s’est propagé dans des pans entiers de territoire en Syrie et en Irak à l’été 2014.

Alors qu’une coalition contre l’État islamique dirigée par les États-Unis a été mobilisée contre les militants plus tard au cours de cette même année et qu’environ 12 000 bombes ont depuis été larguées sur des cibles de l’État islamique, le groupe continue de contrôler un territoire important dans l’est de la Syrie et dans l’ouest de l’Irak.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.