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Les assyriens de Turquie en grève de la faim pour la reconnaissance du génocide de 1915

En Turquie, les assyriens exigent la reconnaissance du massacre, et s’inquiètent des persécutions auxquelles ils continuent de faire face au Moyen-Orient
Des assyriens en grève de la faim dans la province de Mardin, au sud est de la Turquie (ANF)

Mercredi, dans le sud-est de la Turquie, des activistes assyriens ont entamé le troisième jour d’une grève de la faim de quatre jours, appelant à la reconnaissance du génocide dont ils ont été victimes.

Les assyriens ont débuté leur grève de la faim lundi dans le district de Midyat, province de Mêrdîn, exigeant la reconnaissance du génocide assyrien (connu également sous le nom de Sayfo), il y a un siècle.

Des représentants de syndicats turcs et du Parti démocratique du peuple (HDP), pro-kurde, ont rendu visite aux grévistes de la faim mercredi afin d’exprimer leur soutien à leur cause.

Aynur Özgün, membre de l’Assemblée des femmes syriaques, a déclaré que ce n’était « ni la première grève, ni la dernière », ajoutant que leur lutte durait depuis plus de vingt-cinq ans pour la reconnaissance tant du génocide que des droits du peuple assyrien en tant que communauté.

Des grèves de la faims avaient par le passé également été organisées au sein des communautés de la diaspora à travers l’Europe.

On estime que jusqu’à 300 000 assyriens (des chrétiens connus également sous les noms de syriaques et chaldéens, selon la dénomination religieuse) ont été tués au cours du génocide – qui s’est produit en même temps que les massacres des Arméniens et des Grecs – supposément perpétré par l’administration révolutionnaire des Jeunes-Turcs, au pouvoir à la veille du trépas de l’Empire ottoman.

Les premiers massacres d’assyriens auraient eu lieu au sud-est de l’actuelle Turquie (Diyabakir), là où la grève de la faim se déroule, et auraient impliqué le meurtre de tous les assyriens mâles de Mêrdîn.

Tout comme le génocide arménien, dont on parle davantage, la reconnaissance du génocide assyrien est un sujet hautement controversé en Turquie.

En 2010, l’inauguration en Australie d’un monument érigé en hommage au génocide assyrien avait été condamnée par le ministre turc des Affaires étrangères, qui l’avait accusée de « travestir l’histoire et diffamer la Turquie ».

Le monument fut par la suite saccagé et vandalisé avec l’inscription : « Au diable les Arméniens, les assyriens et les juifs ».

Mardi, le patriarche chrétien maronite du Liban, Bichara Rai, a appelé la Turquie a reconnaître à la fois le génocide assyrien et celui des Arméniens.

« La cérémonie qui aura lieu [le 24 avril] en Arménie a pour objet de sanctifier les martyrs », a déclaré le patriarche Rai à la presse depuis l’aéroport de Beyrouth avant de se rendre à une commémoration marquant le 100e anniversaire des tueries de masse.

« Nous prions pour tous les martyrs qui ont été tués, fussent-ils arméniens, assyriens ou syriaques, qui ont péri lors de ce grand désastre. »

Une communauté ancienne

Les communautés assyriennes les plus nombreuses au monde se trouvent, outre aux Etats-Unis, en Syrie et en Irak, où ils ont vécu depuis l’établissement de l’ancien royaume d’Assyrie en 2 500 avant Jésus Christ.

Or l’émergence de l’Etat islamique et son hostilité envers les assyriens a renouvelé les peurs de cette communauté, parmi les plus anciennes du Moyen-Orient.

L’Etat islamique a été impliqué dans des massacres contre les assyriens en Irak et en Syrie, leur demandant souvent de choisir entre le paiement de la jizya (un impôt prélevé sur les non-musulmans), la conversion à l’islam, ou la mort.

Des rapports font aussi état de la destruction par l’Etat islamique d’anciens sites historiques assyriens, telle la ville de Nimrud au nord de l’Irak.

Certains assyriens sont allés jusqu’à s’organiser en milices, à l’instar du Conseil militaire syriaque (MFS) dans le nord de la Syrie, qui œuvre en tandem avec l’Unité de protection du peuple kurde (YPG) pour défendre les minorités et organiser l’administration politique locale.

Suite à l’assaut donné contre les communautés assyriennes dans le nord de la Syrie, l’Union syriaque européenne (ESU) a exhorté la communauté internationale à intervenir en soutien à la résistance contre l’Etat islamique.

« L’ESU appelle l’Union européenne, ses Etats membres et les Etats-Unis d’Amérique à soutenir les forces politiques et militaires du peuple syriaque en Syrie et dans d’autres pays du Moyen-Orient », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

« Sans le peuple chrétien syriaque au Moyen-Orient, la démocratie et le pluralisme ne sont pas possibles. »
 

Traduction de l'anglais (original).