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« Tout le monde parle d’elle » : la championne de tennis Ons Jabeur fait la fierté de son village natal en Tunisie

Même si elle s’est inclinée en finale du tournoi de Wimbledon samedi, la Tunisienne de 27 ans est une star dans son village, où l’on salue sa détermination alors que le sport de haut niveau est peu soutenu par les pouvoirs publics
La tenniswoman tunisienne Ons Jabeur retourne le service de son adversaire, la Kazakhstanaise Elena Rybakina, en finale du tournoi simple dames de Wimbledon, le 9 juillet 2022 à Londres (AFP)
La tenniswoman tunisienne Ons Jabeur retourne le service de son adversaire, la Kazakhstanaise Elena Rybakina, en finale du tournoi simple dames de Wimbledon, le 9 juillet 2022 à Londres (AFP)
Par
KSAR HELLAL, Tunisie

Vendredi, à environ 24 heures de la finale du tournoi simple dames de Wimbledon, à laquelle la Tunisienne Ons Jabeur s’apprête alors à participer, le silence règne dans sa ville natale de Ksar Hellal, sur la côte nord-est de la Tunisie.

Ksar Hellal est une petite ville commerçante, avec des maisons blanches parfois protégées par des rideaux flottants, et des routes irrégulières à moitié pavées. Le père d’Ons Jabeur, aujourd’hui à la retraite, tenait une boutique de tissus dans le petit centre-ville. Son oncle, Mohamed Jabeur, possède une petite boutique d’appareils électriques au milieu de ces rues identiques – pour ceux qui ne sont pas d’ici.

Photo d’enfance d’Ons Jabeur (Fairouz ben Salah)
Photo d’enfance d’Ons Jabeur (Fairouz ben Salah)

Affichant un large sourire, il raconte ses souvenirs d’Ons Jabeur. « Elle est extrêmement courageuse, énergique et déterminée », confie Mohamed Jabeur à Middle East Eye. « Profondément attachée à son pays, elle supportait le club de football local. »

Malgré une défaite en finale du tournoi féminin de Wimbledon samedi 9 juillet, l’ascension d’Ons Jabeur a eu un impact énorme dans son pays.

Benjamine d’une fratrie de quatre enfants, Ons a participé aux cours de tennis de ses grands frères « dès l’âge de 3 ou 4 ans », précise Mohamed. 

« Ses parents ont fait tout leur possible pour la soutenir et ont parfois dépensé plus d’argent qu’ils n’en avaient. Pourtant, on ne s’attendait pas à ce qu’elle aille loin. On ne pouvait tout simplement pas imaginer qu’elle pourrait rivaliser avec des adversaires venant de pays qui, contrairement à la Tunisie, investissent dans le sport. »

Un « effet Ons Jabeur »

Quand Ons était enfant, il n’y avait pas de club de tennis à Ksar Hellal. Pour qu’elle puisse s’entraîner, ses parents la conduisaient à Monastir et à Sousse, deux villes voisines.

Mohamed constate toutefois l’émergence d’un « effet Ons Jabeur » à travers la ville depuis qu’elle est devenue une star.

« Maintenant, il y a environ trois ou quatre clubs de tennis, tous des initiatives privées. Les habitants font pression sur l’État en vain depuis des années pour qu’il construise un court de tennis plus professionnel », explique-t-il.

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Selon Nour, 22 ans, la fille de Mohamed, l’effet Ons Jabeur ne s’arrête pas au tennis.

« Ons est un véritable modèle », affirme-t-elle à MEE. « D’autres jeunes essaient de la copier. Elle inspire les jeunes, elle leur donne de l’espoir et les rend plus ambitieux. Pas seulement dans le sport, mais aussi pour le travail, dans tout. »

Nour explique que le succès de sa cousine s’est répercuté sur son propre statut social.

« Tout le monde parle d’elle. Les gens veulent savoir comment elle va et demandent des nouvelles d’elle. Mais je ne parle pas à Ons tous les jours car elle est le plus souvent à l’étranger et extrêmement occupée », explique-t-elle.

À Ksar Hellal, l’évocation d’Ons Jabeur provoque une réaction chez la plupart des habitants, immensément fiers du succès de ce talent local.

« Je suis une grande fan et je la suis sur Instagram », affirme à MEE Amel Bouazizi, vendeuse.

Mohamed Jabeur dans sa boutique à Ksar Hellal (Fairouz ben Salah)
Mohamed Jabeur dans sa boutique à Ksar Hellal (Fairouz ben Salah)

« Elle nous rend fiers et présente une image positive de la femme tunisienne. Le fait de voir sa réussite nous donne le moral. Ons nous permet de croire que tout est possible. »

Mais Amel n’est pas certaine de pouvoir regarder le match. « Les chaînes qui diffusent le match sont trop chères », déplore-t-elle.

Dans un café pour jeunes situé à la sortie de Ksar Hellal, Hassine Dia Eddine, étudiant, prend du bon temps avec des amis. Il a prévu de regarder le match dans un bar avec des cousins et des amis.

« Ce qu’elle a accompli est incroyable »

« Ons est notre superstar. Ce qu’elle a accompli est incroyable. Elle fait honneur à la Tunisie au niveau international. Sa présence a contribué à relancer le tourisme. »

La Fédération tunisienne de tennis indique avoir vu le nombre de pratiquants tripler au cours des dernières années, même si le football reste le sport numéro un en Tunisie.

Beaucoup ont découvert le tennis lorsque les médias ont commencé à parler des exploits d’Ons Jabeur.

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« Tout à coup, Ons est apparue dans tous les médias. J’ai donc commencé à la suivre », raconte Hassine Dia Eddine.

L’étudiant doute que d’autres jeunes Tunisiens puissent connaître le même succès.

« Notre gouvernement ne fait pas la promotion du sport et n’investit pas dedans. C’est un obstacle majeur au sport international de haut niveau », souligne-t-il.

En attendant, les plus âgés savourent les victoires d’Ons Jabeur comme si elle était leur propre enfant.

« C’est ma fille », affirme à MEE Lotfi, un ancien soldat. « C’est une fille de la Tunisie. Une vraie championne. Les ressources financières sont importantes, mais tout est question de motivation. Quand il y a de la volonté, c’est possible. »

Il regardera la finale à la maison. « Ce sera un grand match. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation