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La Turquie se prépare à un second tour entre Erdoğan et Kılıçdaroğlu

Pour la présidentielle, l’ultranationaliste Sinan Oğan a créé la surprise en remportant 5 % des voix. Pour les législatives, l’AKP et le MHP devraient conserver leur majorité au Parlement
Un partisan de Kemal Kılıçdaroğlu attend avec inquiétude les résultats du vote, le 14 mai 2023 à Ankara (AFP)
Un partisan de Kemal Kılıçdaroğlu attend avec inquiétude les résultats du vote, le 14 mai 2023 à Ankara (AFP)
Par Ragip Soylu à ANKARA/ISTANBUL, Turquie  et Yusuf Selman Inanc et Elis Gjevori

Ni le président Recep Tayyip Erdoğan ni son adversaire Kemal Kılıçdaroğlu n’ayant remporté plus de la moitié des voix dimanche, la Turquie organisera un second tour de l’élection présidentielle le 28 mai.

Les électeurs ont également voté pour le Parlement : le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir d’Erdoğan et le Parti d’action nationaliste (MHP), alliés, sont sur la bonne voie pour conserver leur majorité.

Erdoğan était confronté au défi électoral le plus difficile depuis des années, face à Kılıçdaroğlu à la tête d’une alliance de partis d’opposition. Avant le vote, les deux candidats étaient au coude-à-coude dans les sondages.

L’agence Anadolu, qui a suivi les résultats, a mis Erdoğan à 49,59 % et Kılıçdaroğlu à 44,67 % sur un total de 94,24 % des bulletins.

Des supportrices de l’AKP attendent les résultats des votes dans la rue à Istanbul, le 14 mai 2023 (AFP/Umit Turhan Coskun)
Des supportrices de l’AKP attendent les résultats des votes dans la rue à Istanbul, le 14 mai 2023 (AFP/Umit Turhan Coskun)

« Je félicite tous mes concitoyens qui ont voté au nom de la démocratie et ont pris part à l’élection, et j’exprime ma gratitude à chacun d’entre eux », a tweeté Erdoğan au moment du comptage des voix.

« Vous entravez la volonté de la Turquie. Mais vous ne pouvez pas empêcher ce qui va advenir, nous n’accepterons jamais le fait accompli », a prévenu Kılıçdaroğlu.

Le Conseil électoral a déclaré que le vote s’était bien déroulé.

Un taux de participation particulièrement élevé

La surprise a été créée par un troisième candidat, Sinan Oğan de l’alliance ATA (ultra-nationaliste) et dissident du MHP, qui a remporté environ 5% des voix. Il s’apprête à les négocier sans préciser avec qui. Reste donc à savoir s’il soutiendra Erdoğan ou Kılıçdaroğlu lors du second tour.

« Nous voyons qu’il y a une forte probabilité que l’élection se joue au second tour. Les nationalistes turcs et les kémalistes sont la clé de cette élection », a-t-il déclaré.

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Environ 60 millions de citoyens turcs auraient voté pour cette élection éclipsée par les deux tremblements de terre majeurs survenus en février, qui ont tué plus de 50 000 personnes, et une crise aiguë du coût de la vie.

Si le taux de participation est traditionnellement élevé lors des élections en Turquie, celui de cette année a été particulièrement élevé. Le taux de participation, semble-t-il proche de 90 %, n’a pas été communiqué officiellement.

De grandes villes comme Istanbul, Ankara, Izmir et Antalya sont stratégiques. À Istanbul, de longues files d’électeurs ont été aperçues devant les bureaux de vote dès les premières heures.

Les foules du quartier de Fatih, un bastion du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, ont clairement soutenu le président.

« Nous ne pouvons pas abandonner Erdoğan », a témoigné Busra Yavuz, un électeur, à Middle East Eye.

À Maltepe, une région connue pour son soutien au Parti républicain du peuple (CHP) de Kılıçdaroğlu, l’atmosphère était radicalement différente.

« Aujourd’hui, nous marquons le début du printemps », a déclaré Ayhan Isil, un enseignant à la retraite, en faisant référence au slogan principal de la campagne du CHP : « Les printemps fleuriront ».

« Je ne voulais plus d’Erdoğan. Il est au pouvoir depuis vingt ans »

-  Mustafa Arslan, électeur à Diyarbakır

Dans le sud à majorité kurde, des électeurs ont déclaré à MEE qu’ils s’étaient retournés contre Erdoğan.

« J’ai décidé au dernier moment », a confié Mustafa Arslan à Diyarbakır. « Je ne voulais plus d’Erdoğan. Il est au pouvoir depuis vingt ans. Cette fois, j’ai donné mon vote à Kılıçdaroğlu. »

Pendant le comptage des voix dimanche soir, l’opposition a commencé à affirmer que l’agence officielle Anadolu déformait les résultats et que l’AKP contestait les résultats partout où il perdait.

Les premiers résultats d’Anadolu ont montré une large avance pour Erdoğan, qui s’est rétrécie au cours de la nuit. Le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, a déclaré que l’agence de presse était dans un « état végétatif » et qu’elle publiait ses données de sorte à placer délibérément Erdoğan en tête.

Erdoğan et Kılıçdaroğlu ont tous deux exhorté leurs observateurs à garder les urnes jusqu’à ce que les résultats soient finalisés.

Vers un scénario inchangé au Parlement

Dans la course parlementaire, l’AKP et le MHP semblaient bien partis pour conserver leur majorité. Ils devraient remporter 323 sièges sur 600 avec 89 % des voix comptées.

Le MHP, en particulier, a dépassé les attentes en obtenant plus de 10 % des voix.

Sur la base des données de l’agence Anadolu, une analyse préliminaire des votes dans les bastions de l’AKP suggère que le candidat ultranationaliste Sinan Oğan a réussi à arracher des votes dans les bases d’Erdoğan et de Kılıçdaroğlu, dans des endroits connus pour leurs penchants conservateurs et historiquement nationalistes.

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Alors que l’électorat nationaliste d’Oğan devrait être courtisé au cours des quinze prochains jours, la rhétorique anti-syrienne de la Turquie pourrait s’intensifier.

La présence de 3,7 millions de réfugiés syriens est devenue un sujet sensible parmi les électeurs, ce qui a incité Kılıçdaroğlu à promettre des rapatriements rapides et Erdoğan à commencer à normaliser les relations avec le président syrien Bachar al-Assad, ennemi de longue date.

Environ 220 000 Syriens ayant obtenu la nationalité turque ont voté dimanche.

« Je pense qu’Erdoğan est la bonne personne pour que les réfugiés syriens vivent en paix en Turquie », a déclaré Yahya, un étudiant de 25 ans.

L’opposition « nous traite comme si nous étions d’une classe inférieure, comme si nous étions des ignorants, et nous ne pouvons pas être comme eux », a-t-il ajouté. « Ils veulent que nous quittions ce pays et nous renvoyer en Syrie. Cela mettrait des gens comme moi en danger et nous ferait retourner des années en arrière. »

Traduit de l’anglais (original).

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