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Alger attaque Paris pour avoir interdit une manifestation de la diaspora

Un rassemblement à Paris pour rendre hommage aux combattants algériens morts pendant la guerre de libération a été interdit dimanche 18 février par la préfecture de police et vivement dénoncé par l’extrême droite
Manifestation pro-hirak à Paris, le 21 février 2021 (AFP/Anne-Christine Poujoulat)
Manifestation pro-hirak à Paris, le 21 février 2021 (Anne-Christine Poujoulat/AFP)
Par MEE

« Un rassemblement inédit des Algériens à Paris […] pour exprimer haut et fort leur attachement à l’histoire de leur pays ne peut qu’être interdit par les autorités françaises, dont la position sur la question mémorielle n’a pas évolué d’un iota, faisant encore dans la confusion entre l’agressé et l’agresseur, le colonisateur et le colonisé. »

Alger, via l’agence de presse officielle l’APS, n’a pas apprécié que la préfecture de police de Paris interdise, dimanche 18 février, la manifestation qui devait être organisée pour la commémoration de la Journée nationale du chahid, martyr, nom donné aux combattants algériens morts pendant la guerre de libération contre la France (1954-1962).

Une autre manifestation devait aussi se tenir le même jour pour commémorer le déclenchement du hirak, vaste mouvement de protestation ayant conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, en février 2019.

Au nom de « risques de troubles graves à l’ordre public », le préfet de police avait aussi interdit cette dernière.

« Aux côtés de très nombreuses personnes, qui se sont donné rendez-vous ce dimanche, vous avez démenti tous les pronostics, prouvant une énième fois votre attachement à la mère patrie et prouvant ainsi que l’Algérie est une et indivisible », poursuit l’APS.

Sur les réseaux sociaux, une vidéo montre qu’une quinzaine de personnes s’étaient retrouvées, malgré l’interdiction, place de la Nation, avant que des policiers interviennent. Des images ont aussi été partagées d’un petit rassemblement tenu à Marseille.

La commission d’historiens s’est réunie à quatre reprises

Le président Abdelmadjid Tebboune, qui pourrait se rendre cette année en France pour une visite d’État bien qu’aucune date n’ait encore été fixée, a fait un discours à l’occasion de cette journée le 17 février, sans commenter la relation bilatérale.

Dans les faits, une commission mixte franco-algérienne, composée de dix historiens français et algériens, et coprésidée par Benjamin Stora et le chercheur algérien Mohamed Lahcen Zighidi, s’est réunie à quatre reprises.

La création de cette commission avait été annoncée en août 2022 à Alger par les présidents français et algérien dans le but de « regarder ensemble cette période historique » du début de la colonisation française (1830) jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1962).

En France, la perspective d’un manifestation en hommage aux Algériens tués pendant la guerre d’indépendance a aussi ulcéré l’extrême droite.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN, extrême droite) et député européen, avait interpellé le ministre de l’Intérieur sur X en jugeant que cet « hommage aux terroristes du FLN algérien » était une « insulte » à la France.

Marion Maréchal, candidate aux élections européennes pour Reconquête!, le parti politique d’extrême droite fondé en 2021 pour soutenir la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle, a aussi réagi sur X en s’en prenant à la journaliste algérienne qui a relayé l’appel pour ce rassemblement.

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