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Égypte : les autorités enlèvent les emblématiques maisons flottantes du Nil au Caire

Les autorités disent chercher à restaurer « le décor civilisé » du Nil dans les zones touristiques du Caire et de Gizeh
Un Égyptien sur le balcon de sa maison flottante, dans une communauté située à Agouza, sur la rive de Gizeh sur le Nil, le 27 juin 2022 (AFP)
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Les autorités égyptiennes ont achevé la suppression de toute une communauté de maisons flottantes sur les rives du Nil au Caire, le préavis officiel étant arrivé à échéance lundi.

Depuis un mois, l’Administration centrale pour la protection du Nil et la police fluviale s’étaient attelées à l’enlèvement de 32 maisons flottantes à Kit Kat dans le quartier de Gizeh de la capitale.

Certains habitants vivaient dans ces maisons flottantes depuis des dizaines d’années, s’occupant de leur jardin et voyant leurs enfants et petits-enfants grandir le fleuve.

« Je suis comme un poisson dans l’eau ; si je pars d’ici, je mourrai. J’ai vendu tout ce que je possédais pour acheter cette maison flottante » 

- Ekhlas Helmy, habitante d’une maison flottante

Ces 32 maisons flottantes occupaient une bande étroite de la rive du Nil sur près d’un kilomètre jusqu’au pont d’Imbaba.

Manar, architecte, et sa mère Nahed vivaient dans la maison flottante numéro 39.

Manar explique à Middle East Eye que son père, vétéran qui a combattu en 1973 contre Israël, avait investi sa prime de fin de service dans l’armée et vendu deux appartements pour acquérir cette maison flottante en 2017.

« J’ai emballé toutes nos affaires il y a quatre mois. J’avais toujours rêvé d’habiter dans une maison flottante quand j’étais enfant, lorsque j’allais pêcher sur le Nil, mais mon rêve s’est transformé en cauchemar », confie-t-elle.

« Je pense que lorsque je quitterai ma maison flottante, ce sera le dernier jour de ma vie. » 

« Déplacement »

Les autorités égyptiennes ont proposé aux habitants d’obtenir des licences commerciales (en temps normal achetées par les cafés et restaurants) pour conserver leurs maisons flottantes à leur place, mais ils ont refusé.

Ahdaf Soueif, romancière égypto-britannique qui vit dans la maison flottante numéro 53, a rapporté à MEE que les autorités avaient coupé l’eau et l’électricité ces derniers jours, qualifiant les ordres de démolition de « décisions de déplacement ».

« Ma maison flottante est une propriété privée. Je paie au gouvernement une licence de navigation et la protection du Nil chaque année. Nous vivons ici, ce sont nos maisons », insiste-t-elle.

https://twitter.com/ORHamilton/status/1543885672108511237?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E15438856721085112

Traduction : « Ce processus a été défini par une asymétrie totale de l’information. En vérité, aucun des habitants n’a eu la moindre information lors de cette réunion, ils cherchaient désespérément des faits auxquels se raccrocher. J’en reparlerai plus en détail plus tard. Mais d’abord, nous devons finir de fermer boutique.

Ils ont pris notre maison. »

Lundi, la maison flottante d’Ahdaf Soueif a été enlevée ainsi que les maisons restantes. Elle a tweeté une photo de son jardin où elle avait planté un olivier en souvenir de ses voyages en Palestine.

Ekhlas Helmy, la plus ancienne habitante des maisons flottantes, y est née et y a vécu toute sa vie.

« Je suis comme un poisson dans l’eau ; si je pars d’ici, je mourrai. J’ai vendu tout ce que je possédais pour acheter cette maison flottante. J’ai 88 ans et je voulais finir ma vie dans cette maison flottante », regrette-t-elle auprès de MEE.

Une communauté autrefois florissante

Lundi matin, une réunion de dernière minute entre les habitants et les responsables au ministère de la Justice n’a pas résolu le problème de l’enlèvement des maisons flottantes. Cependant, certains habitants pourraient entreposer leurs maisons flottantes jusqu’à ce que les autorités les autorisent à déménager dans un autre endroit sur le Nil.

Les maisons flottantes égyptiennes étaient autrefois une communauté florissante sur le Nil, où vivait l’élite de la société.

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Avant les années 1960, près de 600 maisons flottantes stationnaient dans le quartier huppé de Zamalek, abritant écrivains, musiciens, personnalités médiatiques, espions britanniques et allemands et hommes politiques.

Cependant, les Égyptiens ont commencé à abandonner les maisons flottantes quand le gouvernement a décidé dans les années 1960 de les déplacer au nord du fleuve près d’Imbaba, l’un des quartiers de la classe ouvrière du Caire.

Les autorités égyptiennes indiquent que l’enlèvement des maisons flottantes s’inscrit dans un projet de développement de la corniche du Nil visant à créer des chemins de promenade sur les rives.

Ayman Anwar, directeur de l’Administration centrale pour la protection du Nil, a indiqué à la presse locale que le projet avait pour objectif de restaurer le paysage civilisé du Nil, dans les zones du Caire et de Gizeh, qui sont considérées comme des attractions touristiques.

« Ces maisons flottantes nuisent au décor civilisé. Elles n’ont pas d’autorisations pour être amarrées sur le Nil et elles seront enlevées… tandis que les maisons flottantes touristiques resteront en place », a-t-il précisé.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.