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Gaza : Israël a refusé des soins de santé vitaux à « deux enfants palestiniens par jour » en 2023

Près de 400 enfants malades de Gaza ont été privés de la possibilité de quitter l’enclave sous blocus pour la Cisjordanie en six mois, dénonce Save the Children
Un enfant est assis devant chez lui dans le camp de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza (Reuters)
Par Maha Hussaini à GAZA, Palestine occupée

Les autorités israéliennes ont privé de soins de santé vitaux près de 400 mineurs palestiniens à Gaza au cours du premier semestre 2023, selon un récent rapport de Save the Children.

En moyenne chaque mois, 60 jeunes patients n’ont pas été autorisés à se rendre en Cisjordanie occupée pour recevoir d’urgence des soins médicaux, ce qui équivaut à plus de deux enfants par jour.

Ces refus ont privé les enfants d’interventions chirurgicales cruciales et de médicaments nécessaires de toute urgence, qui ne sont pas disponibles dans l’enclave sous blocus.

« Refuser des soins de santé aux enfants est inhumain et constitue une violation de leurs droits. »

- Jason Lee, directeur de Save the Children en Palestine

« Certains des enfants sont désespérément malades et n’ont d’autre choix que de quitter Gaza pour survivre », a déclaré Jason Lee, directeur de Save the Children dans les territoires palestiniens occupés, dans un communiqué.

« Refuser des soins de santé aux enfants est inhumain et constitue une violation de leurs droits. »

L’ONG basée à Londres a précisé qu’au cours du seul mois de mai, les autorités israéliennes avaient rejeté ou laissé sans réponse 100 demandes d’autorisation de sortie via le poste-frontière de Beit Hanoun (Erez) contrôlé par Israël, au nord de la bande de Gaza.

Au cours du même mois, du 9 au 13 mai, au moins 7 enfants ont été tués dans une attaque israélienne contre Gaza qui a fait 33 morts au total dans la bande côtière.

Morts en attendant leur permis de sortie

En raison du grave manque d’équipement et de personnel médical, un nombre important de patients de Gaza, notamment ceux atteints de cancer et de maladies chroniques, doivent obtenir des renvois vers des spécialistes garantis par l’Autorité palestinienne (AP) pour se faire soigner en Cisjordanie occupée ou en Israël.

Après avoir reçu les accords et les fonds nécessaires pour leur traitement médical, les patients doivent demander un permis de sortie à Israël afin de pouvoir quitter la bande côtière par Beit Hanoun, le seul passage terrestre pour les Palestiniens voyageant entre Gaza et le reste des territoires palestiniens occupés.

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Un patient sur dix ayant demandé un permis de sortie de Gaza meurt dans les six mois après sa première demande.

Ils doivent attendre près de cinq semaines avant que chaque demande ne soit traitée par les autorités israéliennes.

En 2022, trois enfants palestiniens sont morts après avoir attendu pendant des mois une autorisation de sortie israélienne qui leur aurait permis de traverser la frontière et de bénéficier de soins médicaux vitaux en Cisjordanie occupée. Parmi eux figuraient Salim al-Nawati, 16 ans, atteint de leucémie, et Fatima al-Masri, 19 mois.

Cette dernière, qui souffrait d’une communication interauriculaire (trou dans le cœur), née après huit ans de mariage, est décédée pendant que ses parents essayaient de lui obtenir un permis de sortie, sans réponse des autorités israéliennes à cinq de leurs demandes.

« J’ai soumis la première demande fin [2021] et j’ai obtenu un rendez-vous le 26 décembre, mais peu avant cette date, j’ai reçu un SMS m’informant que sa candidature était en cours d’examen », a déclaré à Middle East Eye le père de l’enfant, Jalal.

« J’ai refait les mêmes démarches prolongées pour présenter une autre candidature et j’ai obtenu un autre rendez-vous le 13 février. Trois jours avant le rendez-vous, j’ai de nouveau reçu le même message. J’ai donc déposé une troisième candidature pour obtenir un autre rendez-vous le 6 mars, qui a été retardé jusqu’au 27 mars puis au 5 avril. Fatima est décédée onze jours avant cette date. »

Restrictions en matière de soins de santé

Dévasté par seize ans de blocus mené par Israël et des attaques militaires récurrentes, le système de santé de Gaza est confronté à d’immenses défis, alors que les importations de fournitures médicales, d’équipements et de médicaments vitaux sont sévèrement restreintes par Israël.

Selon le ministère palestinien de la Santé à Gaza, environ 224 médicaments (43 % de la liste des médicaments essentiels) et 213 produits médicaux jetables (25 % de la liste des produits essentiels) étaient en rupture de stock en mai.

Alors que l’AP accorde chaque année à des dizaines de milliers de patients des autorisations médicales pour la consultation de spécialistes en dehors de Gaza, près d’un tiers d’entre eux se voient refuser le permis de sortie par Israël.

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En 2022, environ 33 % des 20 295 demandes de permis soumises par des patients aux autorités israéliennes ont été refusées ou traitées tardivement. Cela inclut au moins 29 % des demandes déposées au nom de mineurs, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais les refus de permis ne sont pas le seul défi auquel les patients de Gaza sont confrontés au cours du long processus auquel ils doivent se soumettre pour obtenir un traitement médical approprié en dehors de la bande côtière.

Dans la majorité des cas, environ 62 % du temps, les autorités israéliennes refusent ou remettent à plus tard les demandes de permis pour le personnel soignant et les proches censés accompagner les patients pendant leurs voyages médicaux.

En outre, 225 patients ont été soumis à des interrogatoires de sécurité par Israël et 24 d’entre eux seulement ont obtenu une autorisation de sortie.

L’enclave côtière, qui abrite plus de 2 millions d’habitants, compte 36 hôpitaux, soit une moyenne d’1,26 lit pour 1 000 personnes, selon le ministère palestinien de la Santé.

Traduit de l’anglais (original).

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