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Guerre Israël-Palestine : les patients de Gaza face à une « mort inévitable » alors qu’Israël assiège les hôpitaux

« Les patients nécessitant des soins de santé ne devraient jamais être exposés à la peur, et les agents de santé qui ont prêté serment de les soigner ne devraient jamais être forcés de risquer leur propre vie pour leur prodiguer des soins », a rappelé l’OMS
Des nouveau-nés partagent un lit après avoir été retirés de leurs incubateurs dans l’hôpital al-Chifa de la ville de Gaza après l’arrêt de l’approvisionnement en électricité, le 12 novembre 2023 (Reuters)
Par Maha Hussaini et Aseel Mousa à GAZA, Palestine occupée et Areeb Ullah à LONDRES

Des milliers de Palestiniens – patients, blessés, personnel médical et civils déplacés par les bombardements – sont pris au piège dans le plus grand hôpital de Gaza, al-Chifa, alors que les forces israéliennes assiègent et bombardent l’établissement depuis vendredi.

Une vingtaine d’hôpitaux et une cinquantaine de centres médicaux de la bande côtière, dont l’hôpital al-Quds et l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de Gaza, ont complètement cessé de fonctionner en raison des bombardements et de la pénurie de carburant et d’électricité dans la bande côtière soumise à un siège total israélien depuis le 9 octobre.

Selon un porte-parole du gouvernement palestinien lors d’une conférence de presse depuis Deir al Balah à Gaza dimanche, les forces israéliennes ont pris pour cible l’unité de soins intensifs de l’hôpital al-Chifa et ont détruit la maternité et la salle d’opération, tuant au moins trois infirmières.

« Certains médecins ont été pris pour cible et blessés alors qu’ils se déplaçaient à l’intérieur de l’hôpital. Une personne a été blessée à la nuque », a-t-il précisé, tout en actualisant le nombre de Palestiniens tués depuis le début des hostilités le 7 octobre à 11 180 personnes.

Les responsables palestiniens de la santé ont annoncé lundi la mort de « sept bébés prématurés » et « vingt-sept patients en soins intensifs » depuis samedi en raison du manque d’électricité à l’hôpital al-Chifa.

Dimanche matin, le directeur général du ministère palestinien de la Santé à Gaza, le Dr Munir al-Borsh, a déclaré aux journalistes qu’environ 40 personnes déplacées de l’hôpital avaient tenté de sortir par la porte principale mais avaient été bombardées par un char israélien stationné sur la route adjacente.

Des Palestiniens blessés lors des bombardements israéliens sur la bande de Gaza sont transportés dans un hôpital de Khan Younès, le 12 novembre 2023 (AP)
Des Palestiniens blessés lors des bombardements israéliens sur la bande de Gaza sont transportés dans un hôpital de Khan Younès, le 12 novembre 2023 (AP)

Leurs corps sont restés éparpillés dans la rue, car l’ambulance et le personnel, qui se trouvaient à moins de 100 mètres, ne pouvaient pas les atteindre alors que les forces israéliennes tiraient sur quiconque bougeait.

Munir al-Borsh a indiqué que les forces israéliennes avaient également bombardé les puits d’eau du complexe médical pendant la nuit. Un seul puits fonctionnait dimanche, fournissant l’équivalent de douze verres d’eau par heure pour 15 000 personnes coincées à l’intérieur.

L’unité de soins intensifs a également été touchée à deux reprises, a-t-il précisé.

Les attaques « ne se sont pas arrêtées un seul instant », a déclaré samedi à Middle East Eye Abu Mouth, un journaliste travaillant à l’intérieur de l’hôpital.

« Nous sommes complètement encerclés et les bombardements intenses se poursuivent. La panique et la peur règnent parmi les blessés, les malades et les personnes déplacées à l’intérieur de l’hôpital. Ils attaquent partout et nous ne pouvons pas sortir à cause des tireurs embusqués postés autour de l’hôpital. »

« Une collègue infirmière vivant dans la rue Tal al-Hawa [au sud-ouest de la ville de Gaza] m’a dit qu’elle voyait depuis sa fenêtre des corps de personnes tuées dans la rue. Personne ne pouvait les récupérer ou les approcher », a déclaré à Middle East Eye Aya Muhammed, une infirmière qui travaille à la maternité de l’hôpital al-Sahaba dans la ville de Gaza.

« Ceux qui ont été blessés sont morts en se vidant de leur sang alors que les tireurs d’élite israéliens tiraient directement sur quiconque tentait de les approcher. Nous voyons les patients et les blessés mourir sans pouvoir faire quoi que ce soit pour leur sauver la vie. »

« Des dizaines de femmes enceintes mourront »

La ministre palestinienne de la Santé, Mai al-Kaila, a déclaré dimanche que les forces israéliennes « n’évacuaient pas les gens », mais « forçaient plutôt les patients blessés à aller dans la rue, les abandonnant à une mort inévitable ».

Selon la ministre, cela équivaut à « une expulsion sous la menace des armes ». Elle a également noté qu’une « catastrophe se déroulait » dans tous les hôpitaux de Gaza, où des patients mourants ne pouvaient être soignés.

Certaines des personnes les plus touchées sont celles qui souffrent d’insuffisance rénale, qui n’ont pas pu recevoir de dialyse, a-t-elle ajouté.

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La ministre a également déclaré que 3 000 patients atteints de cancer dans les hôpitaux al-Rantisi et de l’Amitié turco-palestinienne risquaient une mort imminente, et que les femmes enceintes étaient également en danger.

« Toutes les femmes enceintes, en particulier celles dont la grossesse est à haut risque, sont désormais en danger imminent car elles ne trouvent personne pour leur fournir de soins et services médicaux à Gaza. Toutes les femmes sur le point d’accoucher ne trouveront aucune assistance médicale », a-t-elle noté.

L’infirmière Aya Muhammed a indiqué à Middle East Eye que son hôpital avait été contraint de fermer à la fin de la semaine dernière en raison du manque de carburant. C’était la dernière maternité de la ville de Gaza, ce qui signifie que les femmes enceintes ne pourront pas subir de césarienne.

« Il n’existe actuellement aucun endroit où les femmes enceintes peuvent aller accoucher. Aucune maternité ni clinique n’est ouverte actuellement », a déclaré à MEE la jeune femme de 25 ans.

« Nous prévoyons que des dizaines de femmes enceintes mourront car elles seront contraintes d’accoucher seules à la maison. »

Des témoins oculaires ont déclaré à Middle East Eye que les proches des femmes enceintes qui devaient bientôt accoucher parcouraient leurs quartiers à la recherche de médecins vivant ou se réfugiant à proximité pour les aider à accoucher à domicile.

Violation du droit humanitaire

Depuis le début des hostilités le 7 octobre, les forces israéliennes ont bombardé des hôpitaux, des cliniques, du personnel médical et des ambulances à travers Gaza, refusant en outre du carburant et d’autres fournitures essentielles à plusieurs établissements de soins.

Les hôpitaux et le personnel médical sont pourtant spécifiquement protégés par le droit international humanitaire. « Ils ne doivent pas être utilisés pour protéger des objectifs militaires contre des attaques », a noté le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU dans un communiqué ce week-end.

« Toute opération militaire autour ou à l’intérieur des hôpitaux doit prévoir des mesures pour épargner et protéger les patients, le personnel médical et les autres civils. Toutes les précautions possibles doivent être prises, notamment des avertissements efficaces, qui tiennent compte de la capacité des patients, du personnel médical et des autres civils à évacuer sans danger », a ajouté l’agence onusienne.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour sa part déclaré dans un communiqué que « les patients nécessitant des soins de santé ne devraient jamais être exposés à la peur, et les agents de santé qui ont prêté serment de les soigner ne devraient jamais être forcés de risquer leur propre vie pour leur prodiguer des soins ».

L’OMS a ajouté que selon des témoignages, des personnes ayant fui l’hôpital avaient « été blessées par balle, voire tuées ».

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Des Palestiniens arrivent au sud de la ville de Gaza le 12 novembre 2023, après avoir fui leurs foyers dans la ville et dans le nord de la bande côtière (AFP)

Les responsables militaires israéliens accusent l’hôpital al-Chifa d’être utilisé à des fins militaires, sans toutefois fournir de preuve pour étayer cette allégation, que démentent les responsables et factions armées palestiniennes.

L’ONG internationale Human Rights Watch a déclaré n’avoir trouvé aucune preuve corroborant les affirmations israéliennes.

Mads Gilbert, un médecin norvégien qui a travaillé pendant seize ans à l’hôpital al-Chifa, a affirmé qu’il n’y avait jamais rencontré le moindre signe d’un « centre de commandement militaire ».

Par ailleurs, le groupe israélien de défense des droits humains Médecins pour les droits de l’homme a déclaré que même dans l’éventualité où des hôpitaux seraient utilisés par des groupes armés, Israël avait « toujours l’obligation d’éviter de leur nuire ».

Depuis le 7 octobre, sur les 11 180 Palestiniens tués par les frappes aériennes israéliennes, plus de 4 500 étaient des enfants, 3 000 des femmes et 200 des professionnels de santé.

En Israël, les attaques menées par les Palestiniens le 7 octobre ont fait environ 1 200 morts, dont au moins 31 enfants, selon des responsables locaux.

Traduit de l’anglais (original) et mis à jour.

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