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Gaza : les forces israéliennes mènent une opération dans l’hôpital al-Chifa, terrorisant les civils

Des soldats, appuyés par des chars postés dans la cour de l’hôpital al-Chifa à Gaza, fouillent les chambres et interrogent médecins, patients et déplacés palestiniens. Les forces israéliennes tirent à balles réelles à l’intérieur du complexe, a rapporté al Jazeera
D’après l’ONU, environ 2 300 personnes, dont des patients, des soignants et des déplacés de guerre se trouvent à l’intérieur d’al-Chifa, encerclé depuis plusieurs jours par les chars et les transports de troupes de l’armée israélienne (AFP)

Des « dizaines » de soldats israéliens sont entrés dans l’hôpital al-Chifa à Gaza, le plus grand de la bande côtière où s’entassent des milliers de Palestiniens déplacés par les bombardements israéliens, tandis que des chars israéliens ont pénétré dans le complexe hospitalier, postés devant différents services dont celui des urgences.

Au 40e jour de la guerre israélo-palestinienne, l’armée israélienne a dit mener tôt mercredi « une opération ciblée et de précision contre le Hamas dans un secteur spécifique de l’hôpital al-Chifa », selon un communiqué.

Des soldats israéliens interrogent des personnes dans l’hôpital, dont des patients et des médecins, les chambres sont fouillées.

Les patients et personnes déplacées qui s’abritaient dans l’hôpital ont été forcés de sortir dans la cour, quel que soit leur état.

D’après Al Jazeera, les forces israéliennes tirent à balles réelles à l’intérieur de l’hôpital.

Selon l’AFP, des soldats israéliens lancent dans des haut-parleurs, en arabe avec un fort accent : « Tous les hommes de 16 ans et plus, levez les mains en l’air et sortez des bâtiments vers la cour intérieure pour vous rendre. »

D’après un journaliste collaborant avec l’AFP sur place, des colonnes de Palestiniens, les mains en l’air, ont convergé vers la cour de l’hôpital, arrivant du département des grands brûlés, de la maternité – visée récemment par des tirs d’artillerie – du département de chirurgie ou encore du service des dialyses.

Un millier de personnes sont désormais sur la grande esplanade du complexe hospitalier, mains en l’air. Certains ont été déshabillés par des soldats israéliens.

À l’intérieur, dans les couloirs des différents départements d’al-Chifa, dont la construction remonte à 1946 et où opèrent des équipes de Médecins sans frontières (MSF), les soldats tirent en l’air en allant de pièce en pièce, recherchant visiblement des combattants du Hamas.

Des femmes, des enfants en pleurs sont fouillés. D’autres doivent passer sous une borne équipée d’une caméra de reconnaissance, les mêmes qui ont été installées le long des couloirs d’évacuation vers le sud de la bande de Gaza, selon le journaliste.

Un médecin de l’hôpital a déclaré à Reuters que l’armée israélienne avait ouvert le feu à l’extérieur de l’hôpital pendant le raid et forçait le personnel à se tenir loin des fenêtres.

« Effrayés, brutalement interrogés et humiliés »

D’après l’ONU, environ 2 300 personnes, dont des patients, des soignants et des déplacés de guerre se trouvent à l’intérieur d’al-Chifa, encerclé depuis plusieurs jours par les chars et les transports de troupes de l’armée israélienne.

Selon les médecins et des ONG internationales, aucun d’entre eux ne peut sortir sous peine d’être visé par des tirs alors que les combats font rage aux alentours.

Munir al-Bursh, le directeur général des hôpitaux de Gaza, a déclaré à Al Jazeera que les forces israéliennes avaient fouillé les bâtiments chirurgicaux et d’urgence du complexe hospitalier, mais n’avaient découvert aucun combattant armé.

« Nous ne savons pas s’ils tueront des gens ou s’ils les terroriseront. Nous savons que toute la propagande n’est que mensonges, et ils savent aussi bien que nous qu’il n’y a rien au centre médical al-Chifa »

- Ahmed Mokhallalati, médecin

Dans une conversation enregistrée diffusée sur Al Jazeera arabe, on l’entend dire aux forces israéliennes de ne pas provoquer « l’hystérie et la panique » dans l’hôpital pendant le raid.

« Il y a beaucoup de patients blessés à l’intérieur et beaucoup de gens qui sont morts ou sur le point de mourir... Si vous entrez dans l’hôpital, cela va terrifier les gens, il y a des enfants et des personnes âgées, ma principale préoccupation, ce sont les patients », a-t-il déclaré.

« L’hôpital est rempli de gens du premier au sixième étage, il y a des patients dialysés, des patients qui ont des brûlures », a-t-il ajouté.

Le chef du service orthopédique de l’hôpital al-Chifa, Adnan Barsh, a déclaré à la station de radio al-Alam que « des drones israéliens tir[aient] sur tout ce qui bouge[ait] à l’intérieur de l’hôpital ».

Un autre journaliste de l’hôpital, Jihad Abu Shanab, a déclaré à Al Jazeera que les personnes à l’intérieur des bâtiments de l’hôpital étaient « effrayées, brutalement interrogées et humiliées ».

Il a réitéré que les scènes à l’intérieur de l’hôpital étaient un « cauchemar » depuis le début du raid.

« Avant de prendre d’assaut le complexe, ils ont ciblé tous les étages, les générateurs, l’unité de communication, et maintenant nous ne pouvons plus avoir de contact avec le monde extérieur », a-t-il ajouté.

Selon le chef du service des urgences de l’hôpital, l’armée israélienne « bande les yeux, déshabille et emmène les personnes réfugiées vers une destination inconnue ».

Il réfute les affirmations de l’armée israélienne selon lesquelles des incubateurs et de la nourriture pour bébés auraient été distribués à l’hôpital.

« Nous n’avons rien vu derrière ces affirmations israéliennes selon lesquelles ils apporteraient du lait ou des incubateurs pour bébés », a-t-il déclaré.

« Il n’y a pas d’affrontements à l’intérieur de l’hôpital, seulement des tirs provenant de l’armée israélienne », a-t-il ajouté.

Il a qualifié la situation de « terrifiante », car les cadavres commencent à se décomposer faute de pouvoir les enterrer.

« Aucun signe d’otages israéliens à l’hôpital al-Chifa »

Depuis des années, Israël accuse le Hamas d’utiliser les hôpitaux de Gaza comme des bases, d’avoir creusé un réseau de tunnel sous al-Chifa et de se servir de ses malades comme de « boucliers humains ».

La Maison-Blanche a adopté ce discours, assurant mardi que le Hamas et son allié le Jihad islamique avaient « un centre de commandement et de contrôle depuis l’hôpital al-Chifa ».

Le Hamas et le ministère de la Santé à Gaza démentent formellement et ont, à plusieurs reprises, réclamé la visite de « commissions d’enquêtes internationales ».

Aucune preuve n’a été présentée par Israël suggérant que le Hamas opérait depuis l’hôpital.

Pendant le raid, l’armée israélienne a annoncé qu’il n’y avait « aucun signe d’otages israéliens à l’hôpital al-Chifa ».

Le vice-ministre de la Santé du Hamas, Youssef Abou Rich, présent dans al-Chifa, a déclaré que l’ONU et la communauté internationale devaient intervenir « immédiatement » pour mettre fin à cette opération.

« Nous tenons l’occupation [Israël], la communauté internationale, les États-Unis entièrement responsables de la sécurité des milliers de membres des équipes médicales, blessés, déplacés dans l’enceinte. Nous mettons en garde contre un massacre à l’hôpital », a indiqué le ministère lorsqu’il a été informé de l’opération israélienne.

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« L’adoption par la Maison-Blanche et le Pentagone du faux récit de l’occupation selon lequel la résistance utilise al-Chifa à des fins militaires a donné le feu vert à l’occupation pour commettre davantage de massacres contre les civils », a affirmé le Hamas.

La Maison-Blanche n’a pas voulu commenter l’opération israélienne en cours mais a assuré que Washington s’opposait à des « échanges de tirs dans un hôpital où [se trouvent] des personnes innocentes, démunies, malades cherchant à recevoir des soins ».

Un médecin de l’hôpital a déclaré que la peur envahissait les lieux.

« Nous ne savons pas ce qu’ils vont nous faire. Nous ne savons pas s’ils tueront des gens ou s’ils les terroriseront. Nous savons que toute la propagande n’est que mensonges, et ils savent aussi bien que nous qu’il n’y a rien au centre médical al-Chifa », a déclaré le docteur Ahmed Mokhallalati à Al Jazeera.

Dans l’hôpital, au moins neuf bébés prématurés sont morts ces derniers jours après avoir été sortis de leurs couveuses, tandis que 27 malades en soins intensifs sont décédés parce qu’ils n’avaient plus de respirateur en état de marche, selon le ministère de la Santé.

Une fosse commune creusée dans le complexe renferme déjà « 179 corps » selon le directeur de l’hôpital, le docteur Mohammed Abou Salmiya.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné l’assaut de l’hôpital al-Chifa par l’armée israélienne, qualifiant cette décision de « violation du droit international, en particulier de la Convention de Genève pour la protection des personnes civiles en temps de guerre ».

Martin Griffiths, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations unies, s’est déclaré pour sa part « consterné par les informations faisant état de raids militaires à l’hôpital al Chifa ».

« La protection des nouveau-nés, des patients, du personnel médical et de tous les civils doit primer sur toute autre préoccupation », a-t-il déclaré sur X. « Les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille. »

De même, pour le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’incursion militaire israélienne dans l’hôpital al-Chifa est « totalement inacceptable ».

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