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Démission du plus grand bloc parlementaire, l’Irak s’enfonce dans la crise politique

Les tractations entre partis pour mettre sur pied un gouvernement et nommer un Premier ministre jouent généralement les prolongations, comme cette fois-ci
Moqtada Sadr donnant un discours à Nadjaf, le 3 juin 2022 lors d’une cérémonie marquant l’anniversaire de la mort de son père le grand ayatollah Mohammed Sadeq Sadr (AFP/Qassem al-Kaabi)
Moqtada Sadr donnant un discours à Nadjaf, le 3 juin 2022 lors d’une cérémonie marquant l’anniversaire de la mort de son père le grand ayatollah Mohammed Sadeq Sadr (AFP/Qassem al-Kaabi)
Par AFP à BAGDAD, Irak

L’impasse est totale : les 73 députés du courant du leader chiite Moqtada Sadr, plus importante formation du Parlement irakien, ont présenté dimanche 12 juin leur démission, un geste vraisemblablement destiné à faire pression pour accélérer la formation du gouvernement, en panne depuis les législatives de 2021.

« Nous avons accepté à contrecœur les demandes de nos frères et sœurs, représentants du bloc sadriste, de démissionner », a annoncé le président du Parlement, Mohammed al-Halboussi, sur Twitter après avoir reçu les lettres de démission des 73 élus de Moqtada Sadr.

Le leader chiite, habitué des symboles politiques, avait lui-même demandé à ses députés jeudi de « préparer » leur démission. 

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Les services du Parlement n’étaient pas disponibles dans la soirée pour commenter les implications constitutionnelles de cette décision.

Mais selon le politologue irakien Hamzeh Hadad « le Parlement doit encore entériner » ces démissions « à la majorité absolue » pour qu’elles deviennent effectives. Or, les vacances parlementaires ont débuté jeudi et les élus ne doivent retrouver l’hémicycle qu’au mois d’août.

« Encore un peu plus de théâtre politique de la part du mouvement sadriste et de Halboussi », a jugé Hamzeh Hadad.

Au-delà de la symbolique, ce soubresaut vient souligner l’impasse politique totale dans laquelle se trouve l’Irak, avec un goût de déjà-vu, les tractations entre partis pour mettre sur pied un gouvernement et nommer un Premier ministre jouant généralement les prolongations, comme cette fois-ci.

Depuis huit mois et les législatives anticipées d’octobre 2021, desquelles le mouvement sadriste est sorti grand gagnant, le gouvernement du Premier ministre Moustafa al-Kazimi se contente d’expédier les affaires courantes. 

M. Kazimi, au pouvoir depuis 2020 et qui n’appartient à aucun parti politique, n’a pas les coudées franches pour tenter de résorber la crise sociale que traversent les 41 millions d’habitants du pays pétrolier. 

Le pays souffre de plusieurs maux : le népotisme, la corruption — l’Irak pointant à une piètre 157e place sur 180 pays dans le classement de Transparency International — et les problèmes énergétiques, notamment.

Moqtada Sadr et les pro-Iran revendiquent la majorité

Bien qu’étant l’un des pays les mieux dotés en hydrocarbures, l’Irak n’arrive pas à fournir d’électricité à ses citoyens de manière régulière, ce qui provoque des délestages et alimente la colère de la population, surtout en ce début d’été où les températures frôlent les 50 degrés.

Ce sont d’ailleurs ces revendications qui avaient poussé des milliers d’Irakiens dans la rue à l’automne 2019, à l’occasion d’une révolte inédite.

Au Parlement, les deux pôles du chiisme politique – celui de Moqtada Sadr et les pro-Iran du Cadre de coordination – continuent à revendiquer une majorité et le droit de nommer le Premier ministre.

Moqtada Sadr, allié à des forces sunnites et kurdes, entend briser la tradition qui veut que toutes les forces chiites soient parties prenantes dans un « gouvernement de consensus ».

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Le clerc chiite veut un « gouvernement majoritaire » qui repousserait dans l’opposition ses adversaires du Cadre de coordination.

Il n’y est pas parvenu jusqu’à aujourd’hui et, en signe de protestation, a lui-même affirmé récemment que ses députes siégeaient « dans l’opposition », laissant au Cadre de coordination l’apanage de la formation d’un gouvernement.

Le « gouvernement majoritaire » que Moqtada Sadr appelle de ses vœux s’articulerait autour de son courant, du parti du président sunnite du Parlement Mohammed al-Halboussi et du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Ces trois formations regroupent 155 députés sur 329 et n’ont donc pas de majorité dans l’hémicycle.

Le Cadre de coordination compte notamment l’Alliance de la Conquête, vitrine politique des anciens paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi. Il rassemble 83 élus.

Faute de majorité claire et de consensus, le Parlement a échoué par trois fois depuis le début de l’année à organiser l’élection du président de la République, première étape avant la désignation du Premier ministre et la formation du gouvernement.

Tous les délais impartis par la Constitution ont été dépassés. 

Une des pistes évoquées pour sortir de l’impasse serait de dissoudre le Parlement et d’organiser de nouvelles législatives mais pour ce faire, les députés devraient eux-mêmes dissoudre l’Assemblée. 

Par Guillaume Decamme.

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