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Pour Human Rights Watch, Israël commet des « crimes d’apartheid » contre les Palestiniens

L’organisation de défense des droits de l’homme appelle la CPI, l’ONU et la communauté internationale dans son ensemble à enquêter sur le système d’apartheid israélien et à demander des comptes à la puissance occupante
La police israélienne arrête un manifestant palestinien près de la porte de Damas à Jérusalem-Est, le 25 avril 2021 (AFP)
La police israélienne arrête un manifestant palestinien près de la porte de Damas à Jérusalem-Est, le 25 avril 2021 (AFP)

Une importante ONG de défense des droits de l’homme accuse Israël de commettre des crimes d’apartheid et de persécution contre les Palestiniens dans les territoires occupés et à Jérusalem-Est

Dans un rapport de 213 pages publié ce mardi, Human Rights Watch (HRW) indique que les doubles politiques d’Israël, inscrites dans ses lois, privilégie les Israéliens juifs tout en réprimant les Palestiniens et « a franchi le seuil » de l’apartheid. 

L’apartheid est un terme juridique universel défini par le droit international : il désigne une grave discrimination institutionnelle et une oppression systématique perpétrée par un groupe ethnique sur un autre. 

« Les conclusions [du rapport de ce mardi] se fondent sur une politique globale du gouvernement israélien pour maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens et les graves abus commis contre les Palestiniens vivant en territoire occupé, y compris à Jérusalem-Est », indique le groupe dans un communiqué ce mardi. 

Ce rapport mobilise des années de documentation relative aux droits de l’homme, des études de cas et l’examen de documents de planification gouvernementale, des déclarations de dirigeants et d’autres sources, énumère le groupe. 

« Depuis des années, des voix importantes mettent en garde contre l’apartheid si Israël maintient le cap de sa domination sur les Palestiniens », déclare Kenneth Roth, directeur général de HRW.

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« Cette étude approfondie montre que les autorités israéliennes ont franchi la limite et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité que sont l’apartheid et la persécution. » 

Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré à Middle East Eye que ce rapport est « un tract de propagande » et reproche à HRW de ne pas avoir partagé le document avec les autorités israéliennes pour revue avant sa publication.

« Human Rights Watch est connue pour avoir un programme anti-israélien de longue date, cherchant activement depuis des années à promouvoir les boycotts contre Israël », tance le ministère dans un communiqué par mail. 

« Ce rapport n’est qu’un autre élément de la campagne actuelle de l’organisation, menée par un partisan du BDS, coupée des faits ou la réalité sur le terrain », poursuit-il. « Les allégations fictives inventées par HRW sont à la fois grotesques et fausses. »

« Maintenir une solide majorité juive »

Dans son rapport, HRW note que les autorités israéliennes ont cherché à maximiser la terre disponible pour les communautés juives tout en concentrant la plupart des Palestiniens dans des centres densément peuplés.

« Les autorités ont adopté des politiques pour atténuer ce qu’ils ont ouvertement qualifié de ‘’menace’’ démographique des Palestiniens », indique l’organisation. « À Jérusalem par exemple, le projet du gouvernement pour la municipalité, englobant les parties ouest et est occupée de la ville, prévoit l’objectif de ‘’maintenir une solide majorité juive dans la ville’’ et précise même les ratios démographiques espérés. » 

Pour remplir leurs objectifs, « les autorités israéliennes discriminent systématiquement les Palestiniens », affirme l’ONG. 

« Ces règles, qui accordent aux Israéliens juifs les mêmes droits et privilèges où qu’ils vivent, et discriminent les Palestiniens à divers degrés où qu’ils vivent, reflètent une politique visant à privilégier un groupe aux dépens de l’autre » 

- Kenneth Roth, directeur général de HRW

« La discrimination institutionnelle subie par les citoyens palestiniens d’Israël englobe les lois qui autorisent des centaines de petites villes juives à exclure de fait les Palestiniens et les budgets qui allouent uniquement une fraction des ressources aux écoles palestiniennes comparée à celles où vont les enfants juifs », poursuit-elle. 

HRW souligne la persécution par Israël des Palestiniens en Cisjordanie occupée sous un régime militaire « draconien », tandis que les Israéliens juifs qui vivent dans les colonies cisjordaniennes bénéficient de « l’ensemble de leurs droits en vertu du code civil israélien ». Rien que ça « s’apparente à une oppression systématique relevant de l’apartheid ».

Les propres tribunaux militaires israéliens – qui ne poursuivent que des Palestiniens – se targuent d’un taux de condamnation de 99,7 %. 

« Priver des millions de Palestiniens de leurs droits fondamentaux, sans motif sécuritaire légitime et uniquement parce qu’ils sont Palestiniens et non juifs, n’est pas un simple problème d’occupation abusive », estime Kenneth Roth.

« Ces règles, qui accordent aux Israéliens juifs les mêmes droits et privilèges où qu’ils vivent, et discriminent les Palestiniens à divers degrés où qu’ils vivent, reflètent une politique visant à privilégier un groupe aux dépens de l’autre. » 

Les Palestiniens manifestent contre la politique à deux vitesses concernant la mosquée al-Aqsa depuis le début du Ramadan le 13 avril : Israël restreint l’accès des Palestiniens à la mosquée et au complexe qui l’entoure tout en autorisant les Israéliens à accéder librement à la vieille ville. 

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L’année dernière, Israël a interdit aux Palestiniens de pénétrer dans la mosquée pendant tout le Ramadan en raison de la pandémie. Cependant, des colons israéliens auraient été autorisés à visiter al-Aqsa pendant cette même période, escortés par des unités des renseignements et des forces de sécurité israéliennes.

Autres politiques israéliennes constituant de graves abus relevant de la définition universelle de l’apartheid selon HRW : les restrictions de circulation sous la forme du blocus de Gaza et du régime d’autorisation ; la confiscation de plus d’un tiers des terres en Cisjordanie ; les conditions difficiles dans certaines régions de Cisjordanie qui ont conduit à un transfert forcé de milliers de Palestiniens chassés de chez eux ; la privation des droits de résidence pour des centaines de milliers de Palestiniens et leurs proches ; la suspension de droits civils fondamentaux pour des millions de Palestiniens.

L’ONG pointe également « le refus quasi catégorique des permis de construire aux Palestiniens » et la démolition de milliers de maisons palestiniennes qui en résulte sous prétexte d’absence de permis de construire – une politique qui ne repose sur aucun motif sécuritaire selon HRW.

« Les crimes les plus graves »

En janvier, l’importante organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a également qualifié Israël d’État d’apartheid, brisant le consensus – présent jusqu’au sein de la gauche israélienne – selon lequel Israël est une démocratie.

« Par sa conception des espaces sur le plan géographique, démographique et physique, le régime permet aux juifs de vivre dans une zone contiguë en bénéficiant de l’ensemble de leurs droits, notamment le droit à l’autodétermination, tandis que les Palestiniens vivent dans des unités distinctes et ont moins de droits », stipule le rapport de B’Tselem.

« Cela fait d’Israël un régime d’apartheid, bien qu’il soit communément considéré comme une démocratie occupant temporairement des territoires. » 

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Le directeur pour la Palestine et Israël de Human Rights Watch – qui a l’interdiction de se rendre en Israël – Omar Shakir souligne auprès de MEE que les groupes pour les droits de l’homme ne font aucune affirmation à la légère à propos des crimes contre l’humanité » car « ce sont les crimes les plus grave dans le droit international ». 

« L’un des éléments définissant l’apartheid dans le crime contre l’humanité est l’intention de dominer. Pendant des décennies, les autorités israéliennes ont insisté sur le fait que le statu quo, en particulier dans les territoires palestiniens occupés, était ‘’temporaire’’ – le résultat du ‘’processus de paix’’ dans l’impasse », explique Omar Shakir. 

« [Mais] l’expansion continue des colonies réservées aux Israéliens en Cisjordanie et les investissements significatifs dans les infrastructures pour relier ces colonies avec Israël à proprement parler, l’adoption de la loi sur l’État-nation du peuple juif ainsi que les déclarations d’intention concernant l’annexion officielle d’autres pans du territoire cisjordanien ont clarifié l’intention d’Israël de maintenir la domination des juifs israéliens sur les Palestiniens dans un futur prévisible – sinon permanent », poursuit-il. 

« Lorsqu’on tire les conclusions qui s’imposent, il devient clair qu’il y a une réalité sous-jacente – une réalité dans laquelle un gouvernement unique dirige la zone entre le Jourdain et la mer Méditerranée où vivent deux groupes de taille relativement égale, privilégiant méthodiquement les juifs israéliens et oppressant systématiquement les Palestiniens », affirme Shakir.

Après cette conclusion, Human Rights Watch appelle les autorités israéliennes à démanteler « toute forme de répression et de discrimination qui privilègie les juifs israéliens au détriment des Palestiniens, notamment en ce qui concerne la liberté de circulation ; l’allocation de terres et de ressources ; l’accès à l’eau, à l’électricité et aux autres services ; et la délivrance de permis de construire ».

« Les pays devraient conditionner les ventes d’armes et l’aide militaire et sécuritaire à Israël au fait que les autorités prennent des mesures concrètes et vérifiables »

- HRW

Elle appelle également la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter et à poursuivre ceux dont on a tout lieu de croire qui sont impliqués dans le système d’apartheid en Israël.

Par ailleurs, le groupe exhorte l’ONU à établir une commission d’enquête officielle pour étudier la discrimination systématique et la répression en Israël et en Palestine et à envoyer un représentant général de l’ONU pour enquêter sur les crimes de persécution et d’apartheid avec un mandat pour mobiliser l’action internationale afin de mettre fin à la persécution et à l’apartheid dans le monde.

« Les pays devraient conditionner les ventes d’armes et l’aide militaire et sécuritaire à Israël au fait que les autorités prennent des mesures concrètes et vérifiables pour mettre fin à la commission de ces crimes », indique l’organisation appelant également la communauté internationale à mettre son veto sur les accords, les projets de coopération et toute forme d’échange et d’accord commercial avec Israël pour passer au crible ceux qui contribuent directement à commettre ces crimes contre l’humanité.  

« Une grande partie du monde considère peut-être le demi-siècle d’occupation par Israël comme une situation temporaire qu’un ‘’processus de paix’’ datant de plusieurs décennies viendra régler bientôt, mais l’oppression des Palestiniens y a atteint un seuil et une permanence qui correspondent aux critères des crimes d’apartheid et de persécution », estime Kenneth Roth.

« Ceux qui visent la paix israélo-palestinienne, que ce soit via une solution à un ou deux États ou une confédération, doivent entre-temps admettre cette réalité pour ce qu’elle est et recourir aux outils les droits de l’homme nécessaires pour y mettre un terme ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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