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Sheikh Jarrah : deuxième nuit tendue après un nouvel assaut israélien contre les Palestiniens

La police et les colons israéliens multiplient les attaques contre les habitants de ce quartier de Jérusalem-Est, le transformant en « zone de guerre »
Les forces de sécurité israéliennes arrêtent un Palestinien dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est occupée, le 13 février 2022 (AFP)

Sheikh Jarrah a connu une deuxième nuit d’agressions violentes de la part de la police et des colons israéliens, transformant ce quartier de Jérusalem-Est occupée en « zone de guerre », ont affirmé des habitants palestiniens tard dimanche. 

Les forces israéliennes ont utilisé des grenades assourdissantes et des balles recouvertes de caoutchouc pour disperser les Palestiniens, faisant au moins 31 blessés, y compris des secouristes et un journaliste, selon les médias locaux. Six personnes ont été emmenées à l’hôpital.  

Des canons à skunk et la police montée ont également été déployés. Une douzaine de Palestiniens au moins ont été arrêtés. 

Des dizaines de Palestiniens s’étaient rassemblés en fin de soirée dans et autour de la maison de la famille Salem, menacée d’expulsion imminente, en solidarité avec la famille contre les raids des colons. 

Un groupe de colons, mené par le député d’extrême droite Itamar Ben-Gvir, avait monté une tente sur un terrain adjacent à la maison des Salem au matin et y avait organisé une permanence parlementaire. 

Dansant et chantant des chansons racistes et islamophobes, des colons ont provoqué la famille, l’agressant par moments. 

Des échauffourées entre les deux camps dans la propriété ont eu lieu de temps à autre tout au long de la soirée. À l’extérieur, les forces de sécurité ont empêché les activistes d’entrer et ont coupé tous les accès à la maison pour les Palestiniens. 

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Dans son live Instagram, l’activiste Muna al-Kurd de Sheikh Jarrah, également menacée d’expulsion imminente, a indiqué que les lieux ressemblaient à une « zone de guerre ». 

Ramzi Abbasi, activiste de Jérusalem qui documente les agressions israéliennes dans la ville, a abondé dans son sens. 

« C’est comme des baraquements militaires là », a indiqué Abbasi sur son live Instagram depuis le terrain. « Cela rappelle la situation précédant le soulèvement de Sheikh Jarrah l’année dernière. »  

Ce quartier est une poudrière depuis mai : les Israéliens avaient tenté d’expulser des familles palestiniennes du quartier pour laisser la place aux colons israéliens.

Cela a conduit à des manifestations généralisées à travers la Cisjordanie occupée et en Israël, ainsi qu’une grande opération militaire dans la bande de Gaza sous blocus.

Expulsion imminente  

Les violences de dimanche soir faisaient suite à une matinée tendue dans le quartier après que Ben-Gvir eut annoncé la veille son intention d’ouvrir son bureau à Sheikh Jarrah sur un lopin de terre appartenant à la famille Salem et confisqué par des groupes de colons en janvier. 

Ben-Gvir est le chef du parti Force juive (Otzma Yehudit), lequel fait partie de l’alliance politique du sionisme religieux qui veut l’expulsion des Palestiniens de leurs terres et qu’Israël soit dirigé conformément à la Torah.

Après l’annonce samedi, des dizaines de colons ont fait irruption dans le quartier peu après minuit, jetant des pierres contre les maisons palestiniennes et endommageant les voitures. 

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Les colons ont ensuite rejoint la maison de la famille Salem et agressé les femmes et les enfants au spray au poivre, ont rapporté les habitants à l’agence Anadolu.

« Ils sont arrivés de nulle part et nous ont aspergés de spray au poivre, mon voisin Abu Mohammad et moi. Mes yeux brûlaient et je n’arrivais plus à les ouvrir. Je n’arrivais pas à respirer », raconte Fatima Salem. 

La famille Salem se bat depuis des décennies devant les tribunaux contre les revendications des colons sur leur maison. 

En 1987, un tribunal israélien a ordonné à Fatima Salem de quitter sa maison au motif qu’elle n’avait pas su prouver qu’elle habitait là avant le décès de ses parents. Salem précise qu’elle est née dans cette maison et y a toujours vécu. 

Elle y vit aujourd’hui avec son fils, sa fille et leurs familles. 

Cette décision de 1987 a été suspendue la même année mais l’affaire a été relancée en 2015. En décembre 2021, la famille a reçu un avis d’expulsion définitif.

La semaine dernière, les autorités ont informé les Salem qu’ils avaient jusqu’au 1er mars pour quitter la maison. 

Actuellement, 37 familles palestiniennes vivent à Sheikh Jarrah, et six d’entre elles sont menacées d’expulsion imminente. Depuis 2020, la justice israélienne a ordonné l’expulsion de treize familles palestiniennes de Sheikh Jarrah.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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