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Au Moyen-Orient, Biden plongé dans la guerre par drones interposés

« L’ère des drones » impose de nouveaux équilibres géostratégiques au Moyen-Orient et risque de reconfigurer profondément les conflits à venir
Photo de l’armée iranienne montrant le lancement d’un drone transportant un missile, lors d’un exercice militaire dans un lieu non divulgué du centre de l’Iran, le 6 janvier 2021 (AFP)
Photo de l’armée iranienne montrant le lancement d’un drone transportant un missile, lors d’un exercice militaire dans un lieu non divulgué du centre de l’Iran, le 6 janvier 2021 (AFP)
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TEL AVIV, Israël

Dès que le président américain Joe Biden se posera en Israël mercredi, les militaires israéliens lui présenteront une nouvelle pièce de leur arsenal : un laser anti-drones, un engin qu’ils considèrent comme essentiel pour affronter l’Iran.

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Israël tente ces jours-ci de convaincre ses alliés occidentaux, dont les États-Unis et la France, de ne pas s’engager en faveur d’un renouvellement de l’accord encadrant le programme nucléaire de l’Iran (JCPOA) dont s’était retiré l’administration Trump en 2018.

Mais outre le dossier nucléaire, Israël cherche à réduire l’influence iranienne, via entre autres sa « nouvelle architecture » du Moyen-Orient, alliance plus ou moins officielle de pays hostiles à Téhéran et ses « proxys » régionaux comme le Hezbollah au Liban

Cette bataille se joue dans le renseignement, dans les cyberattaques, en mer, mais aussi dans l’espace aérien avec notamment des attaques de drones sur des installations pétrolières en Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unis, ou des engins sans pilote lancés début juillet par le Hezbollah en direction d’un champ gazier en Méditerranée revendiqué par Israël. 

« Un grand partenariat »

« Nous bâtissons un grand partenariat avec d’autres pays de la région et cela comprend des accords sur la défense aérienne », a déclaré récemment le ministre de la Défense israélien Benny Gantz.

Ce dernier avait fait ces remarques au lendemain d’un article du Wall Street Journal selon lequel des responsables des États-Unis, d’Israël, des Émirats et de Bahreïn, deux pays ayant normalisé leurs relations avec Israël, mais aussi du Qatar et de l’Arabie saoudite se sont rencontrés en Égypte pour discuter des drones iraniens.

« Si l’Iran a une force de l’air très obsolète, ses drones sont à la page »

- Uzi Rubin, spécialiste des systèmes antimissiles

« Si l’Iran a une force de l’air très obsolète, ses drones sont à la page », souligne Uzi Rubin, spécialiste des systèmes antimissiles à l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité (JISS).

« L’Iran tente de se positionner comme une puissance majeure de drones dans la région. Le pays a construit une vaste flotte de drones afin de compenser une aviation vieille qui a souffert de décennies de sanctions », note le Conseil européen des relations internationales (CERI).

Et de souligner l’exemple de « Gaza », un drone présenté ce printemps par les autorités iraniennes, d’une portée de 2 000 km et capable de transporter 500 kilos d’équipement et treize bombes.

L’armée israélienne a révélé ces derniers mois avoir intercepté en mars 2021 deux drones iraniens transportant des armes en route vers la bande de Gaza, territoire palestinien sous contrôle du Hamas, un allié de Téhéran.

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« Ce n’est pas facile [d’intercepter les drones] car ce sont des petits objets, volant à basse altitude et à une petite vitesse alors que les radars sont habitués à détecter des cibles rapides », comme des missiles, explique Uzi Rubin.

Israël planche depuis des années sur un nouveau système antimissile par laser, le « Iron Beam », alliant les techniques de détection aérienne de l’armée et de laser pour détruire des cibles en mouvement, le tout pour quelques dollars par usage contre environ 50 000 dollars pour le bouclier « Iron Dome », utilisé contre les roquettes du Hamas palestinien. 

« Cette technologie laser est plus utile pour les drones, que contre les roquettes ou les missiles, mais pour l’instant elle est financée par Israël seulement, pas par les États-Unis », principal allié d’Israël qui finance son bouclier « Iron Dome », souligne Uzi Rubin.

Face à Israël, l’Iran a bien « compris que les drones étaient des multiplicateurs de force et ce, à faible coût », note Eyal Pinko, spécialiste des questions de défense à l’université Bar-Ilan, près de Tel Aviv. 

« Saturer la région »

« La stratégie iranienne est multi-dimensionnelle, c’est-à-dire qu’elle vise à saturer la région », avec différents moyens d’attaques y compris des drones, des roquettes et des missiles de précision, dit-il. 

Israël a lancé ses premiers drones dans les années 1960 alors que l’Iran a commencé à développer ses engins sans pilotes dans les années 1980 lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988).

« Le Moyen-Orient est confronté à un changement cataclysmique de sa géopolitique avec le début de l’ère des drones »

- Middle East Institute (MEI)

Mais au cours des dernières années, la Turquie, l’Arabie saoudite, pays que Joe Biden doit visiter après Israël, et les Émirats ont aussi développé leur arsenal.

« Le Moyen-Orient est confronté à un changement cataclysmique de sa géopolitique avec le début de l’ère des drones », souligne ainsi le Middle East Institute (MEI), un centre de recherche basé à Washington.

Israël et ses alliés craignent de voir l’Iran doter ses alliés dans la région de centaines, voire de milliers de drones. Dans ce scénario, la meilleure offensive est-elle la défensive ? 

En mars, la presse israélienne a fait état d’une attaque par Israël contre un site en Iran où étaient entreposés des dizaines de drones armés. 

Mais plus tard en mai, la télévision d’État iranienne a diffusé pour la première fois des images d’une base souterraine de drones…

Par Guillaume Lavallée et Ben Simon.