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Nucléaire : l’Iran et l’AIEA s’accordent sur un mécanisme, la Russie entre en jeu

Si les négociations sur le nucléaire iranien semblent avancer d’un bon pas, des exigences formulées par la Russie pourraient bien retarder un éventuel sauvetage de l’accord de 2015
Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi (au centre) et le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Mohammad Eslami (droite), à Téhéran, le 5 mars 2022 (AFP)
Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi (au centre) et le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Mohammad Eslami (droite), à Téhéran, le 5 mars 2022 (AFP)
Par
TÉHÉRAN, Iran

Alors que les déclarations optimistes fusaient sur un accord imminent entre les négociateurs à Vienne, la Russie, frappée par des sanctions occidentales après son invasion de l’Ukraine, est entrée en jeu pour réclamer des garanties américaines que ces sanctions n’affecteraient pas son travail avec l’Iran sur le développement d’un programme nucléaire civil.

En application d’un des points majeurs de l’accord de 2015 destiné à garantir la nature strictement pacifique des activités nucléaires iraniennes, l’Iran a transféré des tonnes d’uranium enrichi vers la Russie. 

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« Nous avons demandé à nos collègues américains des garanties écrites [...] pour que les sanctions ne touchent pas à notre droit à une libre et entière coopération commerciale, économique, d’investissement et technico-militaire avec l’Iran », a déclaré à Moscou le chef de la diplomatie Sergei Lavrov.

Conclu par l’Iran d’un côté, et les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Allemagne de l’autre, l’accord de 2015 est censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique même si ce pays a toujours nié une telle intention.

Ce pacte avait permis la levée de sanctions économiques internationales contre l’Iran, en échange de strictes limites à son programme nucléaire. Mais les États-Unis s’en sont retirés en 2018 sous l’administration Trump et ont rétabli les sanctions qui asphyxient l’économie iranienne. En riposte, Téhéran s’est largement affranchi des restrictions à ses activités nucléaires.

La Russie entre en jeu

« Maintenant que la Russie est sous sanctions, elle n’est peut-être pas intéressée à résoudre le problème nucléaire iranien, une approche qui pourrait être très dangereuse », estime Fayaz Zahed, expert iranien en relations internationales. 

« Les autorités iraniennes doivent être vigilantes pour ne pas, de leur propre volonté et observation de la situation, permettre au régime russe de profiter de la situation ».

« Maintenant que la Russie est sous sanctions, elle n’est peut-être pas intéressée à résoudre le problème nucléaire iranien, une approche qui pourrait être très dangereuse »

- Fayaz Zahed, expert iranien en relations internationales

Les déclarations de Sergei Lavrov ont coïncidé avec la visite à Téhéran su chef de l’AIEA Rafael Grossi, qui entre dans le cadre des efforts menés par les négociateurs à Vienne pour faire revenir Washington dans l’accord de 2015 et ramener Téhéran au respect de ses engagements.

« Nous avons décidé d’examiner les questions avec une approche pragmatique [...], de manière approfondie, mais aussi avec l’intention claire d’arriver à un résultat », a déclaré M. Grossi lors d’une conférence de presse.

Le chef de l’AIEA a rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, et le président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami.

M. Grossi, qui a qualifié ses entretiens avec M. Eslami de « très fructueux et intenses », doit tenir une conférence de presse à son retour à Vienne samedi soir.

Au plus tard en mai

« Nous sommes arrivés à la conclusion que l’Iran et l’AIEA échangeront des documents au plus tard à Khordad [mois iranien qui débute le 22 mai], afin de résoudre ces questions », a indiqué M. Eslami. 

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Ces « questions en suspens » sont surtout liées aux demandes de l’AIEA, exigeant de l’Iran qu’il fournisse des éclaircissements sur la présence de matière nucléaire dans des sites non déclarés sur son territoire.

L’Iran avait auparavant demandé la clôture de l’enquête de l’AIEA pour parvenir à un compromis à Vienne. Mais M. Grossi avait dit que l’AIEA « n’abandonnerait jamais » ces demandes.

Vendredi, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a dit « espérer des résultats dans le courant du weekend » pour « ressusciter l’accord » de 2015. Et la cheffe de la délégation britannique à Vienne a parlé le même jour d’un accord « proche ».

Les prochains jours sont perçus comme décisifs par les Occidentaux car ceux-ci estiment qu’au rythme auquel l’Iran engrange les avancées nucléaires et que l’accord sera bientôt caduc.

L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni sont engagés aux côtés de la Russie et de la Chine depuis plusieurs mois dans les pourparlers de Vienne. Les États-Unis y participent indirectement.

Parallèlement aux négociations à Vienne, l’Iran a continué à accumuler des stocks d’uranium enrichi. L’Iran a dépassé le taux d’enrichissement de 3,67 % fixé par l’accord, montant à 20 % début 2021. Puis il a franchi le seuil de 60 %, se rapprochant des 90 % nécessaires à la confection d’une bombe.