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Sabra, la super-héroïne israélienne qui pourrait représenter un casse-tête pour Marvel

Apparue pour la première fois dans la série de comics Hulk dans les années 1980, où elle était un agent du Mossad, cette super-héroïne israélienne intégrera le casting du prochain film Captain America
Sabra apparaîtra dans le prochain volet de la série de films Captain America (Marvel)
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Dans le numéro 256 de la série de comics Hulk de Marvel, intitulé « Terre promise », le héros doit repousser des soldats israéliens alors qu’il se dirige vers Tel Aviv.

Après avoir échappé aux soldats, il se retrouve dans un quartier arabe, identifiable comme tel par les robes traditionnelles arabes portées par la foule.

C’est alors qu’il porte secours à un jeune garçon arabe malicieux, attaqué par des marchands ambulants en colère contre lui pour avoir volé une pastèque sur un marché.

Entre ce sauvetage et l’inexplicable attaque à la bombe perpétrée par des hommes arabes masqués, le jeune voleur, nommé Sahad, a le temps de donner une explication approfondie du conflit israélo-palestinien.

« Ils auraient pu partager [la terre] si deux très vieux livres ne leur avaient pas suggéré de s’entretuer à la place », affirme-t-il.

Si Sahad est immunisé contre l’impératif énoncé dans les textes sacrés parce qu’il ne « [lit] pas de livres », il ne résiste pas à la force de l’explosion provoquée par les assaillants et finit par mourir dans les bras de Hulk.

Hulk combat à la fois des soldats israéliens et des « tireurs arabes » dans le numéro 256 de la série de comics qui lui est consacrée (Marvel)
Hulk combat à la fois des soldats israéliens et des « tireurs arabes » dans le numéro 256 de la série de comics qui lui est consacrée (Marvel)

La super-héroïne israélienne Sabra, « arme de guerre » du Mossad, n’arrive pas à temps. Pensant que le géant vert est de mèche avec les combattants arabes, elle l’attaque.

Sabra, dont le véritable nom est Ruth-Bat Seraph, pourchasse Hulk qui porte le corps de Sahad. Les deux super-héros s’affrontent dans une impasse, avant que Hulk ne prononce un monologue passionné :

« Ce garçon est mort parce que son peuple et le vôtre se disputent cette terre ! Ce garçon est mort parce que vous ne voulez pas partager ! 
« Ce garçon est mort à cause de deux vieux livres qui disent que son peuple et le vôtre doivent s’entretuer pour cette terre !
« Maintenant, ce garçon est mort, mais ce garçon n’a même pas lu les livres !
« Hulk est venu chercher la paix, mais il n’y a pas de paix ici ! »

Attristée et visiblement émue par les mots de Hulk, Sabra regarde le jeune garçon.

Un réveil moral 

Mélodramatique, simpliste et truffé de stéréotypes ethniques grossiers, ce numéro de Hulk était un exemple on ne peut plus normal des comics des années 1980.

Depuis lors, cette industrie a connu une sorte de réveil moral en ce qui concerne la représentation de personnages et de cultures liés aux populations non blanches.

Aujourd’hui, la franchise qui appartient désormais à Disney est notamment à l’origine de Miss Marvel, une série centrée autour de sa première super-héroïne musulmane, et Moon Knight, une série qui s’inspire de la mythologie de l’Égypte antique et met en scène sa première super-héroïne arabe, Scarlet Scarab.

Traduction : « Le moment est peut-être propice pour partager à nouveau ces vignettes amusantes d’un comic Marvel dans lequel la super-héroïne juive israélienne Sabra rencontre le Chevalier arabe, plein de préjugés et sexiste. Iron Man tente de les réconcilier… »

Que ce soit pour réparer un déséquilibre ou pour atteindre des marchés nouveaux et inexploités, les plateformes et les studios donnent de plus en plus la parole aux voix palestiniennes, arabes et musulmanes.

Des séries comme Ramy sur Hulu, et plus récemment Mo, diffusée sur Netflix, sont écrites et réalisées par des personnes qu’elles représentent, comme le comédien palestinien Mo Amer dans le cas de Mo.

L’année dernière, Netflix a également sorti 32 films palestiniens indépendants, réalisés par des Palestiniens ou avec un casting palestinien.

Cette initiative a été vivement applaudie par le public arabe, mais critiquée par certains groupes israéliens.

Ainsi, l’annonce de la présence de Sabra, l’« arme de guerre » israélienne, dans Captain America : New World Order (2024), suscite une légère confusion parmi les fans.

L’actrice israélienne Shira Haas, connue pour son rôle dans Unorthodox, incarnera Sabra dans Captain America : New World Order (AFP/Noam Galai)
L’actrice israélienne Shira Haas, connue pour son rôle dans Unorthodox, incarnera Sabra dans Captain America : New World Order (AFP/Noam Galai)

Depuis son apparition dans les années 1980, Sabra n’est pas très présente dans les comics ou les films Marvel, raison pour laquelle l’annonce de sa présence en tant que personnage majeur du film à venir a amené certains fans de Marvel à se pencher sur les anciennes intrigues entourant le personnage et à s’interroger sur la raison d’être du film.

Quatre décennies après la sortie du premier comic, les choses n’ont pas beaucoup changé depuis la visite de Hulk en Terre sainte, avec une occupation illégale continue de la Palestine et, comme Hulk l’a découvert, toujours « pas de paix ».  

En réalité, on peut même dire que les choses ont largement empiré, puisque désormais, Gaza est assiégée en permanence et les assauts militaires israéliens contre l’enclave sont monnaie courante.

Dans les années 1980, Sabra était clairement présentée comme une représentante d’Israël : entraînée au combat armé et à mains nues par l’armée israélienne, elle portait divers costumes, la plupart comportant des éléments du drapeau israélien. 

Les réactions de colère observées sur les réseaux sociaux après l’annonce du choix de l’actrice israélienne Shira Haas pour le rôle de Sabra ont majoritairement porté sur les transgressions présumées commises initialement par le comic Hulk.

En revanche, il a moins été question de savoir comment un agent du Mossad peut être intégré dans l’écurie de personnages « progressistes » de Marvel et dans ce que ses détracteurs de droite dénoncent comme une nouvelle philosophie woke.

Ces questions ont été soulevées par Uri Fink, dessinateur israélien et créateur d’un personnage appelé Sabraman en 1978, qui a déclaré à la presse israélienne qu’il n’était pas sûr que la représentation de Sabra par Marvel soit « positive dans l’époque woke que nous traversons actuellement ».

« Ceux qui travaillent chez Marvel aujourd’hui sont des progressistes en tous genres. Je n’ai rien contre eux, mais nous n’aurons pas la représentation la plus fidèle du conflit israélo-palestinien. »

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Alors que l’on sait actuellement peu de choses mis à part le nom de l’actrice qui incarnera Sabra, il est trop tôt pour déterminer l’arc de son personnage et la force des thèmes pro-israéliens dans le prochain Captain America.

Néanmoins, comme le montrent les réactions de colère à des programmes comme Fauda, Homeland ou Téhéran, les fans des plateformes de streaming et des studios de cinéma sont prêts à faire beaucoup de bruit contre ce qui est perçu comme de la propagande israélienne.

L’Institute for Middle East Understanding a d’ores et déjà condamné l’inclusion du personnage de Sabra.

« En glorifiant l’armée et la police israéliennes, Marvel encourage la violence d’Israël à l’encontre des Palestiniens et permet la poursuite de l’oppression de millions de Palestiniens vivant sous le régime militaire autoritaire d’Israël », a déclaré l’institut dans un communiqué relayé par l’agence de presse palestinienne Wafa.

Un coup d’œil rapide aux réactions postées sur Twitter montre qu’il ne s’agit pas d’une opinion isolée.

« Marvel a vraiment fait 10 pas en avant dans la représentation des musulmans avant de faire 90 pas en arrière en annonçant une super-héroïne israélienne tirée d’un comic islamophobe », a déclaré une internaute, résumant l’état d’esprit des défenseurs de la cause palestinienne. 

La réaction des Israéliens et des défenseurs de la cause palestinienne illustre l’exercice de funambule qui attend Marvel : si elle est trop critique à l’égard d’Israël, la franchise pourra s’attendre à des accusations de wokisme, mais si elle se montre trop réticente à aborder les réalités palestiniennes, elle s’exposera aux réactions de sa nouvelle fanbase progressiste.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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