Aller au contenu principal

Moon Knight versus Miss Marvel : au-delà de la représentation

Si les deux séries à succès sont limitées par les contraintes de leur genre, Miss Marvel est une leçon de narration et d’inclusion
Miss Marvel raconte l’histoire d’une adolescente qui acquiert des super-pouvoirs après avoir découvert un mystérieux héritage familial (Marvel)
Miss Marvel raconte l’histoire d’une adolescente qui acquiert des super-pouvoirs après avoir découvert un mystérieux héritage familial (Marvel)

« Tu es une super-héroïne égyptienne ? », demande une adolescente à une trentenaire en costume doré, arrivée à toute allure pour retenir un fourgon où des passants désemparés se sont réfugiés. « Oui », répond-elle nonchalamment. Un court échange qui a mis le public en ébullition. 

C’est le moment que les Arabes et les Égyptiens attendaient : la naissance d’un super-héros ou d’une super-héroïne arabe – le plus grand honneur pouvant être accordé dans la pop culture contemporaine.

Le moment où un peuple stigmatisé à l’écran depuis des décennies a enfin eu son heure de gloire.

Moon Knight : la dernière série Marvel est une leçon d’authenticité
Lire

C’est un moment purement symbolique, bien sûr, peut-être même quelque chose de puéril par essence. Le fait qu’une femme qui botte des fesses dans un costume ridicule soit un motif de célébration montre à quel point la culture grand public mondiale est devenue réductrice.

Néanmoins, l’art, le progressisme politique et l’intellectualisme peuvent passer au second plan ici.

Tout ce qui compte, c’est que cette femme non blanche avec une cape et des ailes stylées qui sauve des vies grâce à ses pouvoirs physiques reflète ce faisant le désir de toutes les jeunes femmes arabes de voir quelqu’un qui leur ressemble sur la plus grande scène du monde : l’espace télévisuel américain. 

La scène citée ci-dessus est l’un des rares moments forts de Moon Knight, la série Marvel aux saveurs égyptiennes dont on parle beaucoup et qui a été réalisée par Mohamed Diab – le premier cinéaste égyptien à diriger un projet Marvel à Hollywood. 

Nombreux sont ceux qui se sont extasiés sur Moon Knight et ont loué la performance d’Oscar Isaac, l’intégration de la mythologie égyptienne dans l’univers Marvel, la représentation rafraîchissante du Caire contemporain et, surtout, l’inclusion de mélodies pop égyptiennes et arabes.

Moon Knight était initialement destiné à être un exercice ponctuel, une histoire de super-héros atypique de par l’apport culturel de son héroïne égyptienne.

Un mythe pakistanais lié à la partition des Indes

C’était toutefois avant l’arrivée de Miss Marvel, qui a révélé au grand jour les failles de Moon Knight et prouvé que l’œuvre de Mohamed Diab, certes louable, suivait en réalité un modèle woke à succès, bien qu’ordinaire. 

Première super-héroïne musulmane originaire d’Asie du Sud à apparaître sur les écrans américains, Miss Marvel mêle un mythe pakistanais lié à la partition des Indes en 1947, des airs indiens et de nombreuses références avisées à Bollywood et aux traditions musulmanes, d’une manière qui paraît plus fluide et plus libre que dans Moon Knight, souvent indigeste.

Alors que Moon Knight, lestée par l’héritage et la riche histoire de l’Égypte antique, peine à lui rendre justice, Miss Marvel atteint l’objectif modeste fixé avec un aplomb notable, prouvant une fois de plus que les histoires empreintes d’honnêteté émotionnelle peuvent transcender les formules.  

Le récit de Moon Knight est plus ambitieux et plus orienté vers un public adulte que celui de Miss Marvel

Oscar Isaac incarne Marc Spector, un mercenaire intrépide souffrant d’un trouble dissociatif de l’identité qui s’est créé un alter ego, Steven Grant, un employé de musée anglais timide mais adorable, obsédé par l’Égypte antique. 

On apprend toutefois rapidement que Marc est en réalité l’avatar de Khonshu, dieu pharaonique de la Lune. Il est marié à Layla El-Faouly (May Calamawy, révélée dans Ramy), la fille égyptienne d’un archéologue qui a été tué dans des circonstances mystérieuses lors d’une expédition. 

Le récit de Moon Knight est plus ambitieux et plus orienté vers un public adulte que celui de Miss Marvel

Marc/Steven se lance dans un dangereux périple pour empêcher un chef de culte, Arthur Harrow – campé par un Ethan Hawke détaché qui livre là l’une de ses pires performances à l’écran –, de ressusciter Âmmit, la déesse égyptienne de la justice qui juge les gens sur la « nature de leur cœur » et non sur leurs actions – quoi que veuille dire cette notion vague. 

Âmmit et son serviteur Arthur Harrow projettent de débarrasser le monde de tous ceux qui ont un cœur impur, y compris les enfants. 

La série nous offre des sommets grandioses pour les dieux et leurs avatars, des poursuites sur les toits et des combats dans les ruelles animées du Caire, des distorsions matrixiennes de diverses réalités incertaines (un thème que Mohamed Diab a déjà exploré en 2014 dans sa production indépendante Decor), mais aussi, sans surprise, une psychanalyse expliquant pourquoi Marc a été contraint d’inventer Steven. 

Trop de choses à la fois

Le principal problème de Moon Knight est que la série essaie d’être trop de choses à la fois et échoue presque à chaque fois. C’est d’abord une aventure à la sauce Indiana Jones. Il s’agit aussi d’une initiation cartoonesque au monde sous-exploré de la mythologie égyptienne. Mais cette tentative de vulgarisation du sujet est un échec retentissant.

Moon Knight est également une étude sur les traumatismes et les violences domestiques, mais aussi et surtout un traité bancal sur l’opposition entre libre arbitre et prédestination. 

Wonder Woman 1984 : Hollywood ne peut s’empêcher d’avoir une vision datée du Moyen-Orient
Lire

Ce méli-mélo de thèmes sous-développés est surmonté de séquences d’action banales qui manquent non seulement d’inventivité, mais aussi d’émotion. 

Mohamed Diab, qui est avant tout un réalisateur d’action compétent, tente d’insuffler un peu de dynamisme à l’action plutôt insipide en se servant des pertes de mémoire de Marc/Steven pour faire des sauts vers les suites sanglantes des événements violents.

Il s’agit là de la seule facette imaginative d’une série qui, par ailleurs, donne la priorité à une longue et inutile exposition de la mythologie égyptienne et du passé tumultueux du protagoniste. 

Les meilleures actions de combat au cinéma, qu’il s’agisse des films de Bruce Lee ou des représentations classiques du wuxia (genre littéraire populaire en Chine, mettant généralement en scène les épopées épiques de combattants d’arts martiaux, notamment dans la Chine médiévale) de King Hu dans les années 1960 et 1970, sont une réfraction de la puissance et de la magie du cinéma : la poésie des corps en mouvement, formant une sorte de ballet, suscitent une harmonie dans le chaos. 

Moon Knight, en comparaison, est un exemple de plus de l’éthique visuelle de Marvel : des spectacles répétitifs chorégraphiés, en pilotage automatique.    

S’il est difficile de savoir ce que retient un spectateur occidental non averti de ces repères musicaux, leur impact est incroyablement puissant chez le spectateur arabe

La plus grande contribution de Mohamed Diab est la bande son riche, d’inspiration égyptienne. Les choix musicaux ont fait couler beaucoup d’encre, de l’air de mahraganat El Melouk à Shaghalony, titre teinté de swing d’Abdel Halim Hafez, en passant par les remix entêtants de classiques arabes tels que Saat Saat de Sabah ou Bitwannes Beek de Warda. 

S’il est difficile de savoir ce que retient un spectateur occidental non averti de ces repères musicaux, leur impact est incroyablement puissant chez le spectateur arabe.

Bien plus lourde de sens que la vue d’une super-héroïne égyptienne, l’utilisation évocatrice de ces airs tant aimés témoigne de l’attrait considérable d’un riche catalogue musical, d’une forme d’art arabe singulière qui n’a pas encore été découverte par le monde occidental. Ce sont la musique et l’art qui forment des héritages nationaux dignes de ce nom, pas les super-héros. 

La représentation du Caire par Mohamed Diab, tourné en réalité en Hongrie en raison d’une bureaucratie égyptienne notoirement étouffante, est tout aussi louable. À des années-lumière de l’exotisme désertique offensant de Wonder Woman 1984, Le Caire de Mohamed Diab est la capitale égyptienne en effervescence et chaotique que ses habitants aiment autant qu’ils détestent. 

Avec son défilé incessant de tuk-tuks, ses charrettes de pastèques, ses coins à falafels et son agitation incessante, Mohamed Diab, qui a réuni une mini-équipe égyptienne, immortalise l’ambiance saturée de la vie cairote d’une manière affectueuse et authentique qui offre un regard sur une ville aussi pittoresque qu’étouffante. 

Miss Marvel n’hésite pas à s’attaquer aux normes islamiques

Miss Marvel, dont l’intrigue se déroule dans le New Jersey, est un animal radicalement différent.

Dans une histoire de passage à l’âge adulte faisant écho à Spider-Man ou Kick-Ass, Iman Vellani, une nouvelle venue canado-pakistanaise, incarne Kamala Khan, une vloggeuse américano-pakistanaise, fille d’immigrés, qui nourrit une obsession presque maladive pour les Avengers et Captain Marvel.

Fortement impliquée dans sa communauté pakistanaise et sa mosquée, elle s’efforce néanmoins de se libérer des griffes de parents surprotecteurs mais attachants. 

Iman Vellani, star de Miss Marvel, assiste à une projection de la série à New York (AFP/Noam Galai)
Iman Vellani, star de Miss Marvel, assiste à une projection de la série à New York (AFP/Noam Galai)

Après une dispute avec ses parents, elle sort de chez elle en cachette pour participer à un comic-con consacré aux Avengers, avec son costume fétiche de Captain Marvel et un vieux bracelet appartenant à son arrière-grand-mère Aisha. 

Ce bracelet scintillant renferme en réalité des pouvoirs magiques qui confèrent à son porteur la capacité de projeter des éclairs d’énergie, à la manière de Spider-Man. On apprend rapidement que le bracelet est recherché par un groupe de djinns, ou Clandestins, auquel Aisha a appartenu. 

Le groupe a été exilé d’une dimension appelée Noor (lumière) pendant la partition et seul le bracelet peut les aider à y retourner. De violentes confrontations s’ensuivent alors que le Department of Damage Control (DODC) se lance sur leurs traces.    

Contrairement à Moon Knight, Miss Marvel accorde à la politique une place centrale. La partition est au cœur de sa mythologie surnaturelle, qui elle-même se transforme progressivement en une allégorie des conséquences de la séparation entre l’Inde et le Pakistan, imposée par la Grande-Bretagne. 

Contrairement à Moon Knight, Miss Marvel accorde à la politique une place centrale

Le DODC représente les gouvernements occidentaux, animés d’une xénophobie décomplexée, dont les pouvoirs étendus les dispensent de répondre de leurs actes racistes.

La politique en matière d’égalité des sexes est également très présente à travers Nakia (Yasmeen Fletcher), une adolescente voilée, meilleure amie et copine de mosquée de Kamala, qui incarne à la fois la discordance culturelle des adolescents musulmans américains et la lutte des jeunes femmes pour l’autodétermination. 

En dépit d’un ton plutôt pittoresque, Miss Marvel n’hésite pas à s’attaquer aux normes islamiques, ou plus précisément aux normes islamiques pratiquées par la communauté pakistanaise de Kamala.

Nakia critique ouvertement le fait que les femmes soient reléguées au fond de son lieu de culte pendant les sermons, et son combat féministe pour faire bouger les choses dans la hiérarchie de la mosquée se transforme en une intrigue secondaire captivante.

La liberté relative accordée à son frère aîné Aamir (Saagar Shaikh), très religieux, laisse entrevoir la persistance d’un système de deux poids, deux mesures dans l’éducation des filles et des garçons au sein des communautés pakistanaises.

La religion, un aspect parmi d’autres de la vie

Il y a aussi la mère de Kamala, qui confie dans une scène que l’Amérique qu’ils ont découverte n’était pas à la hauteur de l’image ambitieuse qu’ils s’étaient construite, et que le « rêve américain » n’était en réalité qu’un mythe.

Mais la plus grande réussite de Miss Marvel réside dans sa représentation des traditions musulmanes. Qu’il s’agisse de l’utilisation d’un vocabulaire courant ou de l’exploration de la vie dans les mosquées, les créateurs de la série – majoritairement musulmans ou issus de milieux musulmans et moyen-orientaux – ont astucieusement éliminé le caractère aliénant du traitement stéréotypé réservé par Hollywood aux vies musulmanes. 

Miss Marvel a la particularité de faire de l’identité religieuse de ses personnages un élément accessoire de l’intrigue principale (Marvel)
Miss Marvel a la particularité de faire de l’identité religieuse de ses personnages un élément accessoire de l’intrigue principale (Marvel)

Le mariage des coutumes islamiques avec l’héritage culturel sud-asiatique – la musique, les vêtements, les danses – est d’autant plus remarquable qu’il illustre le fait que les vies musulmanes ne sont pas aussi uniformes que le grand écran et le petit écran en Occident ont l’habitude de le faire croire. 

Cet examen demeure superficiel – on est chez Marvel, après tout –, mais on ressent une joie irréfutable à voir des personnages musulmans aux prises avec des dilemmes sans rapport avec leur système de croyance.

Comme dans la vie réelle, la religion est un aspect parmi d’autres de la vie de ces adolescents. Et bien qu’elle soit exagérément mise en avant dans certaines séquences, elle n’est jamais considérée comme la force principale ou la seule philosophie qui guide leur comportement.    

Ces innombrables couches, tissées avec une habileté sans faille, prennent vie dans une palette charmante, quoique parfois sirupeuse, qui établit un parallèle entre le style coloré des comics Marvel et la palette flamboyante de Bollywood. 

Miss Marvel fait tellement de choses dans le cadre limité qui la restreint ; Moon Knight, en comparaison, est un rendez-vous manqué, en particulier dans sa gestion de l’histoire de l’Égypte antique

Miss Marvel fait tellement de choses dans le cadre limité qui la restreint ; Moon Knight, en comparaison, est un rendez-vous manqué, en particulier dans sa gestion de l’histoire de l’Égypte antique.

Dépourvue de tout aspect politique – chose surprenante compte tenu de la nature excessivement politique de l’œuvre de Mohamed Diab (Clash, Amira) –, la mythologie égyptienne que comporte la série n’est qu’un prétexte pour le déroulement de l’histoire. 

La civilisation égyptienne a inspiré le monde dans divers domaines – art, architecture, sciences, religion. La philosophie, cependant, est un domaine dans lequel l’Égypte antique a eu peu d’impact. Jusqu’à récemment en Occident, on pensait que l’Égypte antique ne possédait aucune philosophie tangible : on estimait que l’histoire de la pensée avait commencé avec les Grecs.

Ce n’est que récemment que l’on a découvert que divers philosophes présocratiques tels que Xénophane, Parménide et Héraclite furent potentiellement influencés par une pensée égyptienne antique, qui constitua la base fondamentale de leurs réflexions. 

La montée des politiques identitaires

Moon Knight ne prend pas la peine de relayer cette sagesse égyptienne peu explorée. Comme dans un film hollywoodien ordinaire, les dieux égyptiens sont présentés comme des figurines sans cervelle qui ont une vision puérile de l’humanité. La série ne diffère en rien du Choc des Titans, qui habillait la mythologie grecque de la même manière inepte et creuse. 

Les super-héros ont souvent été comparés à la mythologie grecque – une théorie erronée et superficielle qui ne cesse d’être réfutée. Superman et la première vague de super-héros sont apparus à la fin des années 1930, période marquée par l’imminence de la Seconde Guerre mondiale et la montée du nazisme.

Les idées du philosophe allemand Friedrich Nietzsche ont influencé le genre du super-héros (domaine public)
Les idées du philosophe allemand Friedrich Nietzsche ont influencé le genre du super-héros (domaine public)

Ces personnages se sont développés dans un contexte de diffusion de la philosophie de Friedrich Nietzsche, qui a inventé le terme de « surhomme » en réponse à la « mort de Dieu », c’est-à-dire l’idée que Dieu n’est plus le centre de la finalité des sociétés occidentales et que des alternatives doivent être trouvées chez l’homme lui-même.

Le « surhomme » du philosophe allemand a résonné au cœur d’un public de créatifs confrontés à la destruction nihiliste causée par les deux guerres mondiales et à l’apparente inaccessibilité de la justice face aux atrocités qu’elles ont engendrées.

Leur réponse a été de créer de nouveaux dieux, des êtres immaculés aux prouesses physiques parfaites qui combleraient le vide en l’absence de justice divine. Avec le temps, nos super-héros sont devenus plus complexes, plus conflictuels sur le plan éthique, et chaque personnage et scénario en est venu à refléter l’atmosphère du moment.  

À la différence de la trilogie Batman de Christopher Nolan – sous-produit épique de l’ambiguïté morale de l’ère George W. Bush – les super-héros Marvel du nouveau millénaire parlent peu de leur époque. 

Le monde arabe enfin présenté sous un jour meilleur dans un film hollywoodien
Lire

Leur seul engagement vis-à-vis de considérations politiques actuelles est lié à la montée des politiques identitaires qui ont forcé le cinéma occidental à adopter la diversité de genre et ethnique à l’écran et en dehors. 

Moon Knight et Miss Marvel en sont des exemples et ils n’existeraient pas sans le succès commercial colossal de Black Panther et Shang-Chi.

Seuls Miss Marvel et Black Panther ont offert un aperçu de tout ce que l’on peut récolter lorsque les politiques d’identité entrent dans l’équation. Il est cependant fascinant de constater que Miss Marvel est la seule de ces œuvres à s’attaquer à un tabou longtemps ignoré : la question de Dieu. 

Les super-héros modernes ont été conçus pour être l’alternative à la notion traditionnelle de Dieu : ils sont humainement imparfaits, plus altruistes et beaucoup plus attentifs. Traditionnellement, la religion ou Dieu étaient absents de la plupart des productions de Marvel et DC, car Dieu n’avait plus sa place dans ces univers autonomes.

En faisant de Kamala une descendante potentielle des djinns, des êtres surnaturels de la tradition islamique, Miss Marvel introduit la religion dans l’histoire d’une manière qui lui confère plus de mystère et, étonnamment, plus de chaleur, à défaut de réelle profondeur.

En revanche, les dieux égyptiens de Moon Knight ne sont pas différents de leurs pendants grecs que Socrate, Platon et Aristote ont contestés : ils sont égocentriques, brutaux et dénués de sagesse.

L’importance de Miss Marvel dans la célébration de la culture musulmane sur Disney+, l’une des plateformes les plus visitées au monde, comporte une immense portée politique

La sagesse et la beauté de la pensée pharaonique n’apparaissent nulle part chez ces dieux ; leur conception rigide du bien et du mal, de l’inaliénabilité du destin, n’a aucune légitimité dans un monde de grisaille éthique. 

Le choix entre le bien et le mal a toujours été le thème central des histoires de Marvel. Même si le rôle de Dieu dans Miss Marvel est toujours indéfini, les créateurs de la série ont au moins adopté une position palpable qui ouvre la voie au débat et à des avancées. 

À cet effet, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la fonction des dieux de Moon Knight au-delà du maintien présumé de l’harmonie dans l’univers, tandis que l’on ne sait toujours pas quel type de relation les humains pouvaient avoir avec ces divinités profondément imparfaites.

Et ne parlons même pas des niveaux de réalité mal dessinés, d’inspiration cartésienne, qui n’ont pas grand-chose à voir avec les thèmes principaux de l’histoire. 

On aurait pu fermer les yeux sur de nombreux écueils rencontrés par Moon Knight si Miss Marvel ne lui avait pas emboîté le pas aussi rapidement. N’affichant guère le niveau de confiance ou la réalisation musclée de Black Panther, Miss Marvel ne réinvente pas la roue, mais renferme beaucoup d’idées par rapport à la moyenne des productions Marvel.

Son importance dans la célébration de la culture musulmane sur Disney+, l’une des plateformes les plus visitées au monde, comporte une immense portée politique.

En dépit de ses bonnes intentions, Moon Knight accomplit des prouesses comparativement inférieures à celles de Miss Marvel.

C’est une série qui peut fonctionner si l’on parvient à passer outre ses nombreuses failles. Mais pour le spectateur réfléchi et inquisiteur, la première incursion de Mohamed Diab à Hollywood ressemble de plus en plus à une gigantesque folie, avec beaucoup de promesses pour trop peu de résultats.

Joseph Fahim est un critique et programmeur de films égyptien. Il est le délégué arabe du Festival international du film de Karlovy Vary (Tchéquie), ancien membre de la Semaine de la critique de Berlin et ancien directeur de la programmation du Festival international du film du Caire. Il est co-auteur de plusieurs livres sur le cinéma arabe et a écrit pour de nombreux médias et think tanks spécialisés sur le Moyen-Orient, notamment le Middle East InstituteAl Monitor, Al JazeeraEgypt Independent et The National, ainsi que pour des publications cinématographiques internationales telles que Vérité Magazine. À ce jour, ses écrits ont été publiés en cinq langues.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Joseph Fahim is an Egyptian film critic and programmer. He is the Arab delegate of the Karlovy Vary Film Festival, a former member of Berlin Critics' Week and the ex director of programming of the Cairo International Film Festival. He co-authored various books on Arab cinema and has contributed to numerous outlets in the Middle East, including Middle East Institute, Al Monitor, Al Jazeera, Egypt Independent and The National (U.A.E.), along with international film publications such as Verite. To date, his writings have been published in five different languages.