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France : un rapport sur le racisme dans la police, aux oubliettes depuis deux ans

La note de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) explique qu’il n’existe pas de « racisme systémique » au sein de la police mais recommande de renforcer la formation des policiers
Des manifestants participent à une marche pour dénoncer « la violence d’État et le racisme systémique », à Paris le 18 mars 2023 (AFP/Julien de Rosa)
Des manifestants participent à une marche pour dénoncer « la violence d’État et le racisme systémique », à Paris le 18 mars 2023 (AFP/Julien de Rosa)
Par MEE

Augmenter le temps de formation initiale des policiers. Y intégrer des sessions de lutte contre le racisme et des modules de sciences humaines et sociales. Conditionner l’avancement de carrière au suivi de modules de formation continue sur la déontologie, l’éthique dans les pratiques policières et la lutte contre le racisme.

Voici quelques préconisations soumise par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) dans une note remise au Premier ministère en juillet 2021 et qui n’a depuis jamais été rendue publique.

Ce rapport, intitulé « Police et racisme : douze recommandations pour améliorer la formation des agents et la lutte contre le racisme », évoqué par l’hebdomadaire Charlie Hebdo le 12 juillet que L’Humanité a choisi de diffuser, piloté par le conseil scientifique de la DILCRAH, qui dépend de Matignon, avait été lancé après la mort de George Floyd aux États-Unis.

De nombreuses manifestations avaient alors dénoncé les pratiques racistes de la police américaine, particulièrement à l’égard de la population afro-américaine. En France, cet événement avait ravivé le débat sur le racisme dans la police, « certains dénonçant même le « racisme systémique » de l’institution policière », souligne la note.

« Le conseil scientifique de la DILCRAH devait se saisir de cette forte inquiétude doublée d’une interrogation sur certaines pratiques policières s’apparentant explicitement à du racisme envers certaines catégories de la population française », est-il précisé en préambule.

Selon les médias français, la mort de Nahel, 17 ans, tué à Nanterre après un refus d’obtempérer, remet aujourd’hui en lumière les raisons pour lesquelles cette étude avait été menée.

Au cours d’auditions, réalisées entre janvier et mai 2021, 21 personnes ont été sondées : des enseignants-chercheurs, des responsables exerçant au sein de la police, de la gendarmerie, de la justice ou encore des représentants d’une association intervenant dans la formation.

Au mauvais moment

« La tâche principale du groupe de travail a été d’écouter, de comprendre et d’échanger avec les personnes auditionnées dans l’objectif de faire des propositions concrètes en matière de formation initiale et continue des policiers », souligne la note.

« Nous avons mis l’accent sur la formation initiale et continue et sur le recrutement, car l’institution policière et le métier de policier n’attirent plus comme avant et, d’après un certain nombre de policiers, la qualité du recrutement s’est dégradée », témoigne dans Le Point Smaïn Laacher, professeur émérite à l’université de Strasbourg et directeur de l’Observatoire du fait migratoire et de l’asile à la Fondation Jean-Jaurès, qui présidait, à l’époque, ce conseil scientifique.

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« Nous avons estimé qu’il fallait ouvrir la formation aux sciences sociales et humaines, car un grand nombre de policiers sont confrontés bien souvent à des populations avec des propriétés sociologiques semblables et la formation continue devrait être partie intégrante de l’évaluation des policiers. Le rapport ne demande pas le démantèlement de l’institution policière, loin de là… »

L’étude conclut même qu’il n’existe pas au sein de l’institution policière française de « racisme systémique » visant à persécuter systématiquement certaines populations en fonction de leur origine, de leur appartenance ethnique ou de leur confession, supposée ou réelle, tout en admettant qu’il existe « des policiers racistes », dont les comportements sont « pénalement condamnables ».

« Au sein même de l’institution policière, nombreux sont celles et ceux qui le reconnaissent et tentent de rétablir un comportement républicain en matière d’intervention et de maintien de l’ordre », est-il précisé.

Selon Smaïn Laacher, la note, remise en plein Beauvau de la sécurité –  consultation lancée en février 2021 par le gouvernement Castex avec les syndicats de police, des élus, des magistrats et des membres de la société civile à la suite de l’affaire Michel Zecler, un producteur de rap violemment interpellé par la police – est peut-être tombée au mauvais moment.

« Je pense qu’au ministère de l’Intérieur en particulier, on a estimé que le moment n’était pas le bon pour faire paraître ce rapport, qui compliquait les choses dans sa stratégie et sa relation à la police », poursuit-il dans Le Point.

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