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Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les droits humains à l’épreuve du coronavirus

Arrestations musclées, citoyens emprisonnés, surveillance électronique : les droits humains, déjà malmenés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, sont davantage fragilisés par les mesures drastiques prises dans la région pour lutter contre le nouveau coronavirus
​Au centre de Beyrouth, un barrage des services secrets libanais surveille le trafic, le 24 mars 2020 (AFP)
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Face à la pandémie, près de la moitié de l’humanité est confinée et parfois étroitement surveillée. Si l’opinion soutient majoritairement les mesures prises, des voix s’élèvent contre d’éventuelles répercussions sur les droits humains.

Cette inquiétude vaut particulièrement pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, souvent classés parmi les mauvais élèves, avec leur lot de régimes autoritaires prompts à enclencher la machine sécuritaire, sans solides contre-pouvoirs.

Mesures musclées

Dans plusieurs pays, les images d’artères désertes où circulent des véhicules militaires chargés de faire respecter confinements et couvre-feux tranchent en outre avec celles des mouvements populaires qui, en 2019, ont entraîné la chute de gouvernements et chefs d’État, en Algérie, en Irak, au Liban et au Soudan.

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À ce jour, plus de 42 000 cas de COVID-19 et 2 600 décès ont été officiellement recensés dans la région MENA, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a exhorté les autorités à prendre la mesure du danger et à faire preuve de transparence.

La première partie du message a, semble-t-il, été reçue, du Golfe à l’Atlantique, avec l’instauration de mesures musclées.

En Jordanie, le roi Abdallah II a signé un décret conférant des pouvoirs exceptionnels au gouvernement. Des blindés ont été déployés dans les rues et des centaines de personnes interpellées pour non-respect du couvre-feu.

« Les gens sont demandeurs de plus d’ordre »

Si le ministre de la Défense a assuré que cela n’affecterait pas les droits individuels, Human Rights Watch (HRW) s’est montrée sceptique.

Au Maroc, l’armée a aussi fait son apparition à Rabat pour veiller au respect de « l’état d’urgence sanitaire ». Mais dans le royaume, connu pour sa politique sécuritaire, les arrestations musclées de contrevenants – qui risquent lourdes amendes et prison ferme – suscitent peu de protestations.

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« Les gens sont demandeurs de plus d’ordre. On assiste à une grande opération de relégitimation politique, facilitée par le large consensus autour du rôle de l’État au temps du coronavirus », estime un journaliste marocain sous couvert d’anonymat.

Parallèlement, Rabat promeut une lutte sans merci contre les « fake news ». Mais l’adoption sans débat d’une loi d’encadrement des réseaux sociaux a suscité des inquiétudes.

Le débat a pris une tournure plus vive en Israël, où le service de sécurité intérieure Shin Beth, d’ordinaire focalisé sur l’antiterrorisme, est désormais autorisé à collecter des données sur les citoyens pour lutter contre le virus. Cette décision du Premier ministre Benyamin Netanyahou a suscité la polémique, sur fond de crise politique.

Dans un éditorial publié par le Financial Times, l’anthropologue israélien Yuval Noah Harari affirme que « l’épidémie pourrait marquer un tournant décisif » car « le recours aux outils de surveillance massifs » expose les citoyens à un contrôle plus intrusif.

Des  victimes collatérales

En Algérie, après plus d’un an d’une contestation populaire inédite, il aura fallu l’émergence de la pandémie pour mettre un terme –  temporaire ? – aux manifestations hebdomadaires. Mais les inquiétudes des ONG redoublent car la machine judiciaire tourne toujours.

Rare figure du hirak, Karim Tabbou a vu sa peine alourdie en appel, écopant d’une année de prison ferme. Et Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé vendredi l’arrestation de son correspondant, le journaliste Khaled Drareni.

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« Le hirak a suspendu sa mobilisation face au coronavirus mais le gouvernement n’a pas suspendu sa répression », a réagi sur Twitter le directeur-adjoint de la région MENA chez HRW, Eric Goldstein.

Au Liban, là aussi, le mouvement de contestation fait office de victime collatérale. Après des mois de mobilisation, les campements installés dans le centre de Beyrouth ont été démantelés dans la nuit de vendredi à samedi par la police.

« Le pouvoir corrompu jusqu’à l’os prend avantage du fait que les gens sont préoccupés par leur santé et sont confinés pour réprimer toute voix dissidente », s’est insurgé sur Twitter le militant et réalisateur Lucien Bourjeily.

La situation en Tunisie, jeune et fragile démocratie, génère des interrogations. Car le pays est aussi un ancien État policier dont les forces de sécurité ont été peu réformées.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) a demandé des clarifications sur les mesures de confinement, pour limiter l’arbitraire après la dénonciation sur internet d’interventions policières musclées contre des personnes affirmant être sorties pour des courses.

Prisons : environnement à risque

En Égypte, le pouvoir a d’abord ciblé des médias mettant en doute les faibles bilans officiels de contaminations. Une journaliste du Guardian a été forcée de quitter la pays après un article jugé « de mauvaise foi », selon le quotidien britannique.

Avec l’augmentation des cas, des mesures de confinement ont été prises, le gouvernement autoritaire d’Abdel Fattah al-Sissi brandissant la menace de lourdes amendes et peines de prison.

Dans un pays dépourvu de presse et d’une justice indépendantes, les familles des prisonniers de conscience ont eux tiré la sonnette d’alarme face à la possible irruption du virus dans des prisons surpeuplées et à l’hygiène douteuse.

Selon des ONG, l’Égypte compte quelque 60 000 prisonniers politiques. Amnesty a appelé à la libération « immédiate et sans condition » des détenus d’opinion mais seuls quinze dissidents politiques ont été remis en liberté.

Dans le Golfe, des ONG ont aussi appelé à libérer des défenseurs des droits humains, comme Ahmed Mansour aux émirats ou Nabil Rajab à Bahreïn. D’après HRW les prisons y sont synonymes de surpopulation, d’insalubrité et d’accès limité aux soins.

« Face à cette pandémie, n’est-il pas temps de libérer les prisonniers d’opinion ? », s’est interrogé sur Twitter le militant koweïtien Anwar al-Rachid.