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COP26 : ce sont les pays pauvres qui paieront le prix de l’inaction des gouvernements

Toutes les régions du monde sont touchées par les catastrophes climatiques, dont le nombre a triplé ces 30 dernières années. Mais les plus durement affectés sont les pays pauvres. Une situation face à laquelle la COP26 a montré toute son impuissance
Le financement de l’aide aux pays en voie de développement et les pays moins avancés,  frappés par les dommages causés par le changement climatique, a divisé les participants à la COP26 (AFP/Dibyangshu Sarkar)
Le financement de l’aide aux pays en voie de développement et les pays moins avancés, frappés par les dommages causés par le changement climatique, a divisé les participants à la COP26 (AFP/Dibyangshu Sarkar)

Jamais une COP, que ce soit pour le climat, pour la conservation de la biodiversité ou pour la lutte contre la désertification, n’aura suscité à travers le monde autant d’intéressement, de médiatisation, d’enthousiasme, de débats, de réunions mais aussi d’attentes, d’espérances et de désillusions que la COP26 de Glasgow qui s’est tenue du 1er au 13 novembre.

Des mois avant sa tenue, reportée d’un an en raison de la pandémie de COVID-19 – la COP25 s’est tenue à Madrid du 2 au 13 décembre 2019 –, et particulièrement depuis la parution en août 2021 du chapitre I du sixième rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), institutions, scientifiques et organisations de la société civile n’ont pas caché leurs doutes et leur pessimisme sur les résultats de la COP26, celle « de la dernière chance », comme elle a été qualifiée.

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L’accord de Paris, adopté lors de la COP21 en 2015, a fixé l’année 2020 pour les remises des CDN (Contributions déterminées au niveau national) dans lesquelles chaque pays indique les actions mises en œuvre pour réduire ses émissions nationales et s’adapter aux effets du réchauffement climatique, à maintenir à -1,5 °C pour la fin du siècle.

La fin du mois de juillet 2021 avait été retenue par la Convention des Nations unies pour le changement climatique (CCNUCC) comme délai de rigueur pour la remise des CDN.

Et alors qu’il manquait encore les contributions de nombreux pays, dont celles des grands pollueurs (Chine, Inde, Russie, Arabie saoudite), le secrétaire général de l’ONU António Guterres déclarait déjà à ce moment-là : « Nous allons à la catastrophe », la température globale du réchauffement promettant de grimper à +2,4 °C, loin du -1,5 °C où voulaient la contenir les parties contractantes.

Le pacte de Glasgow, un « mauvais » document

Le rapport du GIEC publié le 9 août 2021 est, a-t-on dit, alarmiste car pour les experts, « il est déjà trop tard pour espérer limiter à 1,5 °C et même 2 °C le réchauffement d’ici 2030 à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre [GES], de 63 % avant 2030 ».

« Au rythme actuel, elles sont hors de portée », soulignent encore les auteurs du rapport, pour lesquels « cela pourrait entraîner une augmentation de la température d’environ 2,7 °C d’ici la fin de ce siècle ».

Les effets du réchauffement sont déjà dévastateurs et « le pire est à venir », indique encore le rapport, qui précise que « près de 2,5 milliards de personnes supplémentaires seront affectées d’ici 2050 par des risques climatiques, des vagues de chaleur aux inondations, en passant par l’impact sur l’agriculture ».

En août, des feux de forêts meurtriers, dont la rapidité de propagation a été en partie attribuée à la sécheresse et à la chaleur, ont dévasté le nord de l’Algérie (AFP/Ryad Kramdi)
En août, des feux de forêts meurtriers, dont la rapidité de propagation a été en partie attribuée à la sécheresse et à la chaleur, ont dévasté le nord de l’Algérie (AFP/Ryad Kramdi)

La COP26 s’est achevée aux forceps samedi 13 novembre sur le pacte de Glasgow. « Adopté dans la douleur », ont titré des médias restés optimistes sur l’avenir de la planète. D’autres parlent carrément d’un document « mauvais », ajoutant que cela « aurait pu être pire ».

Inédite par son ampleur avec 40 000 participants enregistrés, 100 000 manifestants à l’extérieur du palais des conférences de Glasgow, la COP a réuni 197 nations et 120 chefs d’État, à l’exception des pays les plus gros pollueurs comme la Chine, la Russie et le Brésil.

La première semaine a été riche en annonces prometteuses sur la réduction de 30 % des émissions de méthane, deuxième gaz à effet de serre, l’arrêt de la déforestation d’ici 2030, l’arrêt des financements pour les énergies fossiles et, pour une trentaine de pays, la vente exclusive de voitures électriques neuves d’ici 2040.

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Les choses se sont compliquées la deuxième semaine avec les divergences sur la sortie du charbon, l’arrêt des subventions pour les énergies fossiles, et les CND restées loin de l’accord de Paris, autant de revers qui ont arraché des larmes à Alok Sharma, président de la conférence.

Mais ce qui a fini par diviser le monde, c’est le financement de l’aide aux pays en voie de développement (PVD) et les pays moins avancés (PMA), notamment le volet « pertes et préjudices » qui deviendra le fait saillant de la COP26. Des termes utilisés dans les discussions pour désigner les dommages causés par le changement climatique.

Il s’agit d’événements soudains comme les ouragans ou les violentes inondations, mais aussi des phénomènes de plus long terme comme l’élévation du niveau de la mer.

Pour les seuls pays en développement, les coûts économiques de tels dégâts « sont estimés entre 290 milliards et 580 milliards de dollars par an d’ici à 2030 », rapporte le magazine en ligne Pour l’éco.

Impact disproportionné sur les populations les plus pauvres

Les catastrophes climatiques extrêmes frappent tous les pays, riches et pauvres.

Un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUD) daté du 12 octobre 2021 indique que 78 pays parmi les PMA et les PVD ne sont responsables que de 7 % des émissions mondiales de GES depuis 1850. Alors que les pays du G20 sont responsables des trois-quarts des émissions mondiales.

« Il faut mettre l’argent sur la table pour les pays pauvres », a plaidé le Premier ministre britannique Boris Johnson, le 15 novembre 2021 (AFP/Jessica Taylor)
« Il faut mettre l’argent sur la table pour les pays pauvres », a plaidé le Premier ministre britannique Boris Johnson, le 15 novembre 2021 (AFP/Jessica Taylor)

Toutes les régions du monde sont touchées et le nombre de catastrophes liées au climat a triplé au cours des 30 dernières années.

L’augmentation de la température de l’air et de l’eau entraîne une élévation du niveau des mers et renforce l’intensité des tempêtes, des vents, des sécheresses et des incendies qui durent plus longtemps, ainsi que des précipitations et des inondations n’épargnant aucun continent jusqu’aux plus hautes latitudes. Ces catastrophes ont contraint plus de 20 millions de personnes par an à se déplacer.

« Vous êtes les premiers à souffrir et les derniers à recevoir de l’aide », a reconnu le secrétaire général de l’ONU António Guterres lors d’une réunion à la COP des pays du Climate Vulnerable Forum (CVF), un partenariat mondial de pays touchés de manière disproportionnée par les conséquences du réchauffement climatique.

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D’autres groupes de pays vulnérables ont parlé en ce sens, à l’instar de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), menacés de disparition pure et simple par l’élévation en progression du niveau de la mer.

Le Premier ministre britannique a fini par réagir au douzième jour face aux cris des manifestants qui dénonçaient « l’injustice » et le « blabla » des réunions de la COP : « Il faut mettre l’argent sur la table pour les pays pauvres », a plaidé Boris Johnson.

L’aide financière aux PMA pour faire face aux conséquences du changement climatique est un des points qui ont retardé la conclusion d’un accord, alors que les pays riches n’ont toujours pas tenu leur promesse de 100 milliards d’aide annuelle.

La délégation la plus forte : celle des lobbies pour les énergies fossiles

C’est en effet ce à quoi se sont soustraits les pays riches depuis la COP15 de Copenhague en 2009 ayant institué un fond vert de 100 milliards de dollars par an pour financer la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique des PMA.

À Paris en 2015, le fond a été mis en place, mais en octobre 2021, seuls 80 millions de dollars avaient effectivement été consacrés à l’aide aux pays les plus pauvres selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qui précise que cela « ne sera atteignable qu’en 2023 ».

Quels sont les pays pauvres ? Difficile question, car on ne s’accorde pas non plus sur la définition de la pauvreté, laquelle est liée au PIB et au revenu annuel par habitant, indices économiques loin, selon de nombreux avis d’experts, de refléter la réalité du terrain.

On considère également l’Indice mondial des risques climatiques 2021 dont on peut trouver les classements sur leurs sites internet respectifs mais globalement et sans surprises les pays riches sont en tête et les dix derniers des pays africains

Cette notion de pauvreté n’inclut pas, par exemple, le développement humain et les dégradations des milieux naturels. Pour y remédier, des indices de vulnérabilité ont été proposés, comme le ND-GAIN, qui est composé d’un score de vulnérabilité et d’un score de préparation.

La vulnérabilité mesure l’exposition, la sensibilité et la capacité d’un pays à s’adapter à l’impact négatif du changement climatique en tenant compte de la vulnérabilité dans six secteurs essentiels à la vie – alimentation, eau, santé, services écosystémiques, habitat humain et infrastructure.

Un autre outil est l’Indice mondial des risques climatiques (IRC), dont le classement 2021, tout comme celui du ND-GAIN, montre sans surprise les pays riches en tête et les pays africains parmi les dix derniers.

Les désaccords apparus entre les États riches grands pollueurs mais aussi entre les pays riches et les PMA sur la responsabilité dans les émissions globales ont montré les limites des COP, que dénoncent des participants, des scientifiques, des observateurs et de nombreuses ONG.

« Elles ne servent à rien, du blabla et de la perte de temps », ont déclaré des personnalités, jeunes pour la plupart, à la tête des gigantesques manifestations qui se sont déroulées à Glasgow et dans d’autres capitales du monde.

Devant ce qui a été qualifié de « flop » historique en réponse au Premier ministre britannique, qui avait parlé de « rencontre historique de Glasgow », les manifestants ont clamé que « la lutte contre le réchauffement climatique ne devait plus compter sur les États, qui représentent des intérêts précis, ceux de l’ultralibéralisme, mais sur les sociétés, qui sont en avance sur les dirigeants du monde ».

De fait, la délégation la plus forte à la COP26 a été celle des lobbies qui militent pour les énergies fossiles.