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Israël autorise les propriétaires d’armes à feu à tuer des Palestiniens

Le soutien ministériel aux attaques à l’arme à feu menées par des Israéliens montre que l’État n’a aucunement l’intention de réduire la violence ou préserver des vies, surtout celles des Palestiniens
Au cours des cinq dernières années, les autorités israéliennes ont délivré plus de 100 000 nouvelles licences d’armes à feu à des civils (AFP)

Les bombardements israéliens ont cessé, du moins pour le moment, tout comme les tirs de roquettes depuis Gaza. Mais en plus des bombes, il faut parler des armes à feu. En plus des territoires, il faut parler des quartiers. En effet, la politique d’Israël en matière d’armes légères et celle relative à la guerre sont directement et étroitement liées.

Les civils autorisés à porter des armes en Israël, principalement des hommes juifs, sont ouvertement encouragés par l’État à tirer pour tuer des Palestiniens perçus comme des assaillants ou supposés l’être.

Parmi les citoyens palestiniens d’Israël, les politiques dangereuses, discriminatoires et conflictuelles en matière d’armes légères ont été aggravées par les tensions alimentées par des décennies de dépossession et de marginalisation

Selon certaines informations, des juifs armés ont fait irruption dans le quartier de Shuafat à Jérusalem-Est occupée à bord de quatre voitures dans la nuit du 16 mai. Ils ont ouvert le feu sur des Palestiniens et ont blessé deux d’entre eux. Fait révélateur, les médias ont noté que les assaillants détenaient légalement des armes à feu.

Une semaine plus tôt, des juifs avaient abattu Moussa Hassouna, un Palestinien de 32 ans, près de son domicile à Lod, en Israël. Alors qu’ils étaient en garde à vue pour interrogatoire, le ministre israélien de la Sécurité publique a demandé leur libération dans un tweet le lendemain, faisant l’éloge de ceux qui portent légalement des armes. « L’arrestation du tireur à Lod et de ses camarades, qui ont agi en légitime défense, est terrible », a twitté Amir Ohana, du Likoud. « […] les citoyens respectueux des lois qui portent des armes sont un multiplicateur de force entre les mains des autorités, pour une neutralisation immédiate de la menace et du danger. »

Des Palestiniens portent le cercueil de Moussa Hassouna à Lod le 11 mai 2021 (AFP)
Des Palestiniens portent le cercueil de Moussa Hassouna à Lod le 11 mai 2021 (AFP)

Ces dernières années, les politiques étatiques relatives aux armes légères en Israël ont pris une tournure inquiétante et agressive. De multiples administrations ont assuré l’armement massif des civils juifs, affirmant que cela pouvait aider à endiguer le « terrorisme » et assurer la sécurité. La forte augmentation des demandes de licence actuellement est le résultat direct de ces politiques, ainsi qu’une réponse à la récente éruption de violence.

Selon les données obtenues par Gun Free Kitchen Tables (GFKT), une coalition d’organisations de la société civile visant à désarmer les foyers et les rues et à renforcer le contrôle des armes à feu, au cours des cinq dernières années, les autorités chargées des licences d’armes à feu ont délivré plus de 100 000 nouveaux permis à des civils. La coalition a vivement protesté contre cette tendance et l’a également contestée devant la Cour suprême israélienne.

Des politiques létales

De nouvelles données sur les assassinats de femmes par armes à feu en Israël semblent déjà refléter les conséquences létales de la politique israélienne en la matière. En 2020, le nombre de femmes abattues à l’aide d’une arme à feu autorisée dans le pays était 2,5 fois supérieur à la moyenne globale de femmes victimes d’armes à feu au cours des quatre années précédentes.

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Par ailleurs, les gouvernements successifs maintiennent une présence policière à la fois abusive et insuffisante dans les villes et villages palestiniens d’Israël depuis des décennies. La police y a procédé à un nombre disproportionné d’arrestations souvent arbitraires, tout en permettant sciemment le stockage d’armes à feu sans licence. Selon les recherches de GFKT, celles-ci sont principalement achetées à des militaires et autres sources autorisées, et arment un nombre croissant de gangs criminels.

Près de 100 citoyens palestiniens ont été tués en 2020, la plupart par armes à feu, ce qui dépasse de loin le nombre de victimes juives au cours de la même période, alors que la communauté ne représente que 20 % de la population israélienne.

Depuis plus d’une décennie, les dirigeants de la communauté palestinienne supplient l’État israélien d’endiguer le flux d’armes en leur sein. En vain.

En mai à Lod, des Palestiniens auraient blessé par arme à feu un homme juif, et dans la ville palestinienne d’Umm al-Fahm, un agent de la police des frontières israélienne a été blessé par balle. Aucun détail n’a été communiqué sur les armes à feu ou les porteurs d’armes impliqués, mais presque tout le monde en Israël tient pour acquis le fait qu’il s’agissait d’armes à feu sans licence (« illégales »).

Une combinaison toxique

Aucun ministre n’exigera la libération des Palestiniens détenus – certainement pas le ministre de la Sécurité publique, qui est en charge de la police. La police ne dupliquera pas non plus le type de soutien qu’elle fournit aux attaques de groupes de droite, à qui elle donne un accès complet aux quartiers palestiniens, sans intervenir.

Lors des troubles de mai, la police aurait arrêté en une semaine 850 citoyens palestiniens d’Israël, contre 150 juifs.

Parmi les citoyens palestiniens d’Israël, les politiques dangereuses, discriminatoires et conflictuelles en matière d’armes légères ont été aggravées par les tensions alimentées par des décennies de dépossession et de marginalisation, y compris les attaques actuelles contre les habitants de Sheikh Jarrah, la violente profanation des prières à la mosquée al-Aqsa et le bombardement de Gaza.

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De leur côté, les juifs en Israël ont été secoués par les raids aériens et les victimes des roquettes tirées depuis Gaza. Cette combinaison toxique a amené des villes mixtes telles que Lod, Haïfa, Jaffa, Acre et Ramla au bord du terrifiant gouffre de la confrontation armée.

De telles éruptions de violence ont fourni un prétexte pour imposer de facto une loi martiale aux citoyens palestiniens, avec notamment des patrouilles de la police des frontières, des couvre-feux et des arrestations massives. Ces éruptions semblent être exactement ce que des politiciens comme le ministre de la Sécurité publique (un titre qui fournit un exemple parfait de novlangue) conçoivent et promeuvent.

L’imagerie hollywoodienne des bons contre les méchants (lire : « juifs contre Arabes ») et des « défenseurs » contre les « maraudeurs » sont des ingrédients idéaux pour diaboliser davantage « l’ennemi » qui vit littéralement à côté. Ce sont en même temps de grands stratagèmes permettant de détourner l’attention des échecs en matière de gouvernance de ceux qui détiennent le pouvoir.

C’est précisément le même algorithme qui a guidé les politiques de guerre d’Israël. L’État semble n’avoir aucunement l’intention de réduire la violence ou préserver des vies, surtout celles des Palestiniens.

La suprématie et l’expansion – et surtout l’attachement au pouvoir – l’emportent sur la vie et bloquent toute évolution possible vers des solutions politiques négociées. Les seules solutions envisagées sont la force, les bombes et les armes à feu. C’est la raison pour laquelle Israël est en rapide déliquescence.

- Rela Mazali est une auteure, universitaire indépendante et militante antimilitariste israélienne. Elle est cofondatrice et coordinatrice de la coalition anti-armes Gun Free Kitchen Tables.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original).

Rela Mazali
Rela Mazali is a writer, an independent scholar and an anti-militarist activist from Israel. She is Co-founder and Coordinator of Gun Free Kitchen Tables