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Cisjordanie : la colère enfle après la mort d’un enfant tué par les Israéliens

Abattu par des soldats israéliens ayant ouvert le feu sur la voiture de sa famille à Beit Ommar, Mohammed al-Alami n’avait que 12 ans. Ses funérailles ont également été attaquées par l’armée israélienne, faisant un mort
Une foule se rassemble à Beit Ommar pour porter la dépouille de Mohammed al-Alimi à travers la ville (MEE/Akram al-Waara)
Par
BEIT OMMAR, Cisjordanie occupée

L’heure du déjeuner approchait, Moayyad al-Alimi et ses trois enfants rentraient chez eux de l’épicerie lorsqu’ils sont tombés sur un groupe de soldats israéliens à l’entrée de leur ville, Beit Ommar, dans le sud de la Cisjordanie occupée.

Étant donné que l’entrée de la rue où vit la famille est située à une cinquantaine de mètres d’une base militaire israélienne permanente, ils avaient l’habitude de voir des soldats dans le coin.  

Moayyad approchait de l’entrée du pâté de maisons de sa famille quand son aîné, Mohammed (12 ans), l’a supplié d’aller au magasin du coin pour acheter des friandises avant de rentrer déjeuner. Moayyad a donné son accord et a commencé à faire demi-tour.

Quelques instants après sa manœuvre, il n’entendait plus que des cris et une salve de tirs.

Un cortège porte la dépouille de Mohammed al-Alimi (MEE/Akram al-Waara)
Un cortège porte la dépouille de Mohammed al-Alimi (MEE/Akram al-Waara)

« Tout ça s’est passé devant mes yeux », raconte à Middle East Eye Ashraf al-Alami, le frère de Moayyad et oncle de Mohammed, qui se tenait à l’entrée près de la maison de famille à ce moment-là.

« Les soldats n’ont pas tiré en l’air ni fait de sommation, ils ont arrosé la voiture de balles », rapporte-t-il.

Quand Moayyad s’est tourné vers ses trois enfants à l’arrière de la voiture, il s’est rapidement rendu compte que Mohammed ne parlait pas. C’est alors que sa fille de 8 ans, Anan, a montré le sang que perdait son frère.

« On s’est précipité vers la voiture et on a découvert Moayyad au sol, hurlant ‘’Ils l’ont abattu, ils l’ont abattu’’ ! » poursuit Ashraf, précisant que son frère était dans un état second et pouvait à peine se tenir debout.

Lorsqu’Ashraf et d’autres passants ont ouvert la portière arrière, il n’en croyait pas ses yeux. « J’ai vu Mohammed baigné de sang, dans les bras de sa sœur Anan, et son jeune frère Ahmed, qui a 5 ans, était pelotonné sur le plancher de la voiture en train de pleurer », raconte-t-il. « Je ne peux pas décrire ça, c’est la chose la plus horrible que j’ai jamais vue. »

« Ils ont arrosé la voiture de balles »

Le temps que sa famille l’emmène en urgence à l’hôpital de Hébron, à 13 km au sud de la ville, Mohammed n’avait plus de pouls.

« Les médecins et infirmières aux urgences ont fait de la réanimation cardio-pulmonaire pendant six minutes avant de pouvoir retrouver un pouls », raconte Ashraf à MEE. Les médecins l’ont ensuite emmené en chirurgie pendant près de quatre heures.

Lorsqu’ils ont pu stopper l’hémorragie, l’état de Mohammed était critique. Et peu après son transfert en soins intensifs, il a succombé à ses blessures.

« Il n’a pas reçu une ou deux balles. Cinq balles ! Ce n’était qu’un enfant »

- Ashraf al-Alami, oncle de Mohammed

Selon la famille, Mohammed a été touché de cinq balles à l’abdomen et à la poitrine.

« Il n’a pas reçu une ou deux balles. Cinq balles ! » s’exclame douloureusement Ashraf. « Ce n’était qu’un enfant. »

Selon les informations des médias israéliens, l’armée prétend dans un communiqué avoir tiré sur la voiture de la famille al-Alami parce qu’elle pensait qu’il s’agissait du véhicule duquel la dépouille d’un nouveau-né aurait été jetée plus tôt ce matin-là au cimetière de Beit Ommar, qui est juste à côté de la base militaire.

Les habitants de Beit Ommar, y compris la municipalité et la famille al-Alimi, rejettent ces allégations et affirment que l’armée israélienne a déformé les événements de la matinée.

Le maire de Beit Ommar accuse les troupes israéliennes d’avoir fait irruption dans le cimetière local et d’avoir exhumé un nouveau-né quelques heures après son inhumation par sa famille. Plusieurs habitants de la ville ont rapporté à MEE une histoire similaire. 

« L’armée prétend avoir essayé d’arrêter la voiture de mon frère pour une quelconque raison », déclare Ashraf. « Mais il y a un million d’autres façons de stopper une voiture que de l’arroser de balles. »

« C’est un miracle que mon frère et les deux autres enfants n’aient pas été blessés », estime-t-il. « Ils auraient pu tous être tués par ces balles, mais par la grâce de Dieu, ils ont été sauvés. »

Les funérailles attaquées

Après les prières de l’après-midi vers 13 h, des milliers de personnes de Beit Ommar sont partis de la mosquée de la ville en procession funéraire vers le cimetière. Tandis que la foule approchait du cimetière, elle a soudain été attaquée par les soldats israéliens stationnés dans les environs.

« Les gens venaient d’arriver au cimetière quand, tout à coup, les soldats ont commencé à tirer sur nous de tous les côtés », raconte à MEE Waleed Wahdein, habitant de Beit Ommar et infirmier bénévole du Croissant-Rouge palestinien.

« Il n’y a aucune raison de tirer sur un cortège funèbre. C’est affligeant. C’est le droit le plus basique, être capable d’enterrer ses morts. Mais les soldats étaient si agressifs qu’ils n’ont même pas laissé la famille de Mohammed l’enterrer en paix »

- Waleed Wahdein, infirmier bénévole

« Les gens ont commencé à courir partout et à crier », poursuit-il, précisant que de nombreux enfants dans le cortège se sont retrouvés pris dans les gaz lacrymogènes. « Nous avons traité des dizaines de personnes pour inhalation de gaz lacrymogène. Partout où je regardais, les gens étouffaient et suffoquaient. »

« Il n’y a aucune raison de tirer sur un cortège funèbre. C’est affligeant. C’est le droit le plus basique, être capable d’enterrer ses morts. Mais les soldats étaient si agressifs qu’ils n’ont même pas laissé la famille de Mohammed l’enterrer en paix. »

Le ministère de la Santé palestinien a annoncé que les troupes israéliennes avaient tué un Palestinien âgé de 20 ans. Les responsables indiquent que Shawkat Khalid Awad a été atteint à la tête et à l’abdomen.

Dans la tente funéraire au centre du village, où beaucoup avaient fui après avoir été attaqués par les soldats, Moayyad pleurait dans la foule.

« Je n’ai même pas pu enterrer mon fils, dans mes derniers instants avec lui », criait-il en pleurs. « Il me l’ont enlevé, et même dans ces derniers instants, ils n’ont pas voulu nous laisser en paix. »

« Tout ce que je veux, c’est enterrer mon fils. C’est mon droit le plus basique, n’est-ce pas ? Ils nous tirent dessus, pendant des funérailles. Mohammed ne peut-il même pas reposer en paix dans sa tombe ? »

« Le monde voit qu’Israël tue nos enfants »

Mohammed al-Alimi est le troisième mineur palestinien tué par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée en l’espace d’une semaine.

Vendredi dernier, les soldats israéliens ont abattu Mohammed Mounir al-Tamimi (17 ans) lors de manifestations dans le village de Nabi Saleh, à proximité de Ramallah. Il est décédé le lendemain. Quelques jours plus tard, lundi, Youssef Nawaf Mhareb (17 ans), originaire du village d’Abwein, aux alentours de Ramallah, a succombé à ses blessures dues à des tirs israéliens lors de manifestations en mai.

Selon Defence for Children International – Palestine (DCIP), al-Alami est le 11e enfant palestinien tué par Israël en Cisjordanie en 2021, et le 78e enfant palestinien tué par Israël au total cette année.

« C’est une tragédie non seulement pour Beit Ommar, mais pour toute la Palestine », déclare à MEE Ibrahim Abu Ayyash, activiste local.

« Ce qui est arrivé à Mohammed ne se produit pas seulement à Beit Ommar, mais dans l’ensemble de la Palestine », estime-t-il, ajoutant que plus de 180 Palestiniens de Beit Ommar ont été tués par Israël depuis la création de l’État – bon nombre d’entre eux l’ont été à l’entrée du village, où se situe la base militaire et où Mohammed a été abattu.

Les gens se rassemblent pour les funérailles de Mohammed al-Alami (MEE/Akram al-Waara)
Les gens se rassemblent pour les funérailles de Mohammed al-Alami (MEE/Akram al-Waara)

« Le plus gros danger pour nos enfants et pour tous les enfants de Palestine, c’est l’occupation », affirme-t-il. « Jusqu’à la fin de l’occupation, nos enfants n’auront pas la paix. »

Abu Ayyash déplore le fait que les enfants palestiniens soient régulièrement tués par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza et que ces meurtres reçoivent peu d’attention internationale et n’entraînent aucune conséquence.

« Le monde voit qu’Israël tue nos enfants. Ils disent toujours que nous sommes responsables de nos propres morts, mais comment cet enfant peut-il être responsable d’avoir été tué ainsi ? », s’interroge-t-il.

« Le monde peut voir clairement les crimes que commet Israël, il est temps qu’il fasse quelque chose à ce propos. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.